‹ Magasin théâtralChapitre 607 sur 1711 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CHRISTOPHE, FRÉDAGE.

FRÉDAGE, à part.

Christophe!... Arvidene s'était pas trompé.

Il reste silencieusement près de la porte. CHRISTOPHE.

Et maintenant, en route pour Upsal!,..

Il monte la scène pour sortir.

FRÉDAGE, Varrêiant par la main.

Arrêtez

CHRISTOPHE, surpris. Que voulez-vous ?

FRÉDAGE, l'examinant.

îîon, jeneme trompe pas, vous êtes le paysan...

oui, je vous reconnais ; c'est vous qui m'avez remis un manuscrit pour le ministre Olaiis.

CHRISTOPHE

Oui... pourquoi cette question?

FRÉDAGE.

Pourquoi? pourquoi ? dites-vous?,.. Mais vous ne savez donc pas que depuis dix jours le ministre vous fait chercher?

CHRISTOPHE, surpris.

Que me veut-il ?

FRÉDAGE.

Ce qu'il vous veut?... il veut vous redemander ce manuscrit; il veut le relire pour savoir avec combien d'hommes vous pourrez commencer les travaux dans la montagne ; il veut vous présenter au roi Christiern ; il veut enfin mériter la gloire d'avoir aidé le génie.

CHRISTOPHE

Mais pourquoi m'a-t-on rendu ce livre en me chassant de cette même salle? Et vous-même, je vous reconnais aussi, moi.

FRÉDAGE.

Oui, moi-même , parce que j'étais un insensé, parce que, ignorant la valeur de ce livre... (et qui pouvait la deviner? ) je vous ai pris pour un aventurier... votre livre pour une importune demande... parce que je vous ai confondu avec tant d'autres; mais quelques heures après, le ministre avait amené le roi , et tous deux demandaient le manuscrit... C'est alors que, dans leur fureur, ils m'apprirent ce qu'il contenait; aussitôt on dirigea des hommes par toute la Suède pour y chercher votre trace, pour vous ramener dans ce palais... Oh! mais ne le cachez pas, ce sont eux qui vous y ont envoyé, n'est-ce pas?

CHRISTOPHE, avec joie.

Non, monsieur, non!... Et vous me disiez que le roi lui-même approuve déjà mes efforts?

FRÉDAGE.

Je dis que votre livre est un talisman qui doit vous ouvrir aujourd'hui toutes les portes de ce palais.

CHRISTOPHE

Et voilà deux jours qu'on me l'a volé.

FRÉDAGE.

Volé!...

CHRISTOPHE

Oui.

FRÉDAGE.

Volé, dites-vous?

CHRISTOPHE, vivement.

Oui... mais en quelques jours je puis le récrire, car j'ai la mémoire et la science... Mais déjà peut-être a-t-on remis ce manuscrit au roi. Je veux courir à Upsal et lui prouver que c'est

moi...

FRÉDAGE , l'arrêtant.

Attendez... vous n'y trouveriez pas le roi... Dans une heure il arrive ici... j'ai des ordres pour l'y recevoir... et voyez... {Il le conduit près de la fenêtre. ) Les soldats qui vont l'attendre

aux iiortes de la ville se met ent déjà en route.

CHRISTOPHE

Eh effet... je vais l'attendre ici... et dès qu'il paraîtra dans cette galerie, je veux me jeter à sa rencontre et lui demander justice et protection.

FUÉDAGE.

Ne faites pas cela , imprudent... Vous ne savez donc pas que plusieurs tentatives d'assassinat ont eu lieu contre le roi, et que ses gardes ont ordre de frapper fi l'instant quiconque tenterait de s'en approcher?... On pourrait vous tuer sans vous entendre.

CHRISTOPHE

Mais ailleurs qu'ici il est impossible de parvenir jusqu'à lui.

FRÉDAGE.

Non pas, avec mon aide, et je veux, moi, vous présenter bientôt au roi.

CHRISTOPHE

Mais quand le verrai-je?

Sitôt son arrivée... [Lui donnant une clef. ) Prenez cette clef... {Désignant la peiiie p^'le à gauche.) Elle ouvre cette petite porte, qui vous conduira hors du palais... dans ur.e heure le roi arrivera ici... quelques minutes après, il doit venir dans cette chambre m'y demander la réponse d'un secret message... Que les cris des soldats soient le signal qui vous y ramènera: j'aurai déjà moi, appris au roi votre retour, annoncé votre présence... et peut-être alors tiendrons-nous déjà le voleur.

CHRISTOPHE

A qui donc devrai-je tant de reconnaissance ?

FRÉDAGE.

A un homme que l'intérêt guide et qui ne fait rien pour rien ; à un homme qui a encouru la disgrâce royale pour vous avoir repoussé, et qui espère reconquérir celte faveur perdue en vous ramenant lui-même auprès du roi.

CHRISTOPHE

C'est bien! merci!... ( li ouvre la porte. ) Les cris des soldais seront le signal...

FRÉDAGE.

Et n'apportez aucun retard.

CHRISTOPHE

Soyez tranquille.

Il sort.

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