‹ Magasin théâtralChapitre 656 sur 1711 · GEORGES, JENKINS · texte numérisé non relu

GEORGES, JENKINS

JENKmS.

Bonsoir, mon noble seigneur! Mais qui vous fait venir ici, à cette heure, par cette petite porte 7...

GEORGES

J'ai besoin de toi...

JENKINS

Croyez-moi tout à vos ordres, votre honneur... après ceux du roi.

GEORGES

Il s'agit de lord Glenarvon, mon père.

JENKINS

Du bon vieux lord Glenarvon, qui m'a fait obtenir, sous son protectorat, la gaide de cet appartement secret !

GEORGES

De cet appartement qui servait aux méditations de Gromwell, et qui sert maintenant aux débauches de Charles H... Eh bien , Jenkins , puisque tu te souviens des services qui te furent rendus par ma famille, il faut nous prouver ta reconnaissance.

JENKINS

J'attends!...

GEORGES

J'en étais sûr, mon brave vieillard ! Ma mère

est en bas, dans la première cour, t'attendant dans sa voiture ; car elle compte sur toi comme j'y ai compté. Il faut que toi, qui connais tous les passages de Westminster, tu l'introduises dans la salle où est maintenant le roi , sans lui faire traverser les appartements qui la précèdent.

JENKINS

Mais votre honneur...

GEORGES

Oh ! il le faut !... il le faut absolument, mon bon Jenkins, si tu veux sauver la vie de ton bienfaiteur.

JENKINS

Que dites-vous?...

GEORGES

Mon père et mon frère sont en ce moment, peut-être, devant le tribunal extraordinaire, à se défendre d'une infâme accusation de haute trahison et de conspiration contre le roi.

JENKINS

Grand Dieu !... et qui donc a pu...?

Ma mère paraît le savoir et ne veut pas le dire ; moi , je l'ignore... mais il faut que ce soit quelqu'un de puissant, puisqu'il a réussi à nous interdire l'entrée de Westminster. Quand nous nous sommes présentés, les gardes ont croisé leurs piques , et l'officier nous a dit qu'il avait ordre de ne laisser entrer personne de la famille des Glenarvon; et ce n'était pas là, tu vois, une consigne générale... c'était une consigne qui ne regardait que nous, les Glenarvon , les accusés , dont on ne voulait pas laisser arriver la voix jusqu'aux oreilles de Charles II... Voilà, certes, un plan bien perfide et bien combiné, dont mon épée récompensera un jour l'auteur, si la hache du bourreau m'en laisse le temps... Eh bien! Jenkins, il faut que la fidélité d'un pauvre homme honnête renverse les infâmes projets d'un scélérat puissant; il faut que tu conduises ma mère auprès du roi... elle connaît le langage de la cour où elle s'est fait aimer ; elle pourra peut-être sauver du glaive la tête blanche de mon père, et la blonde tête de mon frère... Veux-tu, Jenkins?

JESKINS.

Je ferai ce que vous voulez.

GEORGES

Oh! merci!... merci, mon vieux, mon bon Jenkins, merci! Mais as-tu songé que, pour faire cela , tu quitterais un poste qui t'est confié par le roi ?

JENKINS

Oui, sir Georges; et j'ai pensé qu'il valait mieux obéir à la voix de ma conscience qu'aux ordres de mon souverain.

GEORGES

As-tu songé que tu pouvais attirer sur toi le courroux d'un homme sans doute puissant?

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