LONGUE-ÉPÉE, NICÉTAS
NICÉT.4S, absorbé. Oh! l'empereur!,., l'empereur ! . . .
LONGUE-ÉPÉE, au patriarche. Patriarche de Conslantinople , la comtesse est en fuite...
NICÉTAS. Que dis-tu?
LONGUE-ÉPÉE. Plus bas... Les deux assassins Phocius et Bardas , envoyés par l'empereur, sont enfermés par mes ordres. . . La comtesse et son serviteur Michel aborderont dans une heure à Gallatta.
NICÉTAS. Elle, sauvée par toi !
LONGUE-ÉPÉE. Par moi...
NlCÉT.\S. Et pourquoi tant de dévouement... que l'importe son salut à toi , favori de l'empereur?...
LONGUE-ÉPÉE. Je l'ai sauvée , parce qu'elle est ma mère... parce que je suis fils de la comtesse de Montfort et de l'empereur Emmanuel.
NICÉTAS. Vous I
LONGUE-ÉPÉE. Et j'ai pu la sauver...
parce que ceux qui m'ont arraché, il y a vingt ans, de ses bras , m'ont jeté dans le Bosphore, sans pressentir que le Bosphore me rejetterait au rivage ; et ma mère vient
de reconnaître son fils à ce signe que la na~ ture m'a mis au bras... Voyez, voyez!.." mon bras est encore tout humide de se^ larmes.
NICÉTAS , se courbant. Je vous salue , mon souverain.
LONGUE-ÉPÉE. Et je n'ai confié cela qu'à vous seul, Nicétas... parce qu'il faut que l'empereur croie le crime accompli, et que nous puissions profiter de sa tranquille insouciance pour lui ravir aussi la princesse Agnès, ma parente, ma fiancée...
MCÉTAS. Votre fiancée... Mais la passion de l'empereur pour elle. . .
LONGUE-ÉPÉE. La passioii de l'empereur. . . dites-vous ?
NICÉTAS. Vous ne savez pas?
LONGUE-ÉPÉE. Quoi donc?... Achevez...
achevez...
NICÉTAS. On m'a dit qu'il ne faisait mystère ni de son amour pour la princesse, ni de ses projets de mariage avec elle.
LONGUE-ÉPÉE, Aor5 de lui. Son amour!...
ses projets !..
NICÉTAS , effrayé. Je n'ai rien vu par mes yeux... On m'a dit... mais peut-être m'a-t-on trompé.
LONGUE-ÉPÉE, co?fr«/2/ au fond. Et maintenant, elle est en son pouvoir !
NICÉTAS, t arrêtant. Où voulez-vous aller ?
LONGUE-ÉPÉE. Au palais de l'empereur.
NICÉTAS. L'empereur n'est pas dans .son palais...
LONGUE-ÉPÉE. Mais où donc... où donc est-il?
NICÉTAS. Dans les appartemens du Cirque.
LONGUE-ÉPÉE. Oui... sans doute avec elle... Eli bien donc, au Cirque!..
NICÉTAS, s'opposant. Attendez!
LONGUE-ÉPÉE. Laissez-moi.. .
NICÉT.4S. Et votre mère ?..
LONGUE-ÉPÉE. Ma mère!... Oh! oui... ma mère.. . faut-il donc que la vie de l'une coûte la vie ou l'honneur à l'autre ?
NICÉTAS. Calmez-vons, monseigneur, réfléchissez... Il faut du sang-froid, de la réflexion pour les protéger toutes les deux. LONGUE-ÉPÉE. Du sang-froid, de la réflexion... quand la fureur m'entraîne...
Jusqu'à présent... j'ai pu dissimuler, maîtriser... mais maintenant mes forces sont à bout... il me faut la vengeance... Oh!... conseillez-moi... guidez-moi, vous, INicétas, vous dont la tète est calme... vous qxii n'aimez pas d'amour... conseillezmoi... Tenez (/«t donnant son poignard).
MAOASIIN THÉÂTRAL.
emparez-vous de ce poij^nard... car je le le sens... ma folie pourrait nous perdre tous...
MCÉTAS. Laissez-moi vous conduire...
monseigneur, livrez- vous au vieillard...
LONGLE-ÉPÉE. Oui , je m'abandonne à vous... IMais avant tout, mon père... c'est la confession chrétienne qui m'a montre ma mère... et je me suis écrié : Gloire au Dieu des chrétiens!... Et pour qu'en ce moment suprême ce Dieu ne détourne pas
de moi ce regard, bienfaisant , pour qu'il me secoure et me protège... pour qu'il nous inspire tous les deux... faites-moi chrétien, mon père, (5<; découvrant) donnezmoi le baptême.
NicÉTAS. Fils d'un empereur chrétien ^ humiliez-vous...
Longue-Epc'e s'agenouille devant le patriarche , <^nï commence la prière â voix basse.