‹ Magasin théâtralChapitre 82 sur 1711 · LO.NGUE-EPÉE, MICHEL · texte numérisé non relu

LO.NGUE-EPÉE, MICHEL

Nuit complète.

MICHEL. La nuit est venue. .. . la nuit si tardive et si prompte , c'est l'heure où le

saint mlnislre va venir prier ici et pour

moi, c'ist i'Iicure terrible et suprême I

{j4pcrc.Cimnl Loiiguc-Epcc.) Le voici!

déjà!... Sfigneur, mon Dieu! Seigneur, maintenez l'obscurité ((ui cacliera ma terreur... Stign(ur, donnez au coupable la

force de parler à son juge ( // se traîne

jiisiju auprès (h Longue-Epée, qui est assis dans l'aiatleinent, et s'agenouille auprès de

/?</.) Pitié pour celui qui s'agenouille

qui se repent et qui souffre.

LO\Gl]E-ÉPÈE. Quel est cet homme?

MICnEL. Et qui vient vous demander pour un crime la pénitence et l'absolution...

LONGlE-ÉPÉE , à part. Le crime peut donc s'absoudre ?

MICHEL. Il y a vingt ans , mon père , je

fus complice du meurtre d'un enfant!

Oh! ne m'accablez pas!... j'ai déjà tant souffert... le ciel a dirigé contre moi l'i-' mage de ma victime pour me glacer d'horreur!... et m'ôter le repos.

LONGUE-ÉPÉE , à part m^ec frayeur. L'image d'une victime poursuit donc le coupable?

MICHEL. Quelques années après le crime, mon père, son image m'est apparue sous les vêtemens d'un enfant païen , endormi sur

la poussière, dans les plaines de la Patzinacie. J'ai prié ! jai fui vers la France, et là, la colère divine me l'a montré parmi les soldats normands qui marchaient au combat, triste et rêveur comme la vengeance!

LOAGUE-ÉPÉE , cache son visage dans ses mains. A demi-voix. Et plus tard?

Il écoute avec stupeur.

MICHEL. J'ai voulu me rendre à Jérusalem... je l'ai trouvé niuet et silencieux sur la route... Je suis venu à Constantinople, et je l'ai rencontré dans les rues , dans le palais, partout, .sans cesse. Et maintenant je viens vovis dire en tremblant, vous, mon père, vous, qui pouvez absoudre, exorciser, délivrez mon ame du démon... faites, mon père, qu'elle ne soit pas maudite... et que je puisse , en mourant , voir passer devant moi la bonté du Seigneur... Pitié pour moi. . . pitié ! il tombe la face contre terre.

LONGUE-ÉPÉE, .^e /el'fi//^ Destinée! viens encoreà mon aide... conunent faire?.. Ah ! {h^renant Michel par la tnain. A demi-voix.) Suis-moi, pauvie coupable... viens...

MICHEL, tremblant. Où me conduisezvous, mon père?

LOA'GUE-ÉPÉE, l'entraînant par la main.

Viens !... (// oia'/c une draperie qui cachait une fenêlie à droite. Le théâtre s'éclaire comme par la lune.) Et maintenant à la lueur des étoiles, regarde mon visage!..,

MICHEL, époM'anlé. Malheur!., grâce...

Il tcrube h la renverse.

LONGLiE-ÉPÉE> Merci, hasard, qui.asfait vivre l'enfant immolé... et qui me met aujourd'hui face à face avec mon meurtrier... ( A Michel. ) Et toi, misérable ... dis-uioi , dans quel palais ou chaumière était né cet enfant... réponds !... Mais la frayera- l'a glacé... le frisson le saisit... et le secret de ma naissance est tout entier dans cette tête froide et sans voix... Oh ! s'il allait mourir... Rappelle tes sens, vieillard...vois, je viens pour cliasser ton erreur et briser ta chaîne... vois, je ne suis ni spectre, ni fantôme... tu trembles encore!. ( Saisissant le livre de pricics de Michel. ) Tiens , regarde, j'ai ouï dire par ceux de ta religion que si le démon touchait un livre saint, il serait foudroyé : regarde... moi , j'embrasse celui-ci... ton Dieu ne me frappe pas, car je ne suis, tu le vois, ni spectre m fantôme.

MICHEL , se redressant. Grand Dieu !...

LOAGLE-ÉPÉE. I\Ion cœur bat... ma tête pense... et ma voix supplie... comme toi je suis mortel... ton crime n'a pas pu s'accomplir... Dieu ne t'accablait pas d'un horrible anathème... je n'étais pas l'image menaçante et terrible , mais un homme

liais?... et il se

qui passait , mais un enfant cru mnit , et qup !,i nicrt avait épar;j,i>f"-..

niClîEi.. Seraii-il vrni?

LOXGLT.-ÉPKK Et mnintenint, toi qui as voulu me donner la mon, tu peux racheter ton crime en me donnant la vie... Dis-moi, dis-moi d'où je viens, qui je suis; dis-moi, mon père csl-il vivant?

HICHKL. Il vient de mourir.

LON<;UE-l'-PÉE. Quand donc?

Micn!:r.. Hier.

Page 1