‹ Magasin théâtralChapitre 634 sur 1711 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

GUSTAVE, FRÉDAGE*.

GUSTAVE

Cette fête n'a pas le pouvoir de m'étourdir... j'ai besoin d'un peu de solitude...

11 liaverse la scène en rëllt'cliissant.

FRÉDAGE, sortant d'une porte du palais, et regardant Gustave, à part.

Le voici!... Non, mon prince, je ne veux pas vous laisser cette nuit le loisir de songer... {Il s'en approche. Haut.) Mon princel GUSTAVE, impatienté.

Qui vient donc? {Reconnaissant Frédage.) Ahl c'est vous, monsieur!...

FRÉDAGE.

Oui, mon prince... je viens de vous voir sortir du palais... et je vous ai suivi, espérant pouvoir vous trouver seul et vous demander la cause d'une grande tristesse que vous voulez en vain dissimuler...

GUSTAVE

Hélas! monsieur... si tout autre que vous m'avait dit qu'André le bûcheron était Wolgann l'assassin... je l'eusse hautement accusé d'imposture... et j'eusse au moins espéré pouvoir lui prouver son erreur...

FRÉDAGE.

Vous doutez encore, mon prince?...

GUSTAVE

Non pas, monsieur. .. vous m'avez convaincu...

FRÉDAGE.

Et si tout autre que moi l'eût exilé... vous le feriez rappeler pour le juger, n'est-ce pas?

GUSTAVE

Peut-être !

FRÉDAGE, à part.

C'est là ce que je crains...

GUSTAVE

Mais enfin, monsieur, expliquez-moi donc pourquoi vous n'avez pas voulu qu'il fût remis entre mes mains.

FRÉDAGE.

Puisque vous l'exigez...

GCSTAVE.

Oh! oui, monsieur.

FRÉDAGE.

C'est parce que vous ne pouviez l'épargner, lui qui vous a sauvé la vie... et dont vous aimez la fille... sans outrager la Suède entière, qui demanderait le sang de Wolgann.... si elle apprenait qu'il est encore vivant...

S'il est coupable... la Suède serait satisfaite...

FRÉDAGE.

Mais vous ne pourriez, régent Gustave, tuer le père sans frapper aussi la fille innocente... Et,

* Gustave, Frédage.

dites-moi... le feriez-vous sans pitié, sans remords?...

GUSTAVE

Non, monsieur... non...

FRÉDAGE.

Que fallait-il donc résoudre?... A cause de sa fille, la mort du père vous eût fait souffrir... son salut vous eût fait nombre d'ennemis dans vos états... Que fallait-il donc faire? sinon cacher à la Suède son retour et l'exiler secrètement?...

GUSTAVE

Vous avez raison...

FRÉDAGE.

Je vous ai demandé votre nom pour éviter un malheur... Dites-moi, prince, ai-je tenu ma promesse?...

GUSTAVE

Oui, monsieur... pardonnez-moi ma faiblesse...

FRÉDAGE.

Je la comprends, mon prince... J'ai détruit le malheur, mais non pas le chagrin... que Dieu, qui vous l'a fait, vous en console...

GUSTAVE

J'oublierai... monsieur... j'oublierai... (Cris dans le palais.) Mais entendez-vous?... On vous salue, monsieur... rentrez à la fête... Laissez-moi sécher une larme dont j'ai honte... et quand le jour sera venu... quand nous vous accompagnerons triomphant dans notre capitale... peutêtre pourrai-je déjà vous dire que j'aurai tout oublié...

FRÉDAGE.

Qu'il en soitainsi, mon prince!... A bientôt!... au palais !...

GUSTAVE

A bientôt!...

FRÉDAGE, en rentrant au palais.

Mes craintes sont dissipées...

Il rentre.

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