‹ Magasin théâtralChapitre 529 sur 1711 · LAURE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LAURE, LE COMTE

LAURE, au Comte.

Parlez, monsieur; je suis ici pour vous écouter.

LE COMTE

Mademoiselle, je n'ai rien à vous dire que vous iie sachiez déjà ; mais peut-être est-il bon de vous le rappeler. Il y a trois mois, nous avons été fiancés par l'église et par un contrat. Vous avez obéi aux ordres de M. le baron, je veux le croire ; mais vous avez obéi sans haine et sans répugnance. Depuis, de malicieux conseils se sont mis entre vous et moi, et ils ont porté leurs fruits, je le vois bien. Ce n'est pas vous que j'accuse de ce changement ; mais M"'* de Faverney, que de mal ne m'a-t-elle pas fait dans votre esprit !... Comment

donc ai-je mérité cette haine et cet acharnement? Que s'est-il passé ici, que vous me receviez avec une contenance si morne, et les larmes dans les yeux?

LACRE.

Vous êtes injuste, monsieur le comte; M'°e de Faverney ne vous a pas nui dans mon esprit.

LE COMTE

Elle l'a tenté, du moins.

LADRE

Les volontés de M. le baron ne sont pas changées... j'obéirai.

LB COMTE

Sans haine et sans répugnance?

LAURB, baissant les yeux.

Sans haine!

C'est assez. Vous le voyez , je ne suis pas exigeant. C'est que j'ai confiance en votre caractère, en votre vertu. Un autre à ma place s'effrayerait de trouver un cœur si indifférent, une volonté si résignée, et contrainte peut-être... Soit présomption, soit imprudence, je me confierai à l'avenir; pour être mieux dans votre affection, je rendrai votre vie si belle et si heureuse ; je l'environnerai de tant d'éclat, de tant de soins, qu'il faudra bien m'aimerun peu... ne fût-ce que par reconnaissance.

LAURE

Je vous remercie de cette bonne volonté pour moi... Hélas! j'en profiterai mal!

LE COMTE

Pourquoi? Une jeune et belle femme est toujours sensible à ces vanités-là... C'est quelque chose de porter un beau nom, d'être la première entre toutes les dames de la noblesse... quand on n'a point de passion dans le cœur, ceci suffit pour remplir la vie de satisfaction. Je suis le plus riche gentilhomme de la province, et toute ma fortune servira à vous épargner un désir.

LAURB.

Je ne désire, monsieur, que la retraite et une vie tranquille.

LE COMTE

Alors vous vous trouvez heureuse ici, mademoiselle?

, LAURE

Si heureuse, que tous mes vœux se borneraient à n'en sortir jamais!

Pourtant, il y a trois mois, vous ne redoutiez pas ainsi un changement de position ; je vous ai vue sourire de loin au monde dans lequel vous allez entrer; et le séjour de ce château ne vous semblait pas le plus beau et le plus agréable de la terre. Une douce gaîté, une parfaite sérénité d'ame se reflétaient sur votre front ; aujourd'hui vous êtes triste, soucieuse; pourtant vous êtes toujours ici près de ceux que vous aimez: votre bonheur n'est pas fini encore, et maintenant que je suis averti, je ne me presserai pas d'y mettre un terme... [Légère pause.) Cette assurance doit

ous plaire, mademoiselle; vous devez cire contente de moi?

LACRE.

Je suis sincèrement reconnaissante de tous vos procédés, monsieur.

LE COMTE

Et maintenant vous voilà heureuse, tranquille comme il y a trois mois?

LAURE

Oui, monsieur , fort heureuse !

LE COMTE

Et cependant vous retenez des pleurs ; dans ce moment même j'en vois sous vos paupières baissées.

LAURB, passant so)i ■mouchoir sur ses yeux.

Ce n'est rien, monsieur; n'y faites pas attention.

LE COîITE, il part.

Quel soupçon ! [A Laure. ) M. le baron est sorti avecM. Desgravauxet M. deLara... Vousplaît-il, mademoiselle, que je vous ramène près d'eux?

LAURE

Je vous remercie, monsieur; en attendant le service funèbre que l'on va bientôt célébrer, je vais prier dans la chapelle.

LE COMTE

Oui, priez Dieu pour nous!

Laure sort par la pùile Je gauclie.

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