‹ Magasin théâtralChapitre 625 sur 1711 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

LesMê.\ies, ANDRÉ.

MARGUERITE, courant à lui.

Mon père, quelle imprudence !

ANDRÉ

Il n'y a pas de repos possible pour nous, ma fille... Severin, le soldat, vient de m'annoncer que notre exil est signé, et que nous n'avons que douze heures pour sortir de la Suède; et je n'aurai pas même une tombe dans mon pays, ni la main de mon fils pour me fermer les yeux I CHRISTOPHE, avec amour.

Vous vous trompez, mon père!

ANDRÉ'

Christophe I

Il chancelle cl tomhedans ses hras.

CHRISTOPHE, le soutenant dans ses bras.

Du courage! ne voyez-vous pas qu'à l'heure de l'exil. Dieu vous renvoie votre enfant. ANDRÉ, revenant à lui.

Christophe vivant!... mon fils en Suède... en Suède, où les voleurs triomphent!

CHRISTOPUE.

Oh! ne parlons pas d'eux, mon père!... oublions... oublions...

ANDRÉ, comme dans le dCUre.

Mais tu ne sais pas, toi, mon enfant, tu ne sais pas que la Suède entière applaudit maintenant à ta pensée. Oh! tu ne sais pas ce qui se passe.

Je sais, mon père, que le règne de Gustave est

* Marguerite, Audre', Christophe.

MAGASnV THEATRAL.

aussi inique que celui de Christlerne ; je sais qu'il exile, qu'il condamne aussi sans juger; je sais que la Suède nous repousse ; la Suède, pour qui j'ai tantfait, moi! Maintenant elle nous chasse comme ses enfans maudits... eh bien! je veux l'oublier, je veux la fuir, celte patrie ! Oui! partons, mon père ; mais avant de la quitter, cette marâtre à qui j'ai follement donné mes sueurs et mes veilles , quand je vous laissais à vous, mon père, à toi, ma sœur, la misère et la faim, avant de la quitter, pardonnez-moi, mon père; je tombe à vos genoux.

ANDRÉ, le retenant.

Christophe, ne t'agenouille pas, enfant, sur le sol de la Suède ; tu dois t'y tenir debout et la tête bien haute ; et malgré son ingratitude , je veux, moi , qu'un Suédois s'y incline devant toi comme devant un demi-dieu ! ( Le saluant avec adoration. ) Je te salue, génie!

CHRISTOPHE

Et moi, j'ouvre les bras pour t'embrasser, martyr. ( Ils s'embrassent en pleurant.) Et maintenant, père , partons sans retard... hâtons-nous; douze heures seulement... douze heures!... songez que chaque minute qui s'écoule vous arrache une goutte de sang... Conservez votre existence, mon père, car vous la devez à vos enfans... venez, venez.

11 les entraîne par la galerie.

OLACS, entré pendant cette phrase , s'est approché de Christophe, Je te cherchais.

CHRISTOPHE

Que voulez-vous î

OLACS.

Un mot.

CHRISTOPHE

A moi!

OLAUS

Il faut absolument que je te parle.

CHRISTOPHE

C'est le médecin, mon père... permettez...

ANDRÉ

Oui, nous allons l'attendre. (A part. ) Que lui veut-il ?

CHRISTOPHE

Je vous rejoins, mon père.

André sort.

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