‹ Magasin théâtralChapitre 848 sur 1711 · MARINO, JEANNE, OLIVIER , SFORCE · texte numérisé non relu

MARINO, JEANNE, OLIVIER , SFORCE

SEIGNEURS au fonil.

OLIVIER. Madame, madame, au nom du ciel, ne sortez pas.

JEANNE. Que voulez-vous dire ? '

OLiviJCR. Au nom du ciel, ne sortez pasi il y va de vos jours.

JEANNE. Quel est ce danger, et quelles preuves avez-vous?

OLIVIER. Ah! malheureusement je n'ai pas encore de preuves à vous apporter... mais, madame , le péril qui menace vos jours est cep t fois plus certain, sur un soupçon que celui qm menacerait tous les nôtres sur une pi^CTive. J'ai moi-même entendu deux hommes dans une rue déserte de Naples concerter un complot contre vous. La reine sortira ce soir en litière découverte, disaient-ils; elle sera vêtue de Diane... il sera facile de la tuer avec une arquebusade. Je me suis appioclié pour mieux entendre, mais ils ont fui à ma vue, et m'ont échappé à travers cette ville où je suis étranger. Je viens de voir votre litière ; elle est découverte ; vous êtes vêtue de blanc... il fallait que ces hommes eussent des intelligences dans le palais pour avoir pu le savoir. Ce coup fatal peut être tirésur votre passage, du milieu du peuple... ou par une fenêtre.... Au nom du ciel, madame, ne sortez pas.

niAUlNO. Oh! non; la reine ne sortira pas ; le salut de l'état réside en elle, et elle n'a pas le droit de le compromettre.

JEAIVNE. Je regrette d'augmenter ici des inquiétudes peut-être moins fondées qu'on ne pense ; mais il faut que j'aille ce soir à la cathédrale, et j'irai. (y4 part.) Et qui préviendrait sans cela l'axxhevêque? que dirait toutemacour, tout mon peuple, qui attendent ma présence? Que diraitdansson tombeau mon frère qui attend mes prières ?

MARINO. Quoi! madame, vous présenterez ainsi votre tête royale aux coups d'un assassin !

JEANNE. Oui, car là oîi une tête royale et un assassin se rencontrent, ce n'est pas ia première qui recule. . . Et devant qui aurions-nous dofl c le pas , si ce n'est devant eux?

BIARIIMO. Ah ! madame, que votre généreuse illusion ne vous perde pas! Il y a des crimes qui ne s'épouvantent devant aucune religion, comme devantaucune majesté. Ne hasardez pas des jours adorés.... rien ne vous engage à cette démarche, à laquelle un roi même ne serait pas en droit de s'exposer.... mais une reine... une femme surtout...

jr.ANJJE, Je ne crois pas à ce danger, et d'ailleurs, existât-il, mon sexe même m'orloune de ne point reculer devant cette occasion du seul courage qui me soit permis... Nous ne pouvons combattre le dan- :.^er, nous autres femmes, sachons donc l'affronter du moins ... Là où un roi frappe, une reine tombe. . . Plus de bonheur pour «îux, plus de gloire pour nous.

SFORCE. Je pense comme Votre Altesse qu'une reine ne doit jamais reculer.

MARTivo. Vous avez raison, si derrière elle il y a des traîtres. (A part.) Sforce est du complot.

SFORCE, regardcuit Marina. Tu me paieras cher ton soupçon.

OLiviERr Madame, si vous sortez, je ne vous demande qu'une chose... laissez-moi monter dans votre litière et occuper votre place accoutumée. , c'est un honneur insigne, je l'avoue... mais c'est pour aujourd'hui seulement que je deviens ambitieux.

JEANNE. Je vous remercie , capitaine , mais ce que vous demandez est impossible... {A part.) Lorenzo en serait peut-être jaloux... {Haut.) Les devoirs de la royauté exigent que je sorte.. . pour la dernière fois laissez-moi passer.

MARiivo. Non, madame, vous ne passerez pas !

JEANNE. Marino!...

MARINO, l'amenant sur le devant de la scène. Vous ne passerez pas... Jeanne, je ne vous parlerai plus ici de la patrie, dont

le nom est toujours dans ma bouche

je ne vous parlerai plus de ce peuple, dont je vous rappelle éternellement les droits... je ne vous parlerai que devons etdemoi... qui ai changé de patrie sur vos pas, qui vous ai suivie démon amour à Ronie, en Allemagne, à Naples, partout, avant que vous fussiez leine, sans prévoir que vous pussiez jn;:'ais le devenir... Jeanne, Jeanne, je sens qu'au moment où vous allez vous exposer aux coups d'im assassin mon cœur est cent fois plus effrayé que s'il voyait ce royaume entier prêt à périr... Oh ! qu'est-ce que cela me fait l'état maintenant?.. Jeanne, ayez pitié des larmes d'un vieillard... je le vois, cette sortielà a pour but secret l'intérêt de Lorenzo... n'est-ce pas?. . eh bien ! nous irons ensemble demain; je le servirai, s'il le faut, lui qui vous perd!, .demain je l'aimerai., .maisaujourd'hui, Jeanne, mon enfant... ma fille. .. grâce... grâce pour nous deux... N'est-ce pas, Jeanne, que vous ne sortirez pas?..

JEANNE. Pauvre IMarino... comme il m'aime!.. Mou bon pèi-e... ah ! quejesuis touchée!... Mais, voyez-vous, il faut qu^ j'aille ce soir à la cathédrale... vous le sa» vez, c'est un service des morts... c'est uq anniversaire sacré.

MARINO. Eh bien! je ne vous demande plus qu'une chose... que votre litière soit couverte, et mettez des vêtemens sombres qui ne vous signalent pas dans l'ombre aux coups des assassins!

JEANNE. Allons, je vous l'accorde... c'est bien triste pourtant... vous voulez me

JEA^^E L)E NAPLES

sauver et vous me faites porter mou deuil d'avance... mais il faut bien faire quelque chose pour ceux qui vous aiment, et dites que je ne vous sacrifie pas tout!.... {^u connétable.) Allez connétable, et prévenez qu'on m'attende.

Sloice sort. Entre un secie'taiic de la chancellerie, qui remet un billet à Marino.

M.VRiNO. Grand Dieu!.. Francesca...

JEANNE. Qu'avez-vous?

MARINO. Ce n'est rien.. . une affaire pressée, pour la chancellerie... Je vous quitic... j'ai votre promesse, madame, et j'y compte.

JEANNE. Comme vous pouvez compter sur mon amitié... Je vais revêtir une autre parure.

MARINO , à part. A bientôt, Jeanne, à bientôt... Merci, je sors tranquille.

11 sort.

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