SCENE vm
MATÉO, STELLA, JULIANI, MICHELA, au fond en dehors.
MATÉO, à Juliani qui allait à Stella, se jetant entre eux.
Arrêtez 1 Icsmomens sont précieux, on peut revenir, et nous n'avons pas une minute à perdre. STELLA, troublée, Signor I
MATÉO
OUI rassurez-vous; c'est un ami qui vousparle, un ami qui donnerait son sang et sa vie pour vous, et tenez, lisez, lisez cette lettre.
Stella regarde Juliani,
JULIANI.
Ah I lisez, cbère Stella.
STELLA, lisant.
« Mafille... » Que vois-je?.,. cette écriture...
JCLIANI.
Est celle de votre père.
STELLA
Mon père, oui, oui, je reconnais.
MATÉO, pendant qu'elle lit.
Vous le voyez, il vous attend.
STELLA, avec joie.
Mon pèrel il existe I
JULIANI.
Usait que je vous aime, et...
MATÉO, l'interrompant.
Assez, nous parlerons de cela plus tard. {A Stella.) Il vous conjure, il vous supplie de lui rendre sa fille; ohl ne le refusez pas, signora; car s'il vit, c'est que l'espoir d'embrasser son enfant le soutient encore; voyez, ces lignes tracées d'une main tremblante vous apprennent assez qu'il faut vous hâter.
STELLA
Que dites-vous?
JULIANI.
La triste vérité, Stella. Sans cela, vous l'auriez vu venir lui-même vous arracher aux mains de nos ennemis ; hélas î sa santé affaiblie par tant de chagrins et de misère ne lui permet pas de joindre ses efforts auxnôtres;maisqu'importe? si vousnous secondez, nous triompherons de tous les obstacles; venez , et votre présence lui rendra la vie et le bonheur.
STELLA
Parlez, que faut-il faire?
UATÉO.
Cette nuit, à la faveur du désordre que cette solennité jettera dans l'abbaye, et quand toutes vos compagnes et les sœurs seront réunies à la chapelle...
MICHELA
Hâtez-vousl h signera Béatrix est retrouvée...
Juliani va regarder.
MATÉO, à Stella.
Alors gagnez le jardin, nous y serons, tout sera prêt pour notre fuite.
STELLA
Mais si l'on nous découvrait, nous serions tous perdus, et mon père lui-même, jel'exposerais. {A Juliani.) 0ht non.
MATÉO, à Juliani.
Elle hésite, voilà le moment... Eh! vile, à votre tour,
JULIANI.
Chère Stella, refuserez-vous la seule voie de salut qui nous reste? ne m'avez-vous ordonné de vivre que pour me condamnera un éternel désespoir?
STELLA
Hélas!
JULIANI.
Stella, je vous en supplie, cédez, je vous en conjure, ma Stella I
uicnzLA, qui accourait, à elle-même.
Qu'entends-je?
JULIANI, tombant aux -pieds de Stella.
Au nom de notre amour I
MICHELA, se jetant entre eux.
De notre amour! [A Juliani.) De votre... vous l'aimez? {avec chagrin) il l'aimait 1
MATÉO
Eh! sans doute! depuis long- temps I
MICHELA
Et moi qui croyais...
MATÉO
Une rivale! ah! mon Dieu ! qu'avons-nousfait? en voici bien d'une autre I {A Juliani.) Et vous ne me disiez pas...
JULIANI.
J'ignorais...
MICHELA
Ingrat! mais je me vengerai!
Elle va vers le fonJ.
JULIANI.
Michela! de grâce !
MICHELA
Laissez-moi, laissez-moi, il faut qu'on sache...
STELLA
Ciel!
Juliani va à elle et cherche à la calmer.
MATÉO, se jetant au-devant de Michela.
Arrêtez I
MICHELA
Eh bien I
Elle s'e'lance a la porte de droite, saisit le cordon et sonne.
MATÉO
Mais malheureuse, vous allez nous perdre tous, et vous la première.
MICHELA
Cela m'est égal.
MATÉO, l'empêchant de sonner.
Vous voulez donc que Juliani meure?
IS
mCHELA.
Juliani !
MATÉO
Ehl vraiment oui , hier, sans tnoi il se tuait.
MICHELA
Pour elle ! ah 1
' MICHELA, Zé regardant avec émotion.
Se tuer! oh! non, je ne le veux pas.
"MATÉO
A la bonne heure... Ah! Michela, voas avez un eœur I
MICHELA
Hélas! à qui le dites-vous ?
MATÉa.
Et voilà un trait... (il s'arrête) ce bruit...
JULIANI.
Tout le couvent accourt ici.
MATÉO
C'est cette maudite cloche! Que faire? queleur dire?... Allons, Michela, encore un petit mensonge, un prétexte, vous êtes en verve.
Ils se précipitent tous à leurs places; Matéo, ne trouvant plus les Lrosses, peint dans son trouhle avec tout ce qui lui tombe sous la main.
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