SCÈNE IL
Les MÈ31ES, CLARY, voilée; vy Goiciietier, un
flambeau à la main.
LE GUICHETIER, bas.
Miss, quelque considération que j'aie pour vous et pour votre noble père , je ne puis vous laisser ici plus d'un quart d'heure.
CLARY, bas.
Oui, merci !
GEORGES , à Harry.
C'est notre mère?
HARRY
Non, c'est Clary.
CLARY, accourant.
Harry ! Harry !...
(Elle se jette à son cou.)
HARRY , l'embrassant.
Ma bonne Clary !
GEORGES
Clary! dans ce costume!
CLARY
Moi-même ! n'écoutant ni la haine héréditaire qui divise nos deux familles, ni la crainte d'un scandale, je suis venue ici seule au milieu de la nuit, pour vous voir. Les guichetiers, qui me connaissent pour m'avoir vue souvent visiter la Tour avec mon père, m'ont laissée pénétrer jusqu'à vous.
HARRY
Bonne Clary !
GEORGES
Oh! oui, bien bonne! mais dites - moi, chère miss , ce voile et ce manteau sont-ils les vôtres?
CLARV.
Sans doute.
GEORGES
Ah ! c'est qu'il me semblait les avoir vu porter à une autre femme.
CLARY, s'approchant de la lampe.
Vous avez raison, voilà un chiffre étranger. Ces vêtements ne sont pas les miens ; mais qu'importe?
GEORGES
Pardon ! mais... il m'importe de savoir à qui ils appartiennent : vous le rappelez-vous?
CLART.
Non ; mais j'ai bien des choses à vous dire.
GEORGES
Celle-là est plus importante pour moi que toutes les autres... Cherchez dans votre mémoire... ne pourriez-vous...? (A part.) Ces vêtements étaient encore hier au soir sur les épaules de ma mère.
CLARY
C'est en vain que... Ah ! pourtant, attendez... je crois me souvenir... Oui , ce voile et ce manteau appartiennent à une femme qui vint cette nuit à la maison.
GEORGES
Ah !... cette nuit, il est allé chez vous une femme ainsi vêtue ! comment cela se tit-il ?
CLARY
Mais , Georges...
GEORGES
clary, peu importe à votre père qu'un pauvre prisonnier sache ce qui s'est passé cette nuit dans sa maison ; et, voyez-vous? cette question que je vous fais importe plus au pauvre prisonnier qu'une question de vie et de mort!... Répondez-moi , comment cela se fit-il ?
CLARY
Je ne puis ainsi...
GEORGES
Vous échangerez peut-être un aussi mince secret contre le grave secret que je vais vous révéler... Ce qui me fait vous demander cela, c'est le désir de savoir si je dois emporter en mourant la certitude d'une horrible trahison; car cette femme sur qui je vous interroge, Clary... c'est la femme que j'aime.
CLARY
Cieli
HARRY, bas.
Georges !...
GEORGES, de m^me.
Silence ! ( Haut. ) Et maintenant que vous avez commencé, miss Campbell , achevez... Comment vint- elle?
CLARY
Oh ! je vous plains bien , Georges ; car vous avez été trahi.
GLENAUVON.
Dites!... dites!...
Cl-ARY.
Rentre'e à l'hôtel Campbell quelques instants après votre arrestation, et laisse'e seule par mon père, qui s'en était retourné, je résolus de venir en secret vous visiter dans votre prison... Je me dirifjeais vers la chambre d'entrée où j'avais laissé mon voile et ma mantille, quand la porte s'ouvrit... C'était mon père qui rentrait avec une femme couverte de ce voile et de ce manteau que voici... J'éteignis ma bougie pour n'être pas vue, et ils passèrent sans m'avoir aperçue, mais sans que je pusse reconnaître l'étrangère... Arrivée au milieu de la chambre, elle se laissa tomber tout-à-coup dans un fauteuil d'où elle se leva brusquement, abandonnant contre les miens son voile et sa mantille, puis ils disparurent tous deux.
GEORGES , avec angoisse.
(A part.) O ma mère ! ma mère!
( II arrache le chiffre qui est au bas de la maulille.) CLARY.
Georges !
GEORGES , à part.
Harry ne doit pas voir cela.
CLARY
Que faites- vous ?
GEORGES
Rien... rien... continuez.
CLARY
Emue, tremblante, je pris en tâtonnant les premiers vêtements qui me tombèrent sous la main, et je partis pour la prison, résolue de tout faire pour vous sauver... mais, hélas! j'ai tout employé en vain : prières, menaces, tout a échoué contre la crainte des guichetiers qui ne veulent pas, disent-ils, jouer leur tête contre de l'or. Tout ce que j'ai pu obtenir, c'a été de parvenir jusqu'ici.
HARRY
Et nous sommes trop heureux encore devons voir dans un tel moment, Clary, dans un moment où l'on ne peut pas douter de l'affection de ceux qui viennent à nous.
CLARY, vivement.
Pouvais-tu...? (Revenant à elle.) Pouviez-vous tous deux douter de mon amitié ? moi qui constamment enfreins les ordres de mon père pour vous voir quelquefois et vous chérir toujours.
Oh ! merci , Claty ! njerci de cette bonne amitié... J'avais besoin de cela.
CLAFiY, à part.
Pauvre Georges!
HARRY, de même.
Pauvre frère !