LE BARON, GIULIO
LE BARON
Me voilà, mon ami, me voilà... j'ai un peu tardé ; mais c'était pour avoir la certitude que nul ne viendrait nous déranger... maintenant ils dorment tous dans le château.
GICLIO, lui montrant le grand fauteuil.
Monsieur le baron, veuillez donc vous placer dans ce fauteuil.
LE BARON
Je le veux bien, d'autant que mes pauvres jambes me portent difficilement ce soir. (// s'as sied.) Oui, je suis tout faible, tout malade; oh je me fais vieux, monsieur de Lara, et ma vie ne tient plus qu'à un fil... fil bien léger qu'un rien pourrait briser.
GIULIO
Ah! monsieur le baron, quelles idées vous avez là !
LE BARON
J'aurais pourtant bien du regret de mourir avant monsieur le cardinal !
GICLIO.
Il est plus à bout de ses jours que vous, monsieur... Santa Mariai on lui donnerait cent ans : jaune, ridé, sans voix, le corps voûté, l'œil éteint, il ressemble à un sac de parchemin rempli d'ossemens.
LE BARON
J'aurais quelque satisfaction à le voir ainsi un pied dans le sépulcre et se cramponnant pour ne pas y aller tout entier. Ah! c'est qu'on ne meurt pas volontiers, chargé de tant d'iniquités et laissant derrière soi tant de puissance, tant d'honneurs en héritage à ses ennemis!... Comme ils vont s'abattre sur cette curée!
GICLIO.
Gaston y aura la plus belle part.
LE BARON
Oui. ( Tirant un papier de son sein. ) Mais ceci pourrait mettre cette belle part au néant. C'est le manifeste de Béziers... c'est ce brevet de lâcheté
dont j'avais promis de vous donner communica-
iïonl
GIULIO, (7 part.
Oh! si je n'écoutais que mon impatience!
LK BARON
Vous verrez s'il était imprudent, comme vous Je prétendiez tantôt, de se lier à la parole de Gaston, quand on avait ceci pour gage... prêtez bien .attention... Mais la chambre du chevalier Desgravaux est là... contiguc a la vôtre.
GIIILIO.
Soyez sans inquiétude, le chevalier dort, et personne ne peut entrer ici; j'ai rais le verrou à cette porte.
LE BARON
Très-bien. ( Ouvrant le papier et lisani.) «Nous, a Gaston, fils de France, faisons savoir qu'après » nous être adressé au roi notre frère et au parle- » ment de Paris, pour demander justice contre » Armand, cardinal de Richelieu, perturbateur s du repos public et tyran de la noblesse et du » peuple, nous invitons tous nos bons serviteurs ■> à se joindre à nous, déclarant que noire inten- ') tion est de prendre le gouvernement du » royaume et d'en chasser celui qui, contre nos M droits, s'est emparé de toute autorité; sans per- » mettre qu'il soit fait aucun déplaisir aux bons î> et fidèles sujets qui se lèveront avec nous pour » le salut de l'État, Fait en notre camp de Béa ziers, le premier juillet seize-cent trente-deux. ■> Gaston. »
GIULIO
Oui, c'est bien là sa signature.
LE BARON
Eh bien .' qu'en dites-vous ?