SCENE IX
BARDAS, PHOCIUS.
BARDAS. \ ous paraissez pensif, patrice Phocius ?... Croyez moil... laissons tranquillement venir les événemens , et pour engloutir les heures de l'attente et de l'anxiété , tenez , voici des dés, jouons... Yenez.
PHOCIUS. Je suis noble et patrice... je ne puis ni ne veux jouer avec toi.
BARDAS. Il est vrai que voire père était un sénalenr; et que le mien n'était qu'un plébéien. .. Il est vroi que vous naquîtes au sommet de l'échelle sociale, et moi tout au bas... Mais quand celui du sommet descend et que celui d'en bas monte, ils se heurtent en voûte ; et quand leurs pieds sont sur le même échelon , leurs têtes , croyez-moi , ne sont pas loin du même niveau. Nous avons perdu, moi mes épargnes, ft vous votre grande foriune, dans la mè'ue maison de jeu. Le jour où je me suis élevé au rang des serviteurs du protosébaste , toi , tu t'y es abaissé. Depuis ce jour, nous servonsmême maître et suivons même étoile , et je crois , compagnon , que le valet peut toujours , sans se compromettre , -jouer avec le valet.
rnocius. Le hasard, à toi propice, à moi fatal , nous a maintenant confondus ; mais quand notre maître aura la couronne...
BARDAS. Oh 1 alors, je me contenterai de lui demander une bonne galère , quelques païens déterminés , le droit d'attaquer les bâtimens européens et de les piller tout à mon aise.. . et pendant ce tempslà, toi, plus ambitieux, toi, devenu ministre ou questeur du palais, tu pilleras sans armes et sans dangers dans le trésor public. ( P/iociiis II misse dédaigneusement les épaules . ) Et si notre maître échoue, cela peut arriver. Dans ce cas , l'empereur me fera couper le nez et la langue , vous accordant à vous le privilège de la noblesse , il se contentera de vous faire crever les yeux... Et tous deux mutilés , dépouillés , nous serons peut-être heureux de nous rencontrer, seigneur, car le muet conduira l'aveugle, qui mendiera pour le muet , et si les deux mendians peuvent alors ramasser quelquts oboles , le patrice Phocius ne fera pas tant de difficultés pour les jouer aux dés sous le porche de la basilique avec Bardas le plébéien.
PHOCIUS , à part. Ce misérable a raison... son éloquence m'a pei'sn&dé .{Haul .) Bardas, jouons!
BARDAS. Allons donc... allons donc I
PHOCILS. Que jouons-nous?
BARDAS. L'honneur !
PHOCIUS. Yoilà tout?
BARDAS. C'est toutce que nous possédons.
PHOCIUS. Nous serons bientôt riches.., j ouons sur parole.
lîAi'.DAS. Combien?
PHOCIUS. Cent onces d'or.
BARDXS. Volontiers... commencez
( Phocius jette les dés.) As !... A mon tour.
Il agite le de <lans sa main. La petite porte s'ouvre, Andronic païaît avec Longue-Epe'e.