‹ Magasin théâtralChapitre 932 sur 1711 · FI.AVY · texte numérisé non relu

FI.AVY

Bien.

MELCIIY.

Arrivé à cent, pas de mon but, j'ai altaclit* n.on rhova! à un arbre de la i'orêt ,• je me suis déguisé on mendiant, et je me suis dirige vers l'abbaye de Çaintc- Thérèse.

FLAVY

Bien

MEICHY.

J'ai demandé du pain et quelques heures de repos.

FLAVY

Enfin?

MELCHY.

La femme qui garde la grille m'a long-temps examiné pour voir s'il n'y avait point danger pour les dames à introduire, contre l'usage, un homme dans l'abbaye; car vous savez qu'on ne fait d'exception à cette règle que pour les pères ou les protectfurs.

FLAVY

Eh bien?

rûELCUY.

.Te m'étais faitboiteuxel manchot; j'avais courbé mon corps sur une béquille; j'avais éteint ma voix, assoupi mes yeux, allongé mon visage; j'avais l'air d'un pauvre débris d'homme et d'un épouvantail d'amour... j'ai été introduit.

FLAVY, avec salisfaclion.

Ahl

BISLCaY.

Après avoir pris quelque nourriture, j'ai entamé une conversation avec la gardienne delà porte, et ne savais pas trop comment la faire tomber sur le sujet qui m'amenait là, lorsque les dames et demoiselles de l'abbaye, de retour de la promenade du parc, sont venues à passer.

FLAVY

Tu l'as vue ?

MELCHY.

J'ai demandé à la gardienne quelle était, à qui

jrppartenait celte jeune personne, la plus modeste et la plus jolie.

FLAVY, aitcnlif.

Qu'a-t-elle répondu ?

rjELCHY.

Qu'elle était dans l'abbaye depuis deux ans.

FLAVY, cwcc impaliencc.

Sa famille, sa famille ?

MELCïiY, avec flegme.

La gardienne n'ayant pas d'autre office que de garder la porte, et madame l'abbesse ne lui faisant jamais part de rien, tout naturellement elle ignore tout; je n'en sais pas plus qu'elle, et vous en savez autant que moi.

FLAVY, s'emportant.

Comment! toute ton adresse s"est bornée...

aiELcnv.

Puisqu'elle ne sait rien, que p.ouvais-je lui faire dire?

FLAVY

Tu pouvais t'adrosser mieux, demander à parler...

MELCUV.

Oui, oui, il fallait éveiller des soupçons par des questions indiscrètes, et révéler que je n'étais venu là que pour m'enquérir de cette enfant! FLAVY, exalté.

Il n'importe! eh! qu'ai-je besoin de savoir autre chose que son angélique beauté? En quoi mon amour peut-il diminuer ou s'accroître par la dllférences des titres et des noms?

MELCnV.

Vous l'aimez donc bien, monseigneur?

FLAVY, passiomiÉ.

Oh! Melchy!... quand je la vis pour la première fois , j'étais à la suite de Charles VII visitant ces contrées. Toutes les dames de ral)l).iy(> , la supérieure en tête, étaient sorties pour saluer le roi sur son chemin.., je fus frappé comme d'un subit éblouissement, et le hasard ayant porté ses yeux vers moi, les miens y prirent un amour qui depuis lors me consume.

MELCHY.

I! y a un mois de cela. Je m'étonne qu'à défaut d'autre moyen vous n'ayez pas fait briser par vos gens les portes de l'abbaye.

FLAVY

Mais songe aux frayeurs de cette jeune fille; je ne veux pas être pour elle Guillaume de Flavy, le farouche capitaine. Je l'aime, comme on aime Dieu, avec crainte et respect.

MELCUY, à pan.

Avec respect! monseigneur vieillit.

FLAVY

Écoute : ceci est le dernier amour, l'unique amour vrai de ma vie, et je ne veux point qu'il soit troublé par les jaloux reproches de la vicomtesse. Je veux qu'elle ignore tout. Une fois que cette beauté sera en ma puissance, je la tiendrai cachée, comme un précieux trésor, dans mon manoir de Montlouvier, où la vicomtesse ne va jamais.

MELCUY.

Oui, monseigneur.

FLAVY

En me quittant, tu diras à Bruno tin s'y rendre et de faire tout préparer pour m'y recevoir.

niELCHV.

Et vous me confierez la garde de ce paradis ?

FLAVY

Ce sera là ta retraite, avec une bonne j)cnsion. Ah çà! la façon dont il faut cette nuit nous introduire dans l'abbaye est bien convenue?

MELCUY.

Oui, monseigneur.

FLAVY

Tu préviendras Martha qu'elle vient avec nous. Sa présence nous est indispensable pour nous introduire; puis pour accompagner cet ange jusqu'au manoir de Montlouvier.

LE xlIArv'Om DE MONTLOUVIER.

MELCilY, gnimcnt.

C'est juste : tic niênie qu'on se sert d'un oiscnu pour en prendre d'autres, on se sert dune ierntne pour séduire une autre femme.

FLAVY

Ya donc.

.iiELCUY, faisant quelques pas.

Je vole.

FLAVY

Les trois meilleurs chevaux de mes écuries. I.a nuit approche ; elle peut être orageuse. Le ciel est chargé de nuages. Va donc, va.

MELCUY, à part.

Une méchante action! ma fortune conamence.

Jl soil par le fond.

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