‹ Magasin théâtralChapitre 844 sur 1711 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

LOREiNZO, puis IMATTEO.

LORENZO. N'e.st-ce point un rêve?

Moi, roi avec elle! elle l'a dit, elle

le fait annoncer au peuple par cet écrit ! Mais puis-ju accepter ce bienfait suprême? en suis-je di^tie ?.. La beauté et le noble cceur de Jieaone m'ont touché jusqu'au fond de l'ame et m'ont enivré malgré moi. Mais je n'ose prendre devant l'autel l'engagement de la rendre heureuse toute ma vie; je craindrais d'y manquer, et ce serait infâme!.. D'ailleurs, lechoixde lareiue, en tombant sur moi, donnerait sans doute le signal de sa perte. Oh ! oui , je ne puis accepter cette alliance royale; ce serait peut-être trahison envers Jeanne... et puis, je ne sais... il me semble que mon infidélité envers Francesca morte est cent fois plus coupable si je la vends à une couronne... ^

* MATTEO, entrant. Etes-vous là, monseigneur ?

LORENZO. Que me veux-tu, Matteo? et quel pouvoir a pu te faire ainsi pénétrer dans les appartemens de la reine?

MVTTEO, à part. Il ne sait pas que les confidens ont souvent leurs entrées avant les favoris auprès d'une reine qui a une passion en tête.

LORENZO , bas. Je soupçonne cet homme d'être plus attaché à ce qu'il croit mon intérêt qu'à moi-même... Serait-il un espion delà refne? [Haut. ) Que me veux-tu?

MATTEO. Je vous apportais une nouvelle. Je vous avais bien dit de vous défier de ce faux chevalier français arrêté dans l'île de Capri , et à qui la reine a fait grâce.

LORENZO. Eh bien?

MATTEO. 11 se dit Olivier de Rieux, envoyé par Jacques de Bourbon ; il ne l'est pas plus que moi. Quelqu'un qui arrive de France a vu le véritable Olivier de Rieux mourir au fond d'un château de Bovu-gogne ; ainsi ce ne peut être qu'un de vos ennemis qui s'est glissé pour vous perdie auprès de la reine.

LORENZO. Et qui te le prouve?

MATTEO. Son coup d'essai à la cour n'at-il pas été d'attaquer le chevalier Costauzo, qui vous était si dévoué? C'est que vous avez tant d'envieux acharnés!... et dans ce moment, au reste, ils se réjouissent tous.

LORENZO. Et pourquoi ?

MATTEO. Ils disent ^'à la veille d'une guerre avec l'Aragon et avec l'église, au milieu de tant de complots formés contre vos joiu-s, vous serez effrayé vous-même des dangers de votre position, et que vous y renoncerez.

LORENZO. Quoi! ils disent...

MATTEO. Et que vous abandonnerez la

* MftttéOy Loicuzo.

reine à tous les malheurs que vous avez attirés sur elle.

LORENZO. C'est pourtant ce que j'allais faire!.. Oh! c'était impossible... je pourrais ri' fuser les honneurs, mais non les dangers du pouvoir.

MATTEO. Mais vous y resterez malgré tout. D'abord j'ai toujom'S cru à votre élévation ; un astrologue me l'avait prédite, un astrologue infaillible.

LORENZO. Et je pourrais abandonner Jeanne en péril... ne pas saisir l'occasioit de mettre le pied sur la tête de ces envieux qui bourdonnent à mes oreilles... Oh!

non, non... Moi, simple officier, je traiterai ou je combattrai bientôt d'égal à égal avec tous les rois, avec l'empereur, avec le saint-père. Je mettrai ma main dans toutes les mains souveraines , au dessus de cette foule de têtes jalouses et rebelles. Je paraîtrai au palais, dansles cathédi'ales, sur les places publiques, avec le sceptre et la couronne et le manteau d'or. Je suis trop avancé pour reculer... Je régnerai pour servir, pour défendre Jeanne II, ma souveraine. En ce moment, c'est par obéissance que je dois commander ; mon premier devoir de sujet, c'est d'être roi

MATTEO. Etre roi I que dit-il?... être roi, lui! se peut-il? l'astrologue ne m'avait pas dit pourtant qu'il s'élèverait jusque là... Ah ! bah ! il a pu se tromper.

LORENZO. Laisse-moi, Matteo, il faut que je relise attentivement cet écrit.

Il s'assied en lisant la proclamation.

MATTEO. J'obéis, j'obéis.... et c'est à wa roi... quelbonheur !

Il sort; au même instant nne porte masqut'c s'oiivk; dans le mur à droite, et le chancelier paruît.

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