SCENE XI
Les Mêmes , MARGUERITE.
MARGUERITE, entrant effarée.
Du monde 1 ( Apercevant Christophe. ) Grand Dieu!
CHRISTOPHE
Ma sœur ! ma sœur!
la prend dans ses )iras.
MARGUERITE, avcc transport.
Mon frère!
OLAUS, étonné.
Sa sœur I
CHRISTOPHE, la soutenant.
Marguerite!... mais tu demandais des secours, sœur, et pour qui?
MARGUERITE
Pour mon père, mon père qui se meurt.
CURISTOPHE.
OÙ est-il donc?
MARGUERITE
CHRISTOPHE, à Olaiis.
Oh! venez, vous, le médecin qui avez sauvé l'amiral, venez, mon père a besoin de vos secours. Conduis-nous, sœur.
MARGUERITE, l'arrêtant.
Attends, frère... mon père est trop faible pour pouvoirsupporter une émotions! grande.
Que veux-tu dire?
MARGUERITE
Que, s'il te voyait, la joie le ferait mourir peutêtre.
OLAUS
Oui, avant de vous approcher d'un père que la faiblesse semble accabler, attendez que je l'aie vu d'abord; conduisez-moi, jeune fille. '
MARGUERITE
Par ici, venez!
Elle entraîne Olaiis dans la galerie.
CHRISTOPHE, resté seul.
Ne pas le voir!... mais peut-être ne m'appelleront-ils que lorsqu'il aura cessé de vivre... Seigneur, sauvez-le! mon Dieu^ vous savez qu'à l'heure même de mes plus grandes souffrances je n'ai jamais douté de votre justice; ma prière est celle d'un homme qui n'a jamais péché... accueillez-la Seigneur, et conservez mon père. Ohl si je pouvais au moins l'apercevoir!... Mais, non, ma présence le tuerait peut-être... allons, patience! patience !
Il s'eloigue de la porte.
MARGUERITE, reparaissant.
Christophe !
CHRISTOPHE, courant à elle.
Eh bien ?
MARGUERITE
Quand nous nous sommes rapprochés de mon père, il avait rouvert les yeux; le médecin m'a dit d'espérer, et je viens te le dire à mon tour.
Est-ce qu'il est blessé ?
MARGUERITE
Non, la lecture d'une lettre qu'on lui a donnée et qu'il a déchirée, broyée, pour que je ne pusse la lire, semble avoir causé son affreux désespoir et paralysé ses sens. Un instant je le croyais mort.
CHRISTOPHE
Et le médecin t'a dit despérer?
MARGUERITE
j Oui, frère; mais je tremble encore que ta vue ne réveille cet affreux délire.
CHRISTOPHE
Oh ! j'attendrai, sœur, oh ! j'attendrai que mon père soit plus calme et plus fort.
ANDRÉ, dans la coulisse.
Marguerite !
MARGUERITE
Il vient, éloigne-toi, frère !
CHRISTOPHE
Cours au-devant de lui, sœur.
Christophe se sauve dans la galerie du fond, s'y arrrie pour voir entrer son père, qui parait aussitôt.
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