‹ Magasin théâtralChapitre 646 sur 1711 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

MARGUERITE , en grande toilette ; BETTY.

margcerite.

Betty , il n'est arrivé aucune lettre d'Ecosse pour moi ?

BETTT.

Aucune , milady.

• marguerite.

Pourtant mon fils , mon noble Georges , n'a pas coutume de négliger ses devoirs, sur-tout ses devoirs envers sa mère. Et du pays de Galles , Betty, il n'est rien venu ?

BETTY

Rien, milady.

MARGUERITE

C'est étrange!... rien de mon mari, rien de mes enfants.

BETTY

Milady sait bien que lord Glenarvon et sir Harry ont dans l'Ouest de grandes affaires à terminer, de même que sir Georges dans le Nord.

MARGUERITE

Sans doute , sans doute : cependant ils pourraient bien trouver le temps de me donner un peu de leurs nouvelles... Un pareil silence peut devenir inquiétant.

BETTY

Milady sait le proverbe : Point de nouvelles, bonnes nouvelles.

GLEJNARVON.

MARGUERITE

Dans des temps ordinaires , oui, Betty ; mais pas dans une époque comme celle-ci, où un jour ne se passe pas sans amener avec lui une conspiration ou une révolte; où les tribunaux ordinaires ne suffisent pas aux procès politiques; où le 'roi s'est cru obligé de créer un tribunal extraordinaire cbargé de juger les «auses graves et imprévues : tei lible tribunal, qui sif'ge nuit et jour, qui condamne presque sans entendre, et qui tue aussi rapidement que la foudre... Je sais que mon mari et mes enfants , malgré leurs opinions républicaines, sont fidèles observateurs des lois et de leurs devoirs ; mais enfin ils sont connus par leur attacliement à la .secte puritaine, et à la cause populaire ; et, en séjournant dans des provinces éloignées et peutêtre rebelles , ils prêtent le flanc à la malice de leurs ennemis... Ah ! que j aimerais mieux les voir près de moi venir occuper à la cour le rang que leur assigne leur naissance, et que moi seule je soutiens par ma présence!

BETTY

Il me semble que niilady a tort de s'alarmer : si les choses allaient aussi mal que certains le disent, on ne serait pas aussi tranquille et aussi joyeux à la cour.

MARGDERITE.

Après tout, vous avez raison , mon enfant : puisque l'on se réjouit ici, l'on ne conspire pas là-bas... Il v a bal ce soir à Westminster, il n'y aura donc point bataille à la Cité... La fête sera , dit-on , magnifique... Betty, m'a-t-on apporté mon voile et ma mantille ?

BETTY

Pas encore, milady.

MARGUERITE

Mais à quoi donc pense la marchande de rubans? croit-elle qu'il ne s'agisse que d'un raout insignifiant ou d'une promenade à Hyde- Parck?... Elle ne sait pas qu'avec sa lenteur elle peut me faire manquer le quadrille du roi, dont je dois être, et que c'est là un honneur que l'on accorde rarement , même aux femmes les plus nobles... Mais c'est très important, cela... allez lui dire, Betty, qu'elle quitte tout pour cette mantille , et qu'elle ine l'envoie dès qu'elle sera prête.

BETTY

J'v vas de ce pas, milady.. Miss Glower, dans Bound-Street , je crois ?

Oui, cela même... allez... dites à Williams qu'il vienne à l'instant m'annoncer lord et miss Campbell, quand ils arriveront... Je les attends.

(Betty sort.)

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