‹ Magasin théâtralChapitre 650 sur 1711 · CAMPBELL , MARGUERITE · texte numérisé non relu

CAMPBELL , MARGUERITE

CAMPBELL regarde par-tout avec soin , puis à part. Enfin la voilà cette occasion que j'ai tant attendue... nous voilà seuls. ( Haut. ) Milady me permettra-t-elle de lui offrir mon hommage? ( 11 lui baise lu main.} MAnOUERITE.

Bonsoir, milord. Je suis désolée : il manque quelque chose encore à ma toilette, et je serai obligée de vous faire attendre.

CAMPBELL

C'est un plaisir d'attendre, madame, quand on attend près de vous.

MARGUERITE

Vous êtes trop bon. Pourquoi ne pas avoir amené , comme de coutume , votre aimable fille, miss Clary ?

CAMPBELL

Elle était attendue à Westminster, et n'a pu venir vous chercher. Je la plains de n'avoir pas partagé mon bonheur.

MARGUERITE

Votre bonheur?

CAMPBELL

Oui, un bonheur d'autant plus grand, qu'il m'arrive bien rarement de pouvoir me trouve» seul ainsi près de vous.

MARGUERITE

Qu'importe que vous me voyiez seule ici, ou là-bas, au milieu de tout le monde?

Oh ! il m'importe beaucoup.

MARGUERITE

Pourquoi donc ?

CAMPBELL

Parcequ'ici nulle autre voix que la mienne ne répond à votre voix , nul autre regard ne rencontre votre regard.

MARGUERITE

Eh bien?

CAMPBELL

Eh bien! cela me rend heureux; au lieu que là-bas, je suis toujours inquiet et agité, parceque je ne puis souffrir cette foule d'hommes qui se pressent autour de vous comme des abeilles autour d'une rose, se disputant sans cesse un regard , une parole de vous ; qui sont là , écoutant parler votre voix, regardant battre votre cœur, touchant votre main , respirant votre haleine... Je suis jaloux d'eux !...

MARGUERITE, très sérieuse.

Je ne vous comprends pas.

CAMPBELL

O qu'il est heureux cet homme qui a le droit de vous dire sans cesse toutes ses pensées, tous ses sentiments, tous ses désirs, toujours sûr que vous les partagerez et que vous les satis-

ferez ! et cet homme, c'est un vieillard , un [)uritain, qui n'a ni le cœur assez chaud, ni l.i tête assez intelligente pour comprendre tout te que le sort lui a départi de bonheur en lui donnant une telle femme!... Cet homme, c'est lord

MARGUERITE, se levant.

Monsieur...

CAMPBELL

Et moi, moi qui comprends et qui sens toute la félicité qu'il y aurait dans une telle vie! moi qui donnerais ma part du ciel pour obtenir ce bonheur sur la terre; moi, je n'ai pas le droit de vous dire : Je vous aime!

MARGUERITE

Etes-vous venu ici pour m'outrager?

CAMPBELL

Non ! non ! pas pour vous outrager, Marguerite, mais pour vous dire tout ce qu'il y a de douleur et d'amour dans mon cœur; pour vous dire que vous êtes mon seul désir et ma seule espérance, et que, si vous ne m'aimez pas, je mourrai !

MARGUERITE

Monsieur... c'en est assez.

CAMPBELL, à genoux.

Oh! par pitié! par pitié! Marguerite, ne me chasse pas! il y a si long- temps que je t'aime, et je t'aime tant, Marguerite! Aie pitié de moi!... Si tu savais comme je t'aime ! Pense que pour toi, pour t'aimer, j'ai refusé la main de la plus riche héritière des trois royaumes... pense donc que pour toi j'ai renoncé à la haine héréditaire des Campbell pour les Glenarvon... Oh! tais-toi ! ne prononce pas contre moi des paroles de colère... Ecoute! je suis ministre toutpuissant, j'ai entre les mains le sceau royal qui, apposé sur un parchemin, a force de loi; s'il est une chose que tu veuilles, n'importe laquelle, demande-la-moi : tu l'auras, quand ce seraient toutes mes richesses, quand ce seraient mes honneurs , quand ce serait ma vie !

MARGUERITE

Je ne veux qu'une chose , c'est que vous sortiez... Sortez!

CAMPBELL, se mettant à genoux.

Oh! laisse-moi! laisse-moi rester!

MARGUERITE

Sortez!... ou je vous fais chasser!

CAMPBELL, se levant.

Eh bien, faites !... mais je vous avertis que je suis décidé à tout, que je vous aime trop pour reculer devant quoi que ce soit , quand ce serait un crime. Et d'ailleurs vos domestiques sont trop éloignés d'ici pour entendre votre voix; le seul qui soit assez près m'est vendu... Nul ne peut venir à votre secours, vous êtes en ma puissance; et, puisque les prières m'ont si mal réussi , nous verrons si la force ne me réussira pas mieux.

GLENAUVO?v.

MAKGUEllllE.

La force?

CAMPBELL

Oui , la force!

MARGUERITE, reculant.

M ilord Campbell, vous êtes un kuhe!

CAMPBELL

Lâche!... roit!... mais je vous aime, je vous veux... vous serez à moi!

MARGUERITE

Prenez garde ! mon mari est ici !

CAMPBELL

LorJ GIcnarvon et Harry sont arrivtîs?

MARGCERITE.

Oui, et, si je les appelais, ils ne vous laisseraient pas sortir vivant d'ici.

CAMPBELL

Et toi, Marguerite, tu as cru que je ne serais pas en garde contre un pareil obstacle? tu t'es trompe'e. (Il tire de son pourpoint deux pistolets. ) Qu'ils viennent maintenant, tes puritains, je les enverrai prier au paradis! Tu n'oseras plus rien dire maintenant, milady, et nous allons être seuls.

(Il pose ses pistolets sur la t;ible et va fermer la porte ilu fond. )

MARGUERITE

Mon Dieu , mon Dieu ! je suis perdue ! — AIi ! (Elle prend les pistolets et les lire en l'air.) J Oserai uiaintenani, milord!

UARRY", au deliois.

Ma mèie !

La voix de Harry! malédiction! Ah! lady Marj^uerite Glenarvon, vous me paierez cher vos dédains et votre audace.

( Il ramasse les pistolets et s'enfuit. )

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