SCENE XIV
FLAVY, LA VICOMTESSE
LA VICOMTESSE, sortant de la droite.
Flavy! il est revenu! ( à part, avec triomphe) mais la jeune fille est partie!
FLAVV, quittant la fenêtre et tout stupéfait de voir la vicomtesse.
La vicomtesse'!... Que faites-vous ici, madame ?
LA VICOMTESSE, amèrement railleuse et poiynanle durant toute la scène.
J'ai voulu savoir par moi-même comment vous vous acquitteriez du message important dont le roi vous avait chargé.
FLAVV, emporté.
Je suis trahi! mais vous saurez, madame, ce qu'il vous en coûtera d'épier ainsi tous mes pas, et, sans égard à votre rang et aux bienséances, de courir, la nuit, loin de votre château, comme une chercheuse d'aventures.
LA VICOMTESSE
Oui, sans doute; c'est moi qui cherche des aventures, et vous, vous êtes l'époux outragé qi.i devez punir une femme infidèle.
FLAVY
Madame, je vous ordonne...
LA VICOMTESSE
Oh! vous pouvez vous dispenser de la menace; car je ne crains plus votre colère... oh! c'est une bien grande lâcheté , Flavy, d'avoir ainsi abusé, hier, une faible femme. Oh ! maintenant je la comprends, je la vois dans tout son jour cette lâcheté, cette haine dont tu punis l'importunité de mon amour... Oui, oui, il n'eût pas été assez cruel pour moi de rencontrer, demain, dans moo château de Presle, ma grande rivale, la seule, elle qui n'en aura point dans ton cœur. Habituée à
LE MANOTR DE MOINTLOUVIER
FLAVV, fiùremcnl.
Ehî...
d'orbenuas.
Les femmes onl la faiblesse d'en attacher à l'infidélité de leurs maris... Jamais!... eh bien !... jamais... pouvait terminer cette phrase : mon mari ne changera jamais.
FLAVY, incrédule.
Oh!
d'ohbendas.
Je suis perdue!... En effet, que voulez-vous que devienne une pauvre femme qui aime son mari, et qui s'en voit abandonnée?
tlaw.
Mais ce mot : S'il savait!...
d'orbendas, Ahl s'il savait tout ce qu'il me fait souffrir!
FLAVT.
Et mille autres encore.
d'orbendas.
Qui tomberaient tous devant mes raisonnables commentaires.
FLAVT.
Mais comment expliquerais-tu ceci? Elle m'aimait, je le pensais du moins ; et durant les premiers jours de notre mariage, elle me repoussait en pleurant,
d'orbendas.
Manège de femme qui veut donner du prix à ta défaite.
Quand je lui demandais un bonheur légitime? d'orbendas, vivemeut.
Légitime, précisément. Rien n'a besoin d'être assaisonné comme ce qui est légitime. Ce qui ne l'est pas est friand de soi-même.
FLAVV.
Mais pourquoi pleurait-elle ?
d'orbendas, embarrassa d'abord.
Pourquoi, pourquoi... parce qu'il lui en coûtait de repousser un beau cavalier comme vous.
FLAVV.
Quoi qu'il en soit, tu peux maintenant l'expliquer ma conduite : des soupçons tour à tour dissipés et renaissans... le besoin de me distraire, de m'étourdir... mon amour pour elle s'est éteint au milieu de ces agitations... je cherche à ranimer cet amour, impossible. Mon orgueil s'alarme de la pensée d'être dupe, si j'étais fidèle... Enfin je ne l'aime plus... sa jalousie môme m'irrite... je me dis que c'est un jeu: je la repousse à mon tour, et tu le disais : Je suis jeune encore.
d'orbendas.
Quoi, ce retour à la sagesse...
FLAVY
Il n'en est rien. Depuis quelque temps de nouveaux soupçons...
d'orbendas.
Et partant de nouvelles maîtresses?
FLAVV, redevenant enjoué.
ta rencontre fortuite d'une beauté !
d'orbendas.
h retire mon «dmiratioD.
Chercher à se distraire , n'est-ce pas la preuve qu'on a du chagrin?
d'orbendas.
Depuis douze ans, je ne connais pas d'homme plus affligé que monseigneur.
FLAVY, dégagé.
Et toi-même, austère censeur, penses-tu m'en faire accroire sur ton compte? Est-ce quelque pi«ux pèlerinage qui te fait quelquefois t'absentcr pendant la nuit?
d'orbendas, à pan.
Attention ! [Haut.] Oui, monseigneur, je vais porter des offrandes aux madones des environs. FLAVY, souriant.
Madones en marbre ?
d'orbendas, finement.
En marbre, en pierre, en bois, la matière n'y fait rien.
FLAVY
Et qu'espères-tu en obtenir?
d'orbendas.
Le pardon de mes fautes et des vôtres, monseigneur.
FLAVY
Des miennes?
d'orbendas.
Vous êtes mon bienfaiteur; mais si vous m'enrichissez d'un côté, ce que j'offre aux saints, pour votre salut, me ruine d'un autre.
FLAYY, riant.
Ah! ah! ah!
d'orbendas, riant forcé.
Ah 1 ah 1 ah 1 [A part.) 11 m'a fait une p eur !
Ici, Bruno el Melcliy entrent, le premier par le fouJ, et le second par la ilroitc,
MELCOY, bas à Flavij.
Je suis de retour.
BRUNO, bas à d'Oibendas.
Votre cheval est prêt.
d'orbendas, bas.
Bien. {Haut, s'inclinanl.) Monseigneur..
FLAVY, le suivan: jusqu'au fond.
Pas un mot à qui que ce soit.
d'orbendas, finement.
Votre réputation m'est trop chère, monseigneur.
Il sort avec Bruno.