SCENE PREMIERE. j
GUSTAVE, INGELL, Officiers. !
Au lever du rideau Gustave est assis à gauche : plusieurs officiers l'entourent ; un autre officier est assis à droite et écrit.
GUSTAVE, à l'officier qui écrit, Avez-Yous écrit, capitaine?
INGELL.
J'achève, mon prince. {Il écrit. Se levant.) J'ai fini.
GCSTAVE.
Relisez-nous, capitaine, cette proclamation... Écoutez, messieurs ! nous ne proclamerons jamais un projet de conquête plus utile pour notre pauvre peuple.
INGELL, lisant.
« Après la lecture d'un livre écrit par l'homme
» illuminé qui, ayant osé gravir seul les monta-
» gnes, a trouvé sur leurs lointains sommets la
» lumière, et dans leurs gouffres inconnus le tom-
» beau de la peste et de la misère, le commandant
» Gustave Wasa s'est hâté de transmettre sonra-
») dieux espoir à la Suède... Ce n'est plus l'espoir
» qu'il apporte aujourd'hui, c'est la conviction ;
» car le prince, assisté des savans de son pays,
» vient de prendre avec eux tous les chemins tra-
» ces ; ils ont ensemble supporté ces climats
» contre lesquels la force humaine peut résister,
» car douze ils sont partis, douze ils sont reve-
» nus... tous déclarent la grande oeuvre possible,
» exécutable. Six mille soldats partiront sous la
» conduite du grand créateur de ce livre, qu'on
» appellera désormais livre divin ; et que Dieu
» nous vienne en aide ! Fait à l'abbaye d'Hédé-
» mora, le quinze septembre 1327. »
GDSTAVE.
Le quinze septembre!... il y a trois mois, jour pour jour, que j'ai été trahi près de cette ville, et qu'avec mes combats a commencé l'indépendance de la Suède.
INGELL.
En trois mois que de batailles et que de victoires!
C'est que nous avions le bon droit pour nous,
[allant tendre la main aux officiers) et la bravoure aussi. (Au capitaine qui a lu la proclamation.) Maintenant, capitaine Ingell, après avoir fait imprimer celte proclamation, vous la ferez lire à haute voix dans toutes nos villes, nos bourgs et nos villages. [S'adressani à un autre.) 'Vous, commandant, vous la lirez à l'armée; vous, Sivard, vous choisirez dans peu six mille soldats parmi nos fantassins de l'extrême nord, tous gens courageux et robustes.
INGELL.
Quand partirons-nous pour Stockholm 7
GUSTAVE
A la fin du jour, messieurs.
INÙELL.
Et nous ne proclamerons pas avant le départ le nom de Frédage à cette foule avide d'Hédémora?
GUSTAVE
Si; mais le plus tard possible, car la fatigue et l'émotion l'ont brisé... 11 repose là, près d'ici; laissons-lui ce repos jusqu'à ce soir. Adieu, messieurs.
INGELL.
A ce soir, prince.
II salue et se retire; Gustave entre à droite, les officiers sortent par la galerie. Arvide sort de la porte à gauche.
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ARVIDE, puis FRÉDAGE.
ARVIDE, entrant.
11 repose près d'ici, disiez-vous, prince... non, pas, il écoutait, Frédage, et moi aussi. Allons, voici la proclamation partie... ce jeune prince est actif, audacieux; j'aime cela, moi: sitôt pris, sitôt puni; sitôt honoré, sitôt récompensé! [ApercevaniFrédage qui entre*. ]Ah\lQ voici, Frédage. Mais qu'as-lu donc? tu es pâle comme la frayeur; et pourtant tout nous réussit à merveille... FRÉD.iGE, l'interrompant.
Arvide! j'ai peur...
ARVIDE, l'observant.
Je le vois bien... et cela me surprend : car
' Arvide, Frédage.
CHRISTOPHE LE SUEDOIS
nous n'avons rien à craindre... Le roi Christiern, à cause de la révolution, redoutait autant que nous le retour des déportés, et tu as, en t'emparant de cette missive secrète que lui envoyait l'amiral Nederbi, appris depuis long-temps qu'il a, d'après les ordres du roi, bombardé et coulé toutes les galères... Tu ne dois plus redouter Olaus ni Christophe... Quant au vieil André et à sa fille Marguerite, tout porte à croire qu'ils ont voulu suivre Christophe; car, avant de brûler par ton ordre leur misérable cabane, je l'avais trouvée déserte, abandonnée.
FRÉDAGE.
Ohl... ce ne sont pas eux qui m'inquiètent!
Et qui donc?
FRÉDAGE.
J'ai heureusement intercepté, ce matin... plu sieurs papiers adressés au régent Gustave, et parmi lesquels j'ai trouvé une lettre ainsi conçue: <t Prince, "Wolgann.... injustement condamné » comme assassin de votre père, vous redemande » un jugement : il viendra se livrer lui-même à » Hédémora... »
ARVIDE.
Et que t'importe cet homme?
FRÉDAGE.
Tu ne comprends donc pas que je n'ai pas été étranger, moi, au meurtre du sénateur Wasa ?
ARVIDE.
Ahl ce service que tu as, il y a quinze ans , rendu au roi Christiern...
FRÉDAGE.
C'était cela, mon ami..,
ARVIDE.
Ah: c'était cela?... Mais quelles preuves as-tu laissées ?...
FRÉDAGE-
Je ne sais... Les révolutions sont terribles pour révéler les choses que l'on croit les mieux cachées... Et je me dis judicieusement que le vieux soldat ne viendrait pas se livrer ainsi... s'il n'avait pas quelques preuves ou quelques indices... Mais j'ai pris toutes mes mesures... et il n'arrivera pas facilement jusqu'au roi... C'est près de moi qu'il sera conduit d'abord...
ARVIDE.
C'est Severin qui doit l'amener, n'est-ce pas ?
FRÉDAGE.
Oui; et cependant j'ai peur.,. D'un côté, ce Wolgann... et de l'autre, tant de gloire à saisir...
ARVIDE.
Et d'argent... oui, oui, nous avons beaucoup à perdre. . .
FRÉDAGE.
Et nous devons tout craindre...
ARVIDE.
Les voleurs sont si adroits 1 . . .
FRÉDAGE.
Voici le régent, laisse-nous...
ARVIDE.
Prends garde que ta pâleur te trahisse...
FRÉDAGE.
Tu sais bien que le régent la croit causée par l'émotion, la modestie...
ARVIDE.
Tu as raison ; j'oubliais.
Il sort en riant. Gustave est entre cl va droit à Fre'Jage.
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