‹ Magasin théâtralChapitre 888 sur 1711 · SCENE ly · texte numérisé non relu

SCENE ly

VAUTRLN, seul.

Il suffit, pour les mener, de leur faire croire qu'ils ont de l'honneur et un avenir. Ils u'ont pas d'avenir! que deviendrojit-ils? Bah! si les généraux prenaient leurs soldais au sérieux, on ne tirerait pas un coup de canon!

Après douze ans de travaux souterrains, dans

quelques jours j'aurai conquis à Raoul une position souveraine : il faudra la lui assurer. Lafouraille et Pliilosoplie me seront nécessaires dans le pays où je vais lui donner une famille. Ah ! cet amour a détruit la vie que je lui arrangeais. Je le voulais glorieux par lui-même, domptant, pour mon compte et par mes conseils, ce monde où il m'est interdit de rentrer. Raoul n'est pas seulement le fils de mon esprit et de mon fiel, il est ma vengeance. Mes drôles ne peuvent pas comprendre ces sentiniens; ils sont heureux ; ils ne sont pas tombés, eux I ils sont nés de plain pied avec le crime; mais moi, j'avais tenté de m'élever, et si l'homme peut se relever aux yeux de Dieu, jamais il ne se relève aux yeux du monde. On nous demande de nous repentir, et l'on nous refuse lepardon. Les hommes ont entre eux l'instinct des bêtes sauvages : une fois blessés, ils ne reviennent plus, et ils ont raison. D'ailleurs, réclamer la protection du monde quand on en a foulé toutes les lois aux pieds, c'est vouloir revenir sous un toit qu'on a ébranlé et qui vous écraserait.

Avais-je assez poli, caressé le magnifique instrument de ma domination! Raoul était courageux, il se serait fait tuer comme un sot; il a fallu le rendre froid, positif, lui enlever une à une ses belles illusions et lui passer le suaire de l'expérience 1 le rendre défiant et rusécomme... un vieil escompteur, tout en l'empêchant de savoir qui j'étais. Et l'amour brise aujourd'hui cet immense échafaudage. Il devait être grand, il ne sera plus qu'heureux. J'irai donc vivre dans un coin, au soleil de sa prospérité : son bonheur sera mon ouvrage. Voilà deux jours que je me demande s'il ne vaudrait pas mieux que la princesse d'Ârjos mourût d'une petite fièvre... cérébrale. C'est inconcevable, tout ce que les femmes détruisent!

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