SCENE XIV
LA COMTESSE, AGNÈS, entrent du côté opposé; puis MICHEL et LOINGUE- EPEE.
LA COMTESSE. Tiens par ici, mon enfant, calme-toi.
AGNÈS. Olî ! l'on n'exigera pas de moi, ma mère, un si grand sacrifice.
LA COMTESSE. Non, mais on te le demandera comme une grâce.
AGNÈS. Mais qui donc ?
LA COMTESSE. Moi, mon enfant.
AGNÈS. Tous!., c'est impossible I
LA COMTESSE. C'est seulement en devenant mère de l'impératrice que je puis devenir régente et éloigner à jamais de la tutelle le cruel Andronic.
AGNÈS. Oh ! laissez-le gouverner, ma mère I
LA COMTESSE. Lui ! lui, qui commencerait par faire mettre à mort celle rjn'il accuserait d'avoir voulu lui ra\'ir le pouvoir!
AGNÈS. Oh! je n'y avais pas songé. Oui, j'accepterai... il vous tuerait, manière, j'accepterai tout ; j'épouserai le prince Alexis... que je n'ai jamais vu... je me marierai sans amour.
LA COMTESSE. Oh î tu l'aimeias., mon enfant!
AGNÈS. Oh! non, jamais... mon ame ne m'appartient plus. .. vous le savez, vous, je vous l'ai dit.
LA COMTESSE. Lîsensée ! tu songes encore à ce cavalier normand , qui a déjà perdu ton souvenir ?
AGNÈS. Oh ! non, ma mère, je l'ai retrouvé , je l'ai revu.
LA COMTESSE. OÙ donC ?
AGNÈS. Ici !
LA COMTESSE. Ici!
AGNÈS. Et quel autre que lui pouvait être sur mes pas, pour me protéger au sortir du monastère ?
'ier nor-
Quoi
caval
LA COMTESSE
m and ?
AGNÈS. C'est lui, ma mère.
LA COMTESSE. Lui ! grand Dieu !
SUCHEL, entrant. Madame, l'empereur
vient d'arracher l'appareil qui couvrait sa blessure ; il vient d'expirer sur les marches de l'autel.
LA COMTESSE • Mort !
MICHEL. Le minisire Nicétas vous cherche.
LA COMTESSE, à Agnès. L'instant est venu, mon enfant.
AGNÈS , pleurant. Qu'on me proclame impératrice, ma mère 1
LA COMTESSE, se détachant de ses bras.
Du courage, mon enfant... ( A part avec inquiétude^ Mais Longue-Epée va revenir; comment éviter qu'il rencontre Agnès?...
Il l'aune, sans doute, et la nouvelle de ce mariage...
Elle s'approche d'une table et écrit à la hâte.
AGNÈS, à part. 3Iariée , pas à lui... G mon Dieu I
Elle s'assied en pleurant.
LA COMTESSE, Usant ce quelle i>ient d'écrire. « L'impératrice ordonne queLongue- » Epée ne rentre au palais qu'à la nuit. » {Parliint.) Et alors je saurai lerécompenser el l'éloigucî- à jamais. {A Michel, u mi-^oix,) Ecoute, l^Iicliel,un cavalier normand doit bientôt arriver au palais ; cours l'attendre au passage, et tu lui remettras cet écrit.
3IIC11EL, effrayé. Un cavalier normand, diles-vous?
LA COMTKSSE. Oui, tu le reconnaîtras facilement ,. c'est celui qui t'a défendu flans cette lutte, au sortir du monastère, lise nomme Longue-Epée. . . Hâte-toi ; moi, je cours vers Nicétas.
Elle sort.
MICHEL, épomanic. Que vient-elle de me dire ?... Quoi! ce cavalier, ce fantôme... Mais non... Ma tète est si fatiguée que j'ai mal entendu ses paroles... Non, c'est impossible, (// remonte la scène, Longue-Epée paraît au fond ; d'une voix étouffée.) Encore lui!... Grâce, grâce, mon Dieu!
Il s'enfuit.
LONGUE-ÉPÉE, dans le fond. L'empereur vient de mourir , et dans ce palais tout est rumeur, tumulte, rien n'est tristesse... et c'est là ce grand peuple... peuple usé, peuple flétri, peuple d'ingrats. (// descend la scène ; apercci^anl Agnès.) Agnès !
AGNÈS , se levant précipitamment. Lui!
lui, près de moi!
