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ACTE V, IX' TABLEAU, SCÈNE VII

de jours de bonheur, à nous qui, nous-uièmes, nous sommes crus maudits...

MAnGDERITE.

Parle, je ne te comprends pas.

BURIDAN

Marguerite, ne te reste-t-il rien dans le cœur, rien d'une femme, rien d'une mère?

MARGCERITE.

Où veux-tu en venir?

BrRIDAN.

Celle que j'ai connue si pure n'est-elle plus accessible à rien de ce qui est sacré pour Dieu et les hommes?

C'est toi qui viens me parler de vertus et de pureté! Satan qui se fait convertisseur! c'est étrange, tu en conviendras toi-même.

EURIDAX.

Peu importe quel nom tu me donnes, pourvu que ma parole te touche... Marguerite, n'as-tu jamais eu un instant de repentir? Oh! répondsmoi comme tu répondrais à Dieu; car, ainsi que Dieu .^ je puis tout en ce moment pour ton bonheur ou ton désespoir... je puis te damner ou t' absoudre ; je puis, à ton gré, l'ouvrir l'enfer ou le ciel... Suppose que rien ne s'est passé entre nous depuis trois jours... oublie tout, excepté ton ancienne confiance envers moi... n'as-tu pas besoin de dire à quelqu'un tout ce que tu as souffert .••

MARGCERITE.

Oh! oui, oui, car il n'est point de prêtre à qui on ose confier de pareils secrets!... Il n'y a qu'un complice, et tues le mien, le mien, de tous mes crimes! Oui, Buridan... ou plutôt Lyonnet, oui, tous mes crimes sont dans ma première faute!... Si la jeune fille n'avait pas manqué pour toi, malheureux, à ses devoirs , son premier crime, son plus horrible n'aurait pas été commis; pour qu'on ne me soupçonnât pas de la mort de mon père, j'ai perdu mes fils!... Poursuivie par le remords, je me suis réfugiée dans le crime!... j'ai voulu étouffer dans le sang et les plaisirs cette voix de la conscience qui me criait incessamment : Malheur!... Autour de moi pas un mot pour me rappeler à la vertu, des bouches de courtisans qui me souriaient, qui me disaient que j'étais belle, que le monde était à moi, que je pouvais le bouleverst'r pour un moment de plaisir!... pas de forces pour lutter... des passions , des remords... des nuits pleines de spectres si elles ne l'étaient de volupté !... Oh ! oui, oui, il n'y a qu'à un complice qu'on puisse dire de pareilles choses !

BURIDAN

Mais, dis-moi, si près de toi tu avais eu tes fils?

MARGUERITE

Oh! alors, aurais-je osé sous leurs yeux.

quand la voix de mes enfants m'eût appelée ma mère !... aurais-je osé faire des projets de meurtre et d'amour! Oh! mes fils m'eussent sauvée, ils m'eussent rendue à la vertu peut-être... mais je ne pouvais garder mes fils! O mes fils! Oh! je n'osais pas prononcer ces mots!... car, parmi les spectres que j'ai revus, je n'ai point revu mes fils, et je tremblais en les appelant d'évoquer leurs ombres !

BURIDAH.

Malheureuse ! ils étaient près de toi , et rien ne t'a dit : Marguerite, voilà tes fils!

MARGUERITE

Près de moi?

BURIDAN

L'un d'eux, malheureuse mère, l'un d'eux .. tu l'as vu à tes genoux , demandant merci contre le poignard des assassins! Tu étais là, tu entendais ses prières... et tu n'a pas reconnu ton enfant , et tu as dit : Frappez !

Moi , moi... où cela?

EURIDAK.

Ici, à cette place où nous sommes.

MARGUERITE

Ah ! quand?

BCRIDAN.

Avant-hier.

MARGUERITE

Philippe Daulnay? vengeance de Dieu!

BURIDAK.

Voilà ce qu'est devenu l'un... Marguerite, pense à ce qu'est l'autre.

MARGUERITE

Gaultier?

BURIDAH.

L'amant de sa mère.

MARGUERITE

Oh ! non , non ; grâce au ciel , cela n'est pas, et j'en remercie Dieu , je l'en remercie à genoux... Non, non, je puis encore appeler Gaultier mon fils, et Gaultier peut m'appeler sa mère.

BURIDAN

Dis-tu vrai?

Par le sang du martyr qui a coulé là , je te le jure !... Oh ! oui , oui , c'est la main de Dieu qui a dirigé tout cela , qui m'a mis au cœur cet amoui bizarre, tout de mère et pas d'amante!... c'est Dieu... Dieu bon. Dieu Sauveur qui voulait qu'avec le repentir le bonheur revint dans ma vie!... O mon Dieu! merci, merci !

(Elle prie. ) BURIDAN.

Eh bien! Marguerite, me pardonnes-tu, vois-tu encore en moi un ennemi?

MAIIGUERITE.

Oli! non, non, le père de Gaultier !

BURIDAN

Ainsi, tu le vois, nous pouvons élie lieuieux

LA TOUR DE NESLE

encore!... Nos vœux d'ainhition sont remplis , plus de kifie entre nous... Notre fils est le lien qui nous attache l'un à l'autre... Notre secret sera enseveli entre nous trois!

MARGUEniTE.

Oui, oui.

EUIUDAN.

(>rois-tu que tu peux encore être heureuse?

MARGUEniTE.

Oh ! si je le crois ! et il y a dis minutes , cependant, je ue l'espérais plus.

BCRIDAN.

Une seule chose manque à notre bonheur, ii'e.st-ce pas ?

MARGDERITE.

Notre fils, notre fils là, entre nous deux... notre Gaultier.

BDRIDAN.

Il va venir.

MAI\GUERITE

Comment !

DUr.IDAN.

Je lui ai remis la clef que tu m'avais donnée, il va venir par cet escalier par où je devais venir, moi.

MARGUERITE

Malédiction ! et comme c'était toi que j'attendais, j'avais placé... damnation!... j'avais placé des assassins sur ton passage!

BCRIDAN.

Je te reconnais Lien là, Marguerite.

( On entend un cri dans l'escalier. ) MARGUERITE.

C'est lui, lui qu'on éjijorge!

EURIDAN.

Courons!...

( Ils vont à la porte, qu'ils secouent. )

MARGUERITE

Qui donc a fait fermer cette porte? Oh! c'est moi... moi! Orsini! Orsini ! ne frappe pas, malheureux!

BURIDAN , secouant la porte.

Porte d'enfer!... mon fils! mon fils!!!

MARGUERITE

Gaultier!

BURIDAN

Orsini!... démon!... enfer ! Orsini !! !

MARGUERITE

Pitié! pitié!

GAULTIER, en dehors, criant et appei.int an srcouri. A moi! à moi ! au secours!

MARGUERITE

La porte s'ouvre!

( lille recule.)

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