ACTE QUATRIÈME
Une chambre des appartemens particnliers de la reine.
JEANINE, assis,;, LORENZO ^ efitrani.
LORENZO. Vous venez de me faire mander, madame, et je me rends à vos ordres.
JEANNE. Asseyez-vous, Lorenzo.
LORENZO. Je VOUS écoute.
JEANNE. Hier, dans Tîle de Capri, vous avez laissé écliapper au milieu de notre entretien uneparolequi est restée là sur mon cœur comme un souvenir pénible; vous m'avez dit : Votre bienveillance me traite cent fois mieux que je ne le mérite ; mais entin, une femme obscure eût fait peutêtre plus encore pour moi que la reiu^ — Je ne ferai point de réponse pour le moment à cette accusation; mais ce matin, j'ai fait en secret composer , par un jurisconsulte célèbre, un manifeste qu'il a écrit sous mon inspiration, et sur lequel je désirerais votre avis, avant de le faire distribuer au peuple.
LORENZO. Quel bonlieur ce serait pour moi si cet avis pouvait vous être utile! JEANNE. Voici cet écrit.
LORENZO, lisant. « Napolitains, on I» m'impose , comme l'accomplissement » d'un devoir , le soin de choisir un » époux. Mais je ne crois pas qu'il con- » vienne plus à vos intérêts qu'à la dignité y de ma couronne d'aller chercher, pour » gouverner Naples , un prince étranger » qui changerait le pouvoir de patrie. Ne » vaudrait-il pas mieux un vaillant gentil- » homme choisi dans le sein de la nation, » et qui se sei'ait fait remarquer par sa va- » leur ?.. » (// lit à coijo basse.) Se peut-il ! moi ! roi de Naples ! moi , votre époux ! Vous auriez pu former ce projet, madame ?
JEANNE. Et maintenant, répondez? Une femme obscure aurait-elle fait pour vous plus que je fais en ce moment. J'ai longtemps hésité, il est vrai ; j'ai craint la jalousie de la noblesse, les préventions du peuple ; mais la publicité d'une préférence
que mon cœur n'a pas su cacher soumet votre présence auprès de moi à tous les dangers , à toutes les amertumes d'une royauté, sans que vous en ayez pour me protéger les droits etle pouvoir. Vous voyez isien, Lorenzo, qu'au milieu de tant d'ennemis déclarés ou d'amis perfides, au moment de graves événemens peut-être, il me faut revêtir du pouvoir un conseiller sûr, un défenseur vaillant, à qui je puisse confier ma sûreté, et n'est-ce pas, Lorenzo, que je ne pouvais pas mieux choisir ?
LORENZO. Vous n'en pouviez choisir un plus dévoué... mais je ne suis pas digne de tant d'honneur,
JEANNE. Ecoutez-moi, Lorenzo, je vais ce soir à la cathédrale ; j'y fais célébrer un service ; c'est le second anniversaire de la mort de mon frère Ladislas. Toute la noblesse , tous les dignitaires , tout le peuple, m'y attendent. Après cette cérémonie où ma présence serait un devoir sacré, quand même votre intérêt ne m'y appellerait pas, je parlerai dans la cathédrale même à l'archevêque , et l'instruirai de mon dessein ; il dépend de moi par son ambition, etl'église napolitaine bénira notre union en dépit de Rome. Je rentre pour me préparer à la cérémonie; vous m'accompagnerez, et, en attendant, relisez cette proclamation qui doit nous gagner le peuple, et lui promet nos bienfaits ; puis vous monterez à cheval, et ferez le trajeî auprès de ma litière, afin que je vous sente là, toujours... L'heure me presse; adieu, Lorenzo; je vous quitte , mais non pour long-temps.
LORENZO. Ah! vous êtes un ange! Ai\ revoir donc !
JEANNE. Au revoir, sire.
Elle lui souiit, lui donne la main et sort