LONGUE-ÉPÉE. Moi, princesse.
AGNÈS. Oh ! merci au hasard qui vous y a conduit ; j'ai une grâce à vous demander.
LONGUE-ÉPÉE. J'allais moi-même vous en demander une.
AGNÈS. Parlez, que voulez-vous?
LONGUE-ÉPÉE, Ce voile que VOUS portez.
in'npp.'^i l'Ninit 1;hm-.,. il éînit mon l)icn, iiion trésor à moi. . ne v..e le rcudrf z-vous pas ?
A(i\Ès. Ce voilt"... n'arpaitient p;t<5 à moi seule, maintenant qu'il est mon voile de fiancé;".
LONGL'E-ÉPi-lî. De fiancée!
AGNÈS. Et bieniôtil sua mon voile d'épouse.
LO.NGUK-ÉPÉr Et qui sera votr<^ éponx?
AGXÈS. Le princp Alexis Comnène , qui
doit arriver cette nuit même au palais.
LONGl E-ÉPÉE. Oui, cette nuit,
AG\Ès. Eljevonlais vous supplier, vous
qui avez toujours été pour moi connue un
ami discret, comme un ange gardien ; je
voulais vous supplier de ne pas m'ab.in-
donnti-, quand Its jalousies, les haines,
vont de tous côtés se dresser contre moi ...
Oh! n'esl-<e pas que je vous trouverai
tonjonis pour me défendre?... A ons iie
me réponilt'z pas... votre regard m'effraie.
MCÉTXS, accouranf. N enez, prii^cesse. . .
il faut<|Ud la fiancée de notre je;! ne nn-
per 'ur vienne sain, r les sénateurs.
AG\ÈS, à [Jcrt. ]Mon régne commence déjà !
Elle sort tristement.
scot XV.
LONGliE-ÉPÉE, seul.
Mariée... elle... elle devenir l'épouse d'un homme qui vivra de son regard...
Agnès mariée. .. Oh! non., ci si impnssiMc, mort à lui! mort à tous... J'ai trouvé le tiésor, et qui voudrait y loucher me tuera s'il veut vivre, on mourra... .lésais, prince Alexis, la route que In dois suivre... c est moi qui t- l'.ti dé.-ignée... tu me rencontreras... et aloisl .. î>lais ce prince de quinze ans n'est pas encore un homme; l'appeler au combat serait infâme et lâche ; l'altendje secrèieincnL au passage et letuersciait un crime... Et que me fait le crime, à moi! Ai-je donc à craindre que mon dé.->honneur fasse pleurer ma mère?
D'ailleurs je ne connais , inoi, nilebien ni le mal... je n'ai que l'instinct qui défend et qui garde ma vie. ( Tirant son épée. ) Quand l'instinct mê pousse, je marche. . Il faut qu'il niture^
SCE^^h: XV i.
Le Même , PHOCiUS , BARDAS.
VHOOIL'S. Reconnais- tu culte bague?
LO^GUE-ÉP£E. Quelle est cette bague ?
PHOCIUS. Celle du prolosébaste...
LONGUE-ÉPÉE. Oui, je me souviens.,.
Que veux-tu ;'
pnocnis. ()uand le prince Alexis doit-il venir au palais ?
i.O.\GiE-ÉPÉE. Cette nuit...
rnocius. Cette nuit... Qui l'accompagn. ra?
i.OXGLE-ÉPÉE. Personne !
PUOciLS. Il Y viendra donc déguisé?
LO\G! E-F.PÉE. Oui.
PHOCiLS. Son costume'
LO\GLiE-ÊPEE. Celui d'un des gardes.
PHOCîLS Par quelle ])orie entrera-t-il dans la viile?
LO\GLE-ÉPÉE. Par la porte Orientale.
PHOCil'S. A quelle heure?... à quelle iieure ? réponds !
LO\GLE-ÉPÉE. A minuit.
BAi'.DAS. fci tôt ! Déjà la nuit s'avance... hâlons-nous, patrice.
Piioriis. .Te n'ai pas mes armes.
.E\!!DAS. Il y a deux lames dans ce louireài: , partngfous !
Piucirs. Kllcssont e.i poi.^onnées?
BÂi.DA*.. El d'ii.L ! quand elles altoig..ciit jujio et fo. t , elles luenl. Cela doit Uuus s.iffiiv .
p»o(jii.s. Par^oua!