‹ Magasin théâtralChapitre 829 sur 1711 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SFORCE, FOSCHINO.

SFORCE, entrant rapidement. Mais laissemoi donc! je te dis que j'ai audience du grand-cliancelier à la villa de Sorrente , sans compter que je jmis rencontrer le comte Lorenzo. tout-puissant en ce palais.

FOSClUAO. Bhiis , connétable, ct: sont vos hoiiiiiits qui .-^e sont rassemblés dans la campagne, à la, noiivelle de votre retour I ils Yt'MUiil q'îe le terme de veU'ê

exil soit aujourd'hui pour eux celui d'un repos qui leur pèse. Ils prétendent qu'ils s'ennuient faute d'argent, et qu'il leur faut double paie ou la guerre.

SFORCE. C'est-à-dh-e le pillage.

FOSCHINO. C'est notre supplément de solde.

SFORCE. Mais Naples est en paix , et à moins de les faire battre les uns contre les antres...

FOSCniNO. Alors ils demandent de l'ar- ^rnl : ils se lassent, disent-ils, d'avoir été

colporter leur valeur de royaume en • royaume , sans être plus riches pour cela !

SFORCE. Il est décourageant, en effet, desous-louer la victoire à tous les potentats de l'Italie, et de ne la garder jamais pour soi. Mais je n'ai pas d'argent ; je suis connétable et non trésorier; me prennent-ils pour un roi ou pour le favori?,. Ah I si j'étais le comte Lorenzo , en ce moment l'arbitre de l'état...

FOSCniNO. Mais ce favori est détesté de tous ; les vieux servitcvus du feu roi Ladislas s'indignent de l'avilissement du royaume et de la faiblesse de la reine pour un aventurier sans naissance, sans talens.

SFOKCE. Oui, mais non sans valeur!., la reine peut, du moins, justifier son choix par plus d'une action de bravoiue dont le comte de Lorenzo nous a tous étonnés, lorsqu'il prit le commandement d'une expédition qui m'avait été soustrait par intrigue, et qu'il se mit en campagne, il y a un an, un peu après cette catastrophe qui avait paru tarit l'aflEliger, et dont cette villa même fut le théâtre. . . Il est vrai que dans le poste de général , le comte n'a déployé que des qualités de soldat.

FOSCHINO. Quoi qu'il en soit, le pays, dégradé sous son joug, ne lui tient aucun compte de sa bravoure ou plutôt de sa témérité. Une révolte est imminente, et sans doute une révolution. . . et dans le désordre général, si vous vouliez...

SFORCE. Je pourrais finir par doubler votre solde.

FOSCHINO. Avez-vous oublié quelles préventions le comte a inspirées contre vous à la reine, et par quelle ingratitude vos services ont été payés?

SFORCE. Oui, l'injustice peut délier de la fidélité, et il y a eu plus que de l'injustice à mon égard. Ces fonctions de connétable que réclamait pour moi le vœu de l'aimée , que la sûreté de l'état a forcé de confier à ma vieille expérience , par combien d'humiliations m'en a-t-on fait expier riionneur , depuis qu'un jieune favori a pris le pas sur les vieux serviteurs du trône ! toutes les occasions de gloire lui ont été réservées; on m'avait réduit à n'être plus à la cour qu'un dignitaire inutile... Mais ce n'était pas assez pour le comte.. .. ma présence oisive était pour lui encore dans le palais de Jeanne II un reproche muet ; la vue d'un connétable de fortune gênait ce parvenu de hasard. . . les affronts ont succédé au dédain vis-à-vis de moi... Partout, aux banquets, aux fêtes royales, la dernière place m'était

marquée à dessein, et devant les murmures unanimes que soulevait cette persécution , cette reine imprudente a répondu que c'était encore trop débouté pour un paysan de la Romagne {à part) ; paysan, soit ! mais celui-là a si bien labouré son champ, qu'on y verra bientôt pousser une récolte à laquelle on ne s'attend pas.

FOSCHINO. Enfin , si la reine tombe pai son seul aveuglement, si la puissance est offerte à la main la plus forte ou la plus heureuse... croyez-moi., avec un drapeau de guerre, on peut faire facilement un dais royal.

SFORCE. Foschino, je suis connétable du royaimie, je n'ai mis un terme à mon exil volontaire , conseillé par ma dignité, que sur l'appel du chancelier qui me demande mon secours; que ceci te suffise aujourd'hui... d'ailleurs je ne crois pas que les périls de la reine soient encore si grands que tu les fais . Jeanne II n'a point d'ennemis au dehors ; elle est aimée du peuple et protégée par l'église... croismoi , elle peut régner long-temps.

FOSCHiiMO. Oh ! non pas avec le favori... et le jour n'est pas loin...

SFORCE. Silence! ne comprends-tu pas que ce n'est ni l'heure ni le lieu d'un pareil entretien? j'aperçois le chancelier: laisse-nous, mais ne t'éloigne pas...

FOSCHINO. Que dire à vos braves condottieri ?

SFORCE. Qu'ils se taisent et qu'ils attendent.

FOSCHINO. Us attendront!

Il sort. On voit passer au fond de la galerie un homme vêtu très-simplement; le chancelier paraît un instant après et le suit des yeux.

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