SCENE YI
FLAVY, D'ORBENDAS, MELCHY.
FLAVV.
Qu'était-ce donc? vous disputiez, ce me semble, lorsque je suis entré.
MELCHV, avec emphase.
II est vrai, monseigneur, je parlais au bâtard de mon dévoûment à votre personne.
d'orbendas, finement.
Monseigneur est étonné que cela pût faire tant de bruit.
Eli! mais, ce matin même, il a profité de ta lenteur pour faire preuve de zèle en te remplaçant auprès de moi dans l'office de barbier (souriant), et je crois qu'il serait disposé à te remplacer en toutes choses.
d'orbendas, souriant.
C'est aussi mon avis.
MELCHV. enflé, La reconnaissance me fait un devoir de ne pas imiter la négligence de monsieur; mais monsieur n'a pas bonne mémoire.
d'orbendas, à part.
Je tremble.
MELCHV.
Puis, je me dis : Monseigneur l'a tellement comblé, qu'il compte toujours sur son indulgence, et je remarque l'inconvénient de prodiguer sans mesure...
FLAVV.
Tu as raison.
d'orbendas, à part.
Ciel!
FLAVV, à UTelchy.
Ce que tu dis là dénote l'expérience des hommes; je profiterai de ton avis.
MELCHV, à part.
A merveille!
FLAVV.
^ç ne commettrai plus la même faute, je serai
plus prudent avec toi, et lu n'auras rien que dans mon testament... si je meurs avant loi... et si je laisse quelque chose.
MELCHV, à part.
J'ai dit une bêtise.
FLAVV.
Voilà comme on s'expose à faire des ingrats.
d'orbendas, avec reproche.
Des ingrats!
MELCHV, sourire forcé.
Monseigneur a la bonté de plaisanter; mais il sait bien que tous les hommes ne se rcssemJjlcnt pas.
Jl se désigne, el il désigne d'Orbendas.
FLAVY, à part.
Le fat! (Baui.) J'entends. [A d'Orbendas.) Ton ami s'intéresse étrangement à tout ce qui t'appartient.
d'orbendas , finement.
Comme il n'a pas grand'chose, je ne puis guèxe m'intéresser à lui.
MELCUY.
II dépendrait de monseigneur de m'enrichir en te punissant.
FLAVY
Comment cela?
MELCHY, sournois.
Monseigneur n'aurait qu'à lui retirer...
Les biens que je lui ai donnés pour les transporter sur ta tête?
MELCHY, s'inclinniit.
Si monseigneur m'en jugeait digne.
d'orbendas, à pan.
Que va-t-il dire?
FLAVV, Sévèrement, ])assuut entre d'Orbendas et Melchy '.
Monsieur Melchy, vous vous êtes mépris, je le vois, sur mes railleuses et fréquentes colcrps contre le bâtard, et vous les avez prises pour l'expression d'une amitié décroissante; et vous avez pensé que si j'en venais à la haine pour lui, j'en viendrais peut-être à rafîeclion pour vous.
MELCHY, à part
J'ai parlé trop tôt!
FLAVY
Monsieur Melchy, je n'aime ni les sots ni les traîtres, et vous êtes un traître en dénigrant ici un camarade qui m'a toujours engagé, lui, à vous faire du bien.
MELCHV, à part.
Et je suis un sot, quoiqu'il ne le dise pas.
FLAVY
Et VOUS êtes un sot d'avoir pris la mauvaise humeur pour la haine. Qu'avcz-vous fait pour moi, vous, que vous n'ayez fait dans des vues intéressées? Lui, le bâtard, pendant dix ans, a partagé mes dangers et mes fatigues, et souvent j'ai dû à sa poitrine que la mienne fût sauve; entendez-vous cela, monsieur?
d'orbendas, à Melchy.
Entends-tu cela, mon ami?
* D'Orliendas, Flary, Melchy.
FLAAY.
Lui, monsieur, est un de ces hommes qu'on peut payer deux fois, une fois pour !o? services pnssés, el ur.e autre pourles services à venir, suns crainte qu'ils volent les avances.
JÏEI.CUY.
Monseigneur ne m'a jamais mis à l'épreuve.
d'orbexdas , à Melclnj, lînement.
Et pour cause, cher ami.
FLAVY
Vous, monsieur, vous êtes de ces hommes dont il faut payer les services au jour le jour; car si l'on vous payait la veille, on ne serait pas sûr du dévoûmcnl du lendemain. Voici pour aujourd'hui. (îl lui jctic une bourse.) Et toi, voici pour toujours.
Il ôonneun papier a d"Oi IjciuIjs.
l)'0Rî5HKDAS, ctickantâ.
Ciel! la donation. Oh! monseigneur.
rL.4.VV, à d'Orbrmlas, Va m'attendre dans mon pavillon, j'irai y apposer le sceau de mes armes. {A Melchy.) Pour vous, monsieur, souvenez-vous que quand on n'a pas de cœur, on est tenu d'avoir de l'esprit; laissez-moi tous deux.
d'oreendas , à part *. Maintenant il f;uit que je parle â la vicomtesse. (.■1 Mclr.hu.) Allons, mon ami, va, tâche de te procurer de l'esprit.
MELCUV.
Ce n'est pas à toi que je m'adresserai pour cela.