SCENE PREMIERE
PHOCIUS et BARDAS , les mains liées, sont de chaque coté de la scène.
PHOCIUS , appelant avec frayeur. Bardas!
BARDAS. Eh bien!
PHOCIUS. Que fais-tu?
BARDAS. Je tâche de m'endormir.
PHOCIUS. Je t'en supplie... ne dors pas... parce qu'alors je me crois seul... et j'ai peur. . .
BARDAS. Mais il n.e semble que vous n'avez pas l'air trop rassuré quand je suis éveillé...
PHOCIUS. Non... je tremble... je l'avoue.
BARDAS. \'ous auriez mauvaise grâce à le nier...
PHOCIUS. Comprends-tu, toi, Bardas, que le nouveau ministre nous ait fait arrêter ?
BARDAS. Plus j'y pense... et moins je le comprends.
PHOCIUS. Et tu ne penses pas qu' Andronic nous délivrera ?. . .
BARDAS. L'arrestation des assassins du prince Alexis doit être déjà connue de tout le monde, et nous délivrer serait s'avouer coupable.
salle du palais de Blaquernes.
I PHOCIUS. Mais il doit craindre nos ré-
j vêla lions?
I BARDAS. Sans doute.
PHOCIUS. Il ne peutpas nous faire juger ?
BARDAS. Non.
PHOCIUS. On ne pourra donc pas dresser un échafaud et nous faire décapiter?
BARDAS. Assurément non; mais l'empereur prendra le soin de nous faire étrangler entre quatre murs.
PHOCIUS. C'est consolant!
BARDAS. Il est bien douloureux, Phocius, de quitter une vie qui se préparait si belle, surtout quand on a commis de grandes fautes.
PHOCIUS. De bien grandes fautes !
BARDAS. Et pour lesquelles on sera damné.
PHOCIUS, tremblant. Damné ! . . .
CARDAS, ,fc /^l'd;»/. Moi, je connais, patrice , un moyen de sauver nos deux âmes et la vie d'un de nous...
PHOCIUS, se levant. Sauver nos deux âmes... et la vie d'un de nous?... Dites... mais conimejif?...
BARDAS. Ecoutez bien... Si l'im de nous écrit ou déclare au sénat qu'il est seul coupable , que seul il a frappé le prince,
MACASO THEATRAL.
son dévouement sauve son complice, et Dieu juste l'épargne en faveur de cette belle action.
PHOCIUS. Tu as raison.
BARDAS. L'autre, libre alors, se fait raser la tête , s'en va pieds nus à Jérusalem , vit de racines et d'eau claire , dit pieusement son chapelet depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, et fait ainsi, s'il le peut, sa paix avec le Seigneur.
PHOCIUS. Merveilleusement pensé, Bardas, déclare ici que suis innocent, sauve ton ame , et moi je te ferai brûler des cierges.
BARDAS. Je ne vois pas de raison pour que ce ne soit pas moi qui vous en fasse brûler des cierges. . . J'ai trouvé le moyen. . . il est juste que j'en aie les avantages. Ecrivez donc, patrice, et vous éviterez l'enfer. PHOCIUS. Évite-le, toi.
BARDAS. Non., . je ne veux pas.
PHOCIUS. Ni moi non plus.
BARDAS. Alors, soyons damnés.
PHOCIUS. Soyons damnés.
Ils se rasseyent.
BARDAS. Je connais, patrice, un moyen de décider qui devra sauver l'autre.
PHOCIUS. Et comment?
BARDAS. Avec ce dé,
PHOCIUS. Quoi, impie, tu veux jouer!...
BARDAS. Le perdant sauvera le gagnant.
PHOCIUS. En combien de coups?
BARDAS. Un seul.
PHOCIUS. J'y consens.
BARDAS, Juz'ons d'abord que qui perdra.,.
PHOCIUS. Paiera.., C'est entendu.
BARDAS. Commencez donc... et ne trichons pas.
PHOCIUS. Franc jeu... {Agitant. le dé.) Voilà mon dernier coup cle dé.
Il le jette-. BARDAS. As!
PHOCIUS. Tu mens.
BARDAS. Voyez !..
PHOCIUS, crossant le dé. Je ne joue pkTtf.
BARDAS. Je m'en doutais... ce qui me console... misérable! c'est que je te verrai mourir...
PHOCIUS. ^ous nous verrons l'un l'autre. '
BARDAS. Non pas... Devant le bourreau comme partout ailleurs, patrice Pliociu> , l'homme du peuple suit le noble... vous passerez le premier.
PHOCIUS, tremblant. ÎNIerci de l'honneur,'
BARDAS. Et cane lardera pas. .. J'entends venir.
v\\QCAV.s, épuuoanté. Ou vient... ô mou Dieu I... mon Dieu!