‹ Magasin théâtralChapitre 967 sur 1711 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

D'ORBENDAS, seul.

Sauvée... oui, je l'espère... C'est pour elle que je suis revenu... sans cela!... Cette blessure m'avait remis en goût. Demain la bataille sera rude! Un peu de renfort au comte de Dunois, et messieurs les Anglais... Maintenant que Marie a retrouvé sa mère, si je puis parvenir à les mettre toutes les deux hors des atteintes de monseigneur, je prendrai une bonne part des coups d'estoc qui se vont donner... Aujourd'hui à ma fille; demain à la France qui est ma mère... Je n'en ai jamais connu d'autre, et je suis bon fils! je l'aime de tout mon cœur !

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D'ORBENDAS, FLAVY.

FLAVY, arrivant en hâte.

Enfin, te voilà!... Par Dieu! tu t'es fait bien attendre.

d'orbendas.

J'ai moi-même attendu bien long-temps.

FLAVY

Pour un homme de ton exactitude, la mort seule pouvait justifier ce retard.

d'orbendas.

Trouvez bon, monseigneur, que j'aime mieux être vivant et blàraé, que mort et justifié. FLAVY, impatient.

Tu aimes mieux... tu aimes mieux... {lui ten-

dant la main. ) Moi aussi ; mais pourquoi ce long retard ?

d'orbendas. )

Je suis arrivé près du comte de Dunois, au moment où il se fortifiait dans une position désavantageuse... Je lui ai remis votre lettre, qui lui a fait le plus grand plaisir... Il m'a dit qu'il acceptait votre proposition.

FLAVY

Dès lors qu'il y a des dangers à courir, j'ai dû sortir de mon indolence et reprendre les armes. d'orbendas.

Oh ! je vous reconnais bien là, monseigneur!

FLAVY

Mais cela fait, que ne revenais-tu à l'instant? d'orbendas.

La garnison anglaise, chassée de Bordeaux, a fait une brusque irruption sur les retranchemens de monseigneur ; nous nous sommes trouvés enveloppés; il a fallu jouer des couteaux : ce jeu a duré huit heures, et voici ce que j'y ai gagné.

11 découvre sa poitrine.

FLAVY

A la bonne heure ! c'est une raison.

d'orbendas, souriant.

Je crois bien!... Les Anglais ont perdu beaucoup de monde. Cela devait être ; car d'entrée ie jeu, ils avaient dix fois plus de gens à perdre que nous.

FLAVY

Bien ! bien !

d'orbendas.

Quand monseigneur a eu dégagé sa petite armée, il a voulu profiter du répit que l'ennemi va lui laisser jusqu'à demain pour ordonner aux seigneurs des environs de venir le seconder à ii pointe du jour. Il a assigné un poste à chacun: ; le vôtre est à un mille d'ici, au gué de Marios ; c'est le plus dangereux.

FLAVY, exalté.

Brave comte! voilà un ami

d'orbendas.

Le roi lui a mandé d'empêcher l'ennemi de passer la rivière. Le comte a répondu au roi, sur son honneur, que s'il la passait, ce ne serait qw à moitié.

FLAVY, bravement.

Et je jure, pour ma part, que pas un seul coiwsier anglais ne mouillera la corne de ses piwia dans l'étendue que je suis chargé de défendre. d'orbendas, à part.

A Marie, maintenant.. .Un ton libre etdéganliy pour éloigner tout soupçon.

Je voudrais être à demain !...Tu auras soin d» faire préparer la plus solide de mes armures, «.a panoplie de Compiègue.

d'orbendas, souple, habile, fin, durant loule la scène.

Le Dieu de la guerre n'a pas meilleure miae que vous, monseigneur, sous ce costume d'acier, et il me souvient que sou éckt u'a pas peu cv»-

tribuéàvous gagner le cœur des dames... {Examinant.) Je ne doute pas qu'il ne produise le même effet sur la gente Marie. [Avec négligence.) On dit cette enfant belle à miracle.

FLAVY, avec un sourire hypocrite.

Que m'importe sa beauté ! je ne suis, je ne veux être que son protecteur.

d'orbexdas.

Et qui peut mieux protéger une dame que son amant ?

FLAVy.

Je la fais ramener ce soir dans sa famille, d'où elle fut violemment arrachée parun zèle fanatique, pour être jetée dans une abbaye.

d'orbendas.

Et monseigneur se fait une fête, à l'avance, d'aller visiter souvent sa protégée, pour recevoir les bénédictions de ses bons parens?

FLAVY, souriant.

Le spectacle de la reconnaissance est une chose si douce !

d'orbendas.

Monseigneur, dans sa vie, a pu jouir, plus souvent qu'un autre, de cette espèce de reconnaissance qu'il inspirait aux pères, et surtout aux maris.

FLAVY, riant.

Ah'.ah'.ahlah!

d'orbekdas, à part.

Rions, il le faut. [Ils rient.) J'ai pris au camp du comte de Dunois la carte du pays, et je sais tous les points que les Anglais occupent. Si monseigneur jugeait à propos de me dire quels lieux habitent les parens de sa protégée, je lui dirais à mon tour si l'escorte de cette enfant pourra y arriver sans malencontre.

FLAVY, souriant.

Sa famille habite non loin de mon château de NuUy.

d'orbexdas.

Je suis désolé pour cette enfant et pour sa famille : les Anglais sont maîtres du pays de ce côté.

FLAVY

Malédiction !

d'orbe>'das.

Mais il serait facile de dérober cette intéressante beauté au danger qu'elle court ici. J'offre pour elle à monseigneur une terre que je tiens de sa munificence , et que la guerre qui tire à sa fin a respectée, et respectera, je l'espère.

FLAVY

Le préau Saint-Jean ?

d'obbendas.

Délicieux séjour !

FLAVY

J'accepte.

d'orbendas, à part, avec satisfaction.

Ahl

FLAVY

Je vais ordonner à Thierry et à Dugal de se disposer à y accompagner Marie.

D orbendas, à pan.

Deux infâmes! [Haut.) Thierry et Dugal. monseigneur? deux coquins qui vendraient ce trésor en route, s'ils trouvaient un acheteur t

FLAVY

Tu crois?

d'orbendas.

Je sais.

FLAVY

J'en choisirai deux autres.

d'orbendas.

Monseigneur veut-il bien que je choisisse porr lui?

FLAVY

Qui donc?

d'orbendas.

Deux hommes dévoués, incorruptibles.

FLAVY, étonné. Deux hommes comme cela chez moi?

d'orbendas.

Deux, rien que deux.

FLAVY

Nommes-les.

d'orbendas.

Je nommerai le jeune Bruno, mon ami... [Avec reproche.) Monseigneur aurait dû déjà nommer l'autre.

FLAVY

Tu ne veux donc pas te trouver au combat de demain? c'est la première fois, où, en pareil cas. on n'aurait pas vu d'Orbendas à côté de son maître.

d'orbendas.

Mais, monseigneur, il y a temps pour tout : dans une heure sur la route du Préau Saint-Jean, et demain, avant les premiers coups de lance, à côté de mon noble maître. Est-ce que j& voudrais renoncer à la chance de pouvoir me placer devant lui?

FLAVY, lui tendant la main.

Ami!

d'orbendas.

Acceptez-vous, monseigneur?

FLAVY

J'accepte.

d'orbendas, à part.

Je le tiens I

Dans une heure il te faut partir.

d'orbendas.

Dans une demi-heure.

FLAVY

En secret !

d'orbendas.

Je m'y connais!

FLAVY

Va tout préparer pour le départ, et, en passant, tu diras aux officiers qui se disposent à quitter le manoir de venir me trouver ici. Je veux les char., ger de dire de vive voix au comte que demain je serai à mon poste. J'aurais peur qu'il en disposât en faveur d'un autre.

LE MANOIR 1)K AIONTLOLVIEIl.

b'ûRBENDAS.

11 n'aura garde.

Fausse sortie.

FLAVT.

Surtout prends bien tes précautions pour que tout le monde ignore la retraite de cette enfant. d'orbenuas.

Recommandation inutile.

C'est que je l'aime!

d'orbendas, riant.

Et monseigneur qui prétendait hier, avoir renoncé à l'amour!

FLAVT.

Cet amour-ci est pur comme l'ange qui en est l'objet. J'aime pour la dernière fois.

d'orbendas, à pan.

Ce ne sera pas finir heureusement.

FLAVT.

Va donc, et sur la route, des égards, des soins, du respect.

d'orbendas.

Je vous jure, monseigneur, qu'elle n'aura pas à se plaindre de moi.

Il sort par le fond et tourne i tiroile..

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