SCÈNE I
LANNES, étendu sur un brancard, LARREY, HAILLOT, KRETTLY, Soldats.
LARREY, à des aides-majors.
Retournez sur le champ de bataille, je resterai ici... (Montrant Lannes.) Vos soins et les miens sont inutiles... (Les aides-majors se retirent. — S'approchant de Lannes.) Il est assoupi, il se réveillera, mais pour s'endormir du dernier sommeil...
KRETTLY , s'approchant.
Ebbien! Major?..
I LRBl ^.
Perdu!.,
HAILLOT,
C'est bien impossible autrement...
LARREY
Pourquoi dis«tu cela, loi?.. Qu'en sais-tu ?,
HAILLOT.
Dame ! les deux jambes emportées...
LABBBY.
Ce n'est pas toujours une raison.
HAILLOT.
Dans ce pays-ci on n'en revient pas...
LERREY.
Il y en a donc où c'est moins dangereux?.,,
HAILLOT.
Oui.. .
Lesquels?,.
En Egypte.
HAILLOT.
LARBEY.
Tu as été par-là?..
HAILLOT.
Oui, major Larrey... Bt je vous y ai vu et connu...
KRETTLY, montrant Lannes.
Il y était aussi, lui !.. Quel malheur qu'un boulet soit venu renverser un homme si brave, un des premiers maréchaux!..
HAILLOT.
Oui, ça leur porte un fameux bonheur d'en faire des maréchaux, des princes, avec desnomqu'on va leur chercher dans des calendriers fans tasques et abusifs!..
KRETTLY.
C'est l'Empereur qui doit en avoir du chagrin!..
larrey, qui tient le bras de Lannes.
Silence!..
KRETTLY.
Il se réveille!..
HAILLOT.
Ah ! je m'en vais plus loin, moi : il n'aurait qu'à dire quelque parole qui me gênerait!... Je n'ai pas besