L'ABBESSE, LA VICOMTESSE
l'abbesse.
.^îaintcuant que je vous regarde avec plus d'attention, il me semble que déjà je vous ai vue, madame.
LA VICOMTESSE
Il y a cinq ans... je suis la femme du sire de Flavy.
l'abbesse.
En effet, je me rappelle... serait-ce , madame, une résolution plus forte que la première qui vous amènerait ici ?
LA VICO.VITESSE
Non, madame; mais pardon, je n'ai pas un moment à perdre.
l'abbesse.
Que je suis heureuse, noble vicomtesse, de pouToir vous offrir un asile et mes soins ; mais comment vous êtes-vous mise en chemin par ce temps d'orage?
LA VICOMTESSE
J'ai vu l'orage, j'ai prévu la fatigu* et les dangers, et je suis partie; je suis venue ici, je n'avais pas d'autre but.
l'abbesse, etonnCe. Vons n'alliez pas plus loin ?
la vicomtesse.
Voici l'objet de ma visite : N'avez-vous point, madame, dans votre abbaye, une jeune fille d'une beauté angélique, la plus jeune?
l'abbesse.
Oui, oui, madame.
LA vicomtesse.
Quelle est sa famille?
l'abbesse.
Je l'ignore, et cette enfant l'ignore aussi. Il y a deux ans qu'un riche seigneur me l'a recommandée sans vouloir me dire son nom.
LA VICOMTESSE
Un riche seigneur ?
l'abbesse.
Oui, madame.
LA VICOMTESSE
Qui s'environne de mystère? ( A part, ) C'cs!. riavy I
l'abbesse.
Dans quelques jours il doit la retirer. la VICOMTESSE, avcc force.
Ce seigneur, madame, doit venir cette nuit.
l'abbesse.
Il est venu et il est reparti, il n'y a qu'un instant, lorïiiue vous entriez.
LR AiANOIÎl Î)E MONTLOIjVIKR.
ir
LA VICOMTESSE, à eliti-mônif.
Il est arrivé avant moi î
d'abbksse.
Vous le connaissez?
LA VICOMTESSE
Et la jeune fille est encore ici?
l'abbesse.
Oui, madame.
LA VICOMTESSE
Grâce au ciel, iious pourrons la sauver.
l'abbesse, alarmée.
La sauver?
LA VICOMTESSE
Savez-vous, madame, quel est le riche seigneur mystérieux qui vous a confié, il y a deux ans, cette jeune fille?
l'abbesse.
Vous m'épouvantez !
la vicomtesse, crinnt.
C'est mon époux, c'est Guillaume de Flavy !
l'abbesse.
Ciel ! je croyais ne l'avoir jamais vu. Son nom seul me fait trembler.
LA vicomtesse.
Oui, madame, oui ; je comprends tout maintenant. Cette enfant, il l'aura ravie à sa famille dans un âge encore tendre, et vous, sans le savoir, vous avez gardé ici les amours du sire de riavy.
Grand Dieu", mais il doit revenir demain !
LA VICOM'JESSE.
Rassurez-vous, madnme, le ciel a permis que je fusse instruite à temps. Flavy, vous reviendrez un jour trop tard I
l'abbesse.
Que faire?
la vicomtesse.
Il n'est qu'un moyen de dérober cette enfant au déshonneur. Voulez-vous me confier son salut? l'abbesse.
Oh! sauvez-la, sauvez-la, madame! préservez ce lieu d'un pareil scandale.
LA VICOMTESSE
Nous l'enverrons chez mon oncle, le comte d'Armenis.
l'abbesse.
Votre oncle est le protecteur de cette abbaye, qui se trouve sur ses domaines; et plusieurs fois, il est venu à main armée la défendre contre la violence des compagnies.
LA VICOMTESSE
Elle sera là, près de la plus vertueuse des fL'inmes, loin des atteintes de Flavy.
l'abbesse.
Oh! c'est Dieu, madame, qui vous a envoyée
LA vicomtesse.
Dieu, et ma jalousie! je vais vous donner une lettre pour le comte.
l'atîcessf:.
J'accompagnerai cette enr;tiU... mnis je crains, des femmes seules, lescliemin" no sont pns sûrs,..
■j si vous écriviez au comte d'envoyei ici (juchiucsi uns des genlilshomnics de sa maison ?
LA VICOMTESSE
11 faudrait perdre un jour, et si mon époux revient ici demain...
l'abbesse.
Oui, sans doute, il faut partir sur-le-cliamp... Dieu veillera sur nous.
LA vicomtesse.
Du reste, madame, que tout le monde ignore ma visite et son objet... si Guillaume de Flavy venait à savoir !
l'abbesse.
Oui, oui, madame.
LA vicomtesse.
Veuillez donc me faire donner ce qu'il faut pour écrire.
l'abbesse, remoniant pour indiquer la chambre à droite.
Dans votre chambre, au fond du corridor, madame, vous trouverez... je vous suis.
LA vicomtesse, « elle-même.
Oh! cette, fois Flavy, tu n'auras pas lieu de triompher. Je t'enlève ta plus chère conquête... enfin je reposerai cette nuit.
Elle sort par la droite ; au moment où l'aliljcsse va sortir aussi à la suite de la Vicomtesse, elle est appi.lJ,' par une dame de Tabbaye.
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