GIULIO, LE BARON DE CADENET
LE BARON
Vos dernières paroles, monsieur, m'ont étrangement surpris... vous m'avez dit : ce manifeste a la main, pourquoi n'a-t-on passauvéJMontmorency? Ceci était un secret, monsieur,., un secret d'état, qui vous l'a appris ?
GIULIO
Votre fils.
LE BARON
Mon fils !
GIULIO
Ne vous ai-je pas dit que j'avais été son meilleur, son plus intime ami? Ne vous ai-je pas dit qu'il mourut dans mes bras ; et qu'avant d'expirer, il voulut que je devinsse le dépositaire de ses pensées les plus secrètes?...
LE BARON
Votre parole, monsieur, votre parole que pai un mol de ce qu'il vous a confié ne sortira <Ie votre bouche; votre parole, il me la faut.
GIULIO
Je vous la donne, monsieur.
LE BARON
J'y compte, il y va du repos de mes derniers jours. Savez-vous, monsieur, que, si l'on se doutait que je suis le détenteur de cette pièce importante, je ne me croirais plus en sûreté ici, ni nulle part en France!
GIULIO, à part.
Nos soupçons étaient bien fondés.
LE BARON
Savez-vous que pour l'anéantir, pour briilet cette feuille de papier au bas de laquelle Gaston a signé son nom, il pourrait faire mettre le feu à mon château ! Mais personne ne sait que je tiens dans ma main ce brandon de discorde, cette preuve de haute trahison, qui ferait à jamais bannir du royaume le propre frère du roi.
GIULIO
Ce serait une juste vengeance de la mort de Montmorency.
LE BARON
Non, non, elle ne frapperait pas tous ceux qui y ont trempé, Richelieu en triompherait; elle aurait renversé son plus puissant ennemi. GIULIO, à part.
Ainsi ce sera!
LE BARON
Non, la mort du marlyr ne sera point veng<?e v, non, il n'aura d'autres prières que celles de sa triste veuve, de sa noble sœur, de son vieux serviteur... si vous aviez été témoin, monsieur, d^ celte grandeur, de cette constance en face de I* mort... si vous aviez vu cette fière agonie !
GIULIO
Peu de gens ont été témoins de son supplice^
on avait éloigné de sa prison tous les amis et serviteurs du duc.
LE BARON
J'y étais, moi! 3'ai tout vu! Ce souvenir est est toujours devant moi! je vois toujours le duc tout pâle et languissant des blessures dont plût à Dieu qu'il fût mort sur le champ de bataille de Castelnaudary!... Je le vois dans cette grande chambre qui lui servait de prison en l'hôtel-deville de Toulouse ; cent vingt Suisses en gardaient la porte; huit compagnies étaient postées aux environs : Richelieu tremblait en son ame que quelque émotion populaire lut arrachât son prisonnier; mais ce peuple laissa faire la justice du parlement et la clémence du roi : Montmorency fut décapité ! J'étais devant Véchafaud, j'ai ramassé le mouchoir qui lui bandait les yeux, et le livre de prières qu'il lisait en allant à la mort!... Saintes reliques! je les eu^se léguées a mon fils, je veux qu'on les enterre avec moi ! Mais il faut que vous soyez bien convaincu de l'iniquité et de l'infamie de ce misérable Gaston; attendez...
Il va vour ouvrir une armoire en fer scellée dans le mur.
GiCLio, à part.
Là, dans cette armoire en fer scellée dans la
muraille.
LE BARON est sur le point de mettre la clef del'armoire dans la serrure, mais H s'arrête tout-àcoup en entendant un gratid bruit qui se fait au dehors; ptds il dit :
Quel est ce bruit?.. .(4 GiuHo.) Plus tard!
Il va voir à la porte tlu fond.
GITJLIO, à part.
Fatalité ! un instant de plus et j'allais être convaincu que l'écrit de Gaston existe encore, et que c'est là, {montrant Varmoire) là qu'on le tient caché l LE BARON, cvenant avec une sorte d'indignation.
Lui! lui!
GITILIO.
Qu'avez-vous , monsieur le baron? qu'avezvous?
LE BARON
Ce bruit de voix... ces portes ouvertes avec fracas... c'est le comte de Mauléon qui arrive au château.. Lui ! [Avec un froid sourire.) C'est bien! je ne l'attendais pas si tôt. Mais allons, allons recevoir M. de Mauléon, le futur seigneur de Cadenet; il ne faut pas que personne puisse croire que je vois avec peine mon héritier de droit. (D'une voix sourde.) Mon pauvre fils !
GIULIO
Monsieur le baron, cette agitation... cette pâleur...
LE BARON
Ce n'est rien, absolument rien! Mais venez... venez trouver M. de Mauléon.
M. de Maule'on paraît avec le cl.evalier Desgravaux.
V\VV\VVX\W\VV\\VVV\\ VV\VVVVWVX'VWVVW\WX'WVWV\V/VW\VWW\