SCENE VI
OLIVIER, JEANNE, tous deux en dehors.
JEANNE. Une dague aux armes de Bourbon... ma dernière lettre au comte de la Marche, datée d'un an... Vous êtes donc au service de ce prince ?.. et en effet, je me rappelle à présent vos traits... il y a un an, vous avez paru un moment à cette cour? OLIVIER. Oui, madame, je fus envoyé par le prince lorsqu'il annonça des prétentions dont il désespéra en apprenant la recherche du prince d'Aragon.
JEANNE. Depuis ce temps, votre visage semble avoir été tellement altéré par la souffrance, que je ne pouvais vous reconnaître... d'ailleurs, ce n'est point par du sang répandu que devait s'annoncer auprès de moi un chevalier de France I
OLIVIER. Madame, j'errais tranquille dans cette île , dont le sol appartient à tous. . . Que j'y sois venu sur vos pas , peu
* I.e majordome, Olivier, Jeanne, Lorenzo,
importe, aucune W ne le défend... votre rapitaine m'a abordé en m'insultant, moi, le comte Olivier de Rieux, moi gentilhomme français... je n'ai pas cru devoir supporter un affront même d'un de vos serviteurs... {à pari) et surtout d'une créature du comte Lorenzo.
JEANNE. Le devoir de la reine n'en est pas moins d'exiger une sévère expiation.
OLIVIER. Je suis prêt à la donner de tout mon sang, madame ; il y a des situations où le châtiment est une faveur.
JEANNE. En suivant mes pas opiniâtrement, comme vous l'avez fait, sous un costume qui n'était pas le vôtre, n'aviezvous pas un but coupable?., que veniezvous faire en cette île aujourd'hui même ?
OLIVIER. C'est mon secret... tout ce que je puis vous dire, c'est que, sans les violences de votre capitaine, ce n'eût jamais pu être un meurtre.
JEANNE. Et qui m'en répond ?
OLIVIER. Mon nom, ma parole... les lettres de créance que m'avaient remises Jacques de Bourbon, la preuve de confiance qu'il m'a donnée en me laissant votre écrit entre les mains; et surtout, ce qui vous répond de moi, c'est votre confiance, votre générosité magnanime, qui ne peuvent laisser supposer qu'un chevalier devienne votre assassin... voilà, madame, voilà ce qui vous répond de moi.
JEANNE, à part. H y a dans le regard de cet homme qiielque chose qui ne veut pas qu'on doute de ses paroles. . . Advienne que pourra, que ce soit bonheur ou fatalité qui m'envoie mes inspirations, je les suivrai encore... A moi !.
Le majordome et les autres qui étaient au fond reviennent.
LE MAJORDOME. Ehbien! madame, vous avez interrogé l'homme qui a frappé le capitaine... quelle vengeance ordonnezvous de ce malheur ?
JEANNE. Dites une réparation... Où est l'épée enlevée au prisonnier?
LE MAJORDOME, La voici...
JEANNE, la. prenant. Comte Olivier de Rieux, quoique provoqué imprudemment, vous avez fait aujourd'hui mauvais usage de cette épée !.. Mais vous êtes Français, gentilhomme et envoyé par Jacques de Bourbon, cela mesuftit, reprenez-la... que les lois réciproques de l'iiospitalité , votre salut aujourd'hui, ne soient plus méconnues par vous, et puisse l'avenir vous mériter votre grâce ! . . .
Elle lui rend son t'^iJe.
OLIVIER. Vous me donnez la vie, madstmc*». oh! ce n'est point un présent que
vous me faites , car elle vous appartient toujours.
LE MAJORDOME. Votre altesse croit anéantir les périls en les affrontant de plus près...
JEANNE. Oui, c'est en allant au-devant que je crois les vaincre; il n'y a jamais de triomphe dans la fuite... ( A Lorenzo qui rei'îcnt.) Ma galère m'attend?..
LORENZO. Oui, madame.
JEANNE, à Lorenzo. Comte, votre main.
(//u majordome.) k Sorrente !
Elle sort; dès que sa suite a quitte' la scène, Marine et Aniello paraissent parla droite.