‹ Magasin théâtralChapitre 94 sur 1711 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ANDRONIC , seul en costume impérial^

assis dei>aut une table, achèi,''e d écrire.

Lisant ce qu'il vient d'écrire.

« Par testament de l'empereur Einnia-

» nuel, la princesse de Constanùnople de-

» vait être impératrice régnante ; la com-

» tesse de Monlfort , sa mère d'adoption ,

» impératrice-mère... L'empereur Andro-

» nie, son successeur, promet aujourd'hui

» d'épouser la princesse, et de rappeler la

» comtesse de Monlfort aux plus hautes

» dignités de son empire... » C'est cela...

maintenant, la signatuie.

Il signe.

Le I\Hme, le PATHICE NICÉPHORE.

LE PATRICE. Je viens du palais, monseigneur, et vos prévisions étaient justes. A peine.ai je eu proclamé l'élévation de Lougue-Epée, que Psicétas et plusieurs sénateurs se sont rendus en grande hâte au palais de Blaquernes , où ils ont appris la mort de la comtesse... Furieux alors, ils se sont rassemblés ponr traduire le nouveau ministre à leur tribunal, et leur exaspéralion, monseigneur, est maintenant au comble , car ils viennent d'apprendre de A^icétas , que Lougue-Epée, Piiocius et Bardas ont profité de la nuit pour s'échapper.

AXDUOMC. Ils sont en fuite?

LE PATRiCl- . Tous les trois.

ANDROMC. Tant mieux... je redouterai moins leurs révélations... dont au reste cet

acte eût annulé l'effet... Et quel parti paraissent prendre les sc'nateurs.'*

LE PATRICE. Aucun, monseigneur... ils s'agitent indécis, et semblent ne savoir que résoudre... Quand je les ai quittes, le plus grand nombre se dirigeait inquiet vers votre palais.

ANDROMC. J'ai bien fait de rester cette nuit dans les appartemens , au Cirque, et d'y amener avec moi la princesse de Constantinople. Faites venir la princesse, patrice, hâtez- vous ; puis, vous ordonnerez , pour demain, un nouveau combat dans le Cirque, une nouvelle fête au palais..

LE PATRICE. Occupez-vous d'abord ^ monseigneur, de tromper et d'apaiser le sénat ; puis nous songerons à la fête.

AiSDROMC. Quand j'aurai vaincu les ennemis que j'ai dans ma cour , patiice, il! me faudra combattre ceux que j'ai dans ma cité... Les descendansdes Langes, des Ducas, n'ont pas oublié que leurs pères ont occupé le tiône... et je veux prévenir leurs ré voiles. Quand j'aurai vaincu les Langes, les Ducas . . il me faudra sortir de mon empire pour attaquer et châtier quelques ennemis voisins qui m'ont repoussé, jadis» dans mon exil, et dont je veux maintenant me venger... Ainsi, vous le voyez, partout la guerre, toujours la guerre. Et si l'empereur ne rencontrait souvent le repos, le plaisir, à travers inquiétudes et tournjens... s'il ne jetait, s'il n'oubliait souvent le fardeau de l'empire, le fardeau l'écraserait à la longue... J'ai dit , patrice, demain, fête au palais, combatdansle Cirque, et j'attends la

LONGUE-ÉPÉE LE KORMAND

princesse de Constantiuople. Exécutez mes ordres... [Le patn'ce sort. ) Oui, demain, je veux revoir le tif;re attaquer le lion , le lion sortir de sa majestueuse indolence, et, l'œil en feu, la crinière raidie, se précipiter sur le tigre, qui, plus souple et plus rusé, finit toujours par triompher de son superbe adversaire... Voici la princesse, pas un mot d'admiration ou d'amour... maisdcl'cftVoi, de la peur.

Le Même, AGNES.

ANDROMC , feignant l'agitation et la fraj€w. Arrivez donc, princesse, mon impatience vous supplie, vous appelle.

AGNÈS. Qu'avez-vous donc , monseijmeur ?

ANDROMC. Vous ne savez donc pas?...

ï\épondez-nioi, prmcesse. Après la lecture du testament de l'empereur Emmanuel, l'idée de régner venail-i-lle satisfaire votre .sinsbition ?

AGNÈS. Elle m'effrayait, monseigneur.

ANDRONIC. Aimiez-vous d'amour le piince Alexis?

AGNÈS. Je ne l'avais janiais vu.

ANDROMC. Et pourtant vous aviez tout accepté ? d'où venait cette résignation ? d'où venait-elle? répondez

ANDB.ONIC Je m'étais résignée, monseigneur, parce qu'on m'avait dit...

Elle leste interdite.

ANDUONIC. Achevez !.. vous ne répondez pas. ..parce qu'on vous avait dit, princesse, que sans cela, mon injustice, ma tyrannie mettraient en danger les jours de votre mère adoptive , n'est-ce pas ? on vous l'avait dit, je le sais... et je sais aussi tout le mal que m'ont fait mes ennemis. Eh bien I princesse, ces hommes qui me calomnient viennent de la condanmer, votre mère.

AGNÈS. La condamnerl

ANDRONIC. Ces mêmes hommes veulent flétrir le commexicement de mon règne par une action épouvantable, inouïe.

AGNÈS , effrayée. Ils ont condamné ma mère ?

ANDRONIC. Oui! sans penser que l'empereur pourrait donner à sa fdle le pouvoir de la protéger.

AGNÈS, vivement. Moi ! la protéger ! ah ! dites comment ? que faut-il que je fasse ?..

ANDRONIC. Que vous acheviez un sacrifice autrefois commencé... que vous promettiez d'épouser un empereur pour qui vous n'avez pas d'amour. . . de monter sur un trône qui vous effraie... et le sénat, qui a prononcé l'arrêt de la comtesse, n'osera

le faire exécuter contre la mère de l'impératrice... ( ^t^ec inquiétude. ) Pourvu qu'il soit temps encore, mon Dieu !

AGNÈS, ai'cc précifiitution. Oh ! de grâce î qu'on me conduise an sénat. .. je veux pron)ettre et jurer... mais c[u'on me rende ma mère!

ANDRONIC. Ecrivez donc ici, ne perdons pas un instant.

AGNÈS. Que faut-il que j'écrive?

ANDRONIC. " Et la princesse fait le vœu » solennel d'épouser l'empereur Andronic Comnène.» Maintenant, signez de votre nom. Cet écrit, jeune fille, nous le détruirons plus tard, si , à défaut d'amour, vous ne pouvez me donner de la reconnaissance. JMais ne songeons pas à demain, ne songeons qu'au pirsent. Les minutessont des heures. [Elle signe. Il fnippe sur une cloc/ie, le patrice paraît.) Patrice, que le contenu de ce parchemin soit publié de'suite au sénat — {A la princesse.) Vous, princesse, allez prier le ciel ou plutôt le remercier, car le jour ne s'achèvera pas sans que vous ayez embra.'^sé votre mère.

AGNÈS. Je me rappellerai en l'embrassant que je vous devrai sa vie.

Elle soit.

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