‹ Magasin théâtralChapitre 680 sur 1711 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

CHARLES

Campbell, il est maintenant en Angleterre une jeune et belle princesse, du sang royal, qui a besoin d'un époux, et une vieille et magnifique e'pée qui a besoin d'un connétable ; les veux-tu ?

CAMPBELL

Non, sire!

CHARLES

En vérité, tu es un homme bizarre... Pour rien, tu commets crime sur crime, et tu recules devant une complaisance qui te ferait, après moi , le premier homme d'Angleterre.

Quels crimes? Des ennemis trompés, outragés, tués... des Gienarvon mourant ensemble ou vivant d'une vie pire que la mort ; ce ne sont ^as là des crimes , ce sont des vengeances. Les bons Écossais sont bons haïsseurs. Mes ennemis .>n feraient autant à ma place, et feraient bien. Il y a des haines qui sont des vertus, et des complaisances qui sont des forfaits... Quant à vos dons, ils ne valent pas encore ce que vous me demandez : il y a en Europe trois royaumes aussi beaux que l'Angleterre, et il n'y a pour moi au monde qu'une Clary Campbell.

CHARLES

Ah çà , milord, songes-tu que ta fdie est perdue pour toi, et que, si je puis te la faire retrouver, je puis aussi t'en empêcher?

CAMPBELL

Je l'aime mieux perdue , sire, que déshonorée.

CHARLES

Un homme peut-il donc être ainsi à-la-fois si vicieux et si fanatique?

CAMPBELL, amèrement.

Raison de plus, sire, si je n'ai que cette vertu , pour me la laisser. Les tigres aiment bien leurs enfants, Campbell peut bien aimer sa fille.

CHARLES

Tu railles et tu me braves, milord !... Prendsy garde! nous sommes roi, et roi par la grâce de Dieu; je peux ce que je veux : gare que je veuille ce que je puis ! Parceque je suis bon homme d'ordinaire, il n'est pas dit que je ne 5erai pas tyran quelquefois. Dieu travailla six jours et se reposa le septième : mon bourreau a dormi toute la semaine ^ il pourrait bien travailler dimanche.

CAMPBELL , avec hauteur.

Sire, cet homme-là travaille quelquefois pour moi, mais il ne travaillera jamais sur moi.

CHARLES

Tu te trompes, orgueilleux lord, tu te trompes , Dieu merci ! Hier tu as fait , sans ma permission royale , arrêter, juger, exécuter un pair d'Angleterre, lord Gienarvon; et c'est cas de mort, je te l'ai dit. De toi tout m'appartient

maintenant, biens, honneurs, existence... Campbell ! ta fille !

CAMPBELL

Jamais! sire.

CHARLES

Donc, quand aurai-je tes ordres?

CAMPBELL , se dépouillant de tous ceux qu'il porte. A l'instant, sire.

CHARLES

Et ton portefeuille?

CAMPBELL

Dans une heure.

CHARLES

Et ta tête?

CAMPBELi..

Quand vous voudrez.

CHARLES

C'est bien. Au revoir,

(Il sort.)

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