SFORCE, LORENZO
LORENZO. Sforze... A nous deux... à nous deux maintenant!...
SFORCE , la lettre à la main. Et dire que je ne puis déchiffrer cette maudite lettre... Ne pas savoir lire !... je n'ai que cela d'un gentilhomme! Il n'importe! comme j'espère devenir quelque chose de mieux , je me déferai de cette ressemblance! C'est de la part de Francesca Malacarne, m'at-on dit !... Si elle pouvait me refuser !...
LORENZO. J'ai deux mots à vous dire, seigneur capitaine.
SFORCE. Tout à vous, mon jeune îrentilhomme!... Mais auparavant vous allez me rendre un service! Qui que vous soyez, le ciel vous amène à propos , et vous uïc direz ce que contient cette lettre.
LORENZO. J'allais vous en demander compte ! . . .
SFORCE. Vous! et quel intérêt?...
LORENZO, /J7-e/?an< la lettre. y o\\s\esa.m'ez assez tôt!... « Seigneur capitaine, vous re- » cherchez obstinément mon alHance, et » rien au monde ne pourrait vous y faire » renoncer, m'a-t-on dit : serez-vous toun jours aussi inflexible, cependant, quand » vous saurez que mon cœur appartient » à un autre, et que vouloir m'attaquer » dans cet amour , c'est attenter à ma vie » même.
» Francesca Malacarne. »
SFORCE , à /?«r^ Je la lui aurais dictée qu'elle n'eût pas mieux écrit ! . . ,
LORENZO. Cette jeune fille est noble et courageuse, capitaine! mais autant elle se montre loyale et fidèle, autant celui qu'elle aime serait lâche et infâme s'il n'allait se placer entre elle et vous, et vous demander raison d'une violence qui le rend aussi malheureux que Francesca , et qui l'oflense cent fois plus qu'elle.
MAGASIN THEAÏhAL
SFORCE. Je pense entièrement comme vous.
LORENZO. Eh bien! seigneur capitaine, cet homme qu'elle aime , c'est moi ! ... ces deux mots suffisent I... Ils vous dictent une rétractation , ou vous demandent un combat!
SFORCE. Un combat! .. . Je ne demanderais pas mieux, mon gentilhomme !.. . d'abord c'est mon métier. . . vous vous y prenez imprudemment, et tout autre qu'Attendolo Sforce serait peut-être forcé de soutenir ses prétentions, rien que pour ne pas céder à une menace ! . . . Mais vingt ans de guerres heureuses, les meilleures armées de l'Italie, formées par moi,etrendues invincibles, sept châteaux et le grade de connétable, conquis à la pointe de i'épée, peuvent me permettre de refuser sans honte un défi ! . . . Attendolo Sforce , mon jeune ami , n'a jamais usé de violence qu'envers des hommes et des ennemis, et placé aujourd'hui entre Francesca et son fiancé... c'est à ce dernier seul qu'il demande sa main !
LORHJVZO.Vous! est-il possible!... Mais tout n'est pas fini encore, et ce cîoÂtre qui la réclame...
SFORCE, lui donnant un papier. Qu-;- -V lez-vous de cloître?... L'archevêque, t,Ujr la nouvelle prématurée de mon mariage, m'avait renvoyé ce titre qui menaçait Francesca. La supérieuredu couvent en est prévenue, m'a-t-on dit; vous pouvez détruire ce papier.
LORENZO. Capitaine, vous êtes notre sauveur!... Ah! ma reconnaissance...
SFORCE. Dites votre amitié. {A part.) Elle est pour moi en dehors du marché; il n'importe , elle ajoute aux bénéfices de la Tournée... L'épée de connétable conquise, un ami de plus et une femme de moins! JNe rien perdre et tout gagner! . . . Allons, décidément je profite à la cour!...
Il sort par le fond.
LORENZO. Francesca!... qu'elle va être heureuse ! . . .