‹ Magasin théâtralChapitre 762 sur 1711 · LES MANANTS · texte numérisé non relu

LES MANANTS

Non , monseigneur.

PHILIPPE

l'ar mon patron ! messire, vous venez de me tirer d'un mauvais pas, et je m en souviendrai en pareille occasion si je vous y trouve.

BLE AU, SCENE l 207

eURIDAR.

Votre main?

niiLii'i'E.

De grand cœur.

BLIUDAW.

Tout est dit. (Orsini apporte du vin dtcnsdes pot»., A votre santé!... Porte deux pots de celui-là à ces drôles, afin qu'ils boivent à la nôtre... bien. C'est la première fois, mon jeune soldat, que je vous vois dans la vénérable taverne de maitre Orsini ; êtes-vous nouveau venu dans ia I bonne ville de Paris?

PHILIPPE

J'y suis arrivé il y a deux heures, justement pour voir passer le cortège de la reine Marguerite.

BCRIDAS.

ReineY pas encore.

PHILIPPE

Heine après-demain; c'est après -demain qu'arriv€ de Navarre poivr succéder à Philippele-Bel, son père, monseigneur le roi Louis X, et j'ai profité de son avènement au trône pour revenir de Flandre, où j'étais en guerre.

BCRIDAS.

Et moi d'Italie, oii je me battais aussi. Il parait que la même cause nous amène, mon maître?

PHILIPPE

Je cherche fortune.

BCRIDAN.

C'est comme moi; et vos moyens de réussite?

PHILIPPE

Mon frère est depuis six mois capitaine prèâ de la reine Marguerite.

BCRIDAS.

Son nom?

Gaultier Dauhiay.

BCRIDAH.

Vous réussirez, mon cavalier, car la reine n'a rien à refuser à votre frère.

PHILIPPE

Ou ledit : et je viens de lui écrire pour lui annoncer mon arrivée et lui dire de me joindre

BURIDAN

Ici au milieu de cette foule?

PHILIPPE

Regardez.

BCRIDAN.

Ah ! tous nos gaillards sont disparus.

PHILIPPE

Continuons, puisqu'ils nous laissent libres. El TOUS, puis-je vous demander votre nom?

BCRIDAN.

Mon nom?... dites mes noms; j'en ai deux : ui.de naissance qui est le mien, et que je ne perte i>as; un de guerre qui n'est pas le mies. et ^ue je ^loite.

i^fft

LA TOUR DE NESLE

l'HILlPPE.

Ft lequel me direz-vous?

BCPiIDâN.

Mon nom Je guerre, Buridan.

PHILIPPE

}!aridan ; avez-vous quelqu'un en cour?

CtIRIDAN.

Personne.

PHILIPPE

Vos ressouices?

BDRIDAÎI.

Sont là! (il frappe son front.) et là! (il frappe ron cœur.) dans la tête et le cœur.

PHILIPPE

Vous comptez sur votre bonne mine et sur l'amour, vous avez raison, mon cavalier. BtrniDAN.

Je compte sur autre chose encore; je suis l'm même âge, du même pays que la reine... j'ai été page du duc Robert II, son père, lequel est mort assassiné... la reine et moi n'avions pas, à nous deux, l'âge que chacun de nous a seul maintenant.

PHILIPPK.

Quel est votre âge?

BL'RIDAN.

Trente-cinq ans.

PHILIPPE

Eh bien?

BURIDAN

Eh bien! il y a depuis cette époque un secret entre Marguerite de Bourgogne et moi... un secret qui me tuera, jeune homme, ou qui fera ma fortune.

PHILIPPE, lui présentant son gobelet pour trinquer.

r.onne chance!

BURIDAN

Dieu vous la rende! mon soldat.

PHILIPPE

Mais cela ne commence pas mal.

BURIDAN

Ah!

PHILIPPE

Oui, aujourd'hui, comme je revenais de voir passer le cortège de la reine, je me suis aperçu que j'étais suivi par une Femme. J'ai ralenti le pas, et elle l'a double... le temps de retourner un sablier, elle était près de mol. Mon jeune seigneur, m'a-t-elle dit, une dame qui aime l'épéevous trouve bonne mine;êtes-vou3 aussi brave que joli garçon? étes-vous aussi confiant que brave ? — S'il ne faut à votre dame, ai-je répondu, qu'un cœur qui passe sans battre à travers un danger pour arrivera un amour.. .je suis son homme, pourvu toutefois qu'elle soit •eune it jolie; sinon, qu'elle se recommande à sainte Catherine, et qu'elle entre dans un couvent. — Elle est jeune et elle est belle. — C'est bien. — Elle vous attend ce soir. — Où? — Trouvez-vous à l'heure du couvre-feu, au coin de la tue Froid-Maotel ; un bomme s'approchera

de vous, et dira : Votre main? Vous lui mon. trerez cette bague et vous le suivrez. Adieu, mon soldat, plaisir et courage... Alors elle m'a mis au doigt cet anneau, et a disparu.

BOniDAN.

V^ous irez à ce rendez-vous?

PHILIPPE

Par mon saint patron! je n'ai garde d'y manquer.

BURIDAN

Mon cher ami, je vous en félicite... il y a quatre jours de plus que vous que je suis à Paris, et, excepté Landry, qui est une vieille connaissance de guerre, je n'ai pas rencontré un visage sur lequel je pusse appliquer un nom... Sang- Dieu... je ne suis cependant d'âge ni de mineà n'avoir plus d'aventures.

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