SCENE IX
Les Mêmes, LA DUCHESSE DE CHRISTO- VAL, LA PRINCESSE D ARJOS.
LA DUCHESSE DE HOXTSOREL
Ahl madame, c'est bien gracieux à vous de m'avoir devancée.
LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL
Je suis venue ainsi pour qu'il ne soit jamais question d'étiquette entre nous.
LA DUCHESSE DE MOMSOREL, à ItlèS.
Vous n'avez pas lu cette lettre?
IjVÈS.
Une de vos femmes me la remet à l'instant.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à part.
Ainsi, Raoul peut venir.
LE DUC, ô la duchesse de Christoval, la conduisant au canapé.
Nous est-il permis de voir dans cette visite sans cérémonie un commencement à notre intimité de famille?
LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL
Ne donnons pas tant d'importance à ce que je regarde comme un plaisir.
LE MARQUIS
Vous craignez donc bien, madame, d'encourager mes espérances? N'ai-je donc pas été assez malheureux hier? Mademoiselle ne m'a rien accordé, pas même un regard.
INÈS
Je ne pensais pas, monsieur, avoir le plaisir de vous rencontrer si tôt, je vous croyais de service; je suis toute heureuse de me justifier : je ne vous ai aperçu qu'en sortant du bal, et mon excuse, {elle montre la duchesse de Montsorel) la voici.
LE MARQUIS
Vous avez deux excuses, mademoiselle, et je
vous sais un gré inQni de né parler que de ma mère.
LE DUC
Mademoiselle, ne voyez dans ce reproche qu'une excessive modestie. Albert a des craintes, comme si monsieur de Frescas devait lui en inspirer! A son kfc, la passion estime féequigranditdes riens. Mais ni votre mère, ni vous, m;idemoisel!e, vous ne pouvez prendre au sérieux un jeune homme dont le nom est probiémaiique et qui se tait si soigneusement sur sa fiimllle.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à la duchesse de Christoval.
Ignorez-vous également le lieu de sa naissance?
LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL
Nous n'en sommes pas encore à lui demander de semblables renseignemens.
LE DUC
Nous sommes cependant trois ici'qui ne serions pas fâchés de les avoir. Vous seules, mesdames, seriez discrètes : la discrétion est une vertu qui ne proQte qu'a ceux qui la recommandent.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Et moi, monsieur, je ne crois pas à l'innocence de certaines curiosités.
Ma mère, la mienne est-elle donc hors de propos ? Et ne puis-je m'enquérir auprès de madame, si les Frescas d'Aragon ne sont pas éteints?
LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL, au DuC.
Nous avons connu tous deux le vieux commandeur à Madrid, le dernier de celte maison.
LE DUC
Il est mort nécessairement sans enfant.
INÈS
Mais il existe une branche à Naples.
LE MARQUIS
Oh! mademoiselle! comment ignorez-vous que les Médina-Cœli, vos cousins, en ont hérité?
LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL
Mais vous avez raison, il n'y a plus de Frescas.
LA DUCHESSE DE MONTSOREL
Eh bien! si ce jeune homme est sans nom, sans famille, sans pays, ce n'est pas un rival dangereux pour Albert, et je ne vois pas pourquoi vous vous en occupez,
LE DUC
Mais il occupe beaucoup les femmes.
INÈS
Je commence à ouvrir les yeux...
INÈS
... Oui.-ce jeune homme n'est peut-être point tout ce qu'il veut paraître : il est spirituel, il est même instruit, n'exprime que de nobles sentimens, il est avec nous d'un respect chevaleresque, il ne dit de mal de personne ; évidemment, il joue le gentilhomme, et il exagère son rôle.
LE DUC
Il exagère aussi, je crois, sa fortune ; mais c'est un mensonge difficile à soutenir long-temps àParis.
LA DrCHESSE DE MONTSOBEL, À la duchesse de CItrisloval.
Vous allez, m'a-t-on dit, donner des fêtes superbes?
LE MARQCIS.
Monsieur de Frescas, mesdames, parle-t-il espagnol?
INÈS
Absolument comme nous.
LE DUC
Taisez-vous, Albert : ne voyez-vous donc pas que monsieur de Frescas est un jeune homme accompli?
LA DCCBESSE DE CHRISTOVAL
Il est vraiment très-aimable, et si vos doutes
étaient fondés, je vous avoue, mon cher duo, que
je serais presque chagrine de ne plus le recevoir.
LA DUCHESSE DE montsorel", à la^ duchesse de
Chrisioval.
Vous êtes aussi belle ce matin qu'hier; vraiment j'admire que vous résistiez ainsi aux fatigues du monde.
LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL, à InèS.
Ma fille, ne parlez plus de monsieur de Frescas, ce sujet de conversation déplaît à madame de Montsorel.
INÈS
Il lui plaisait hier.
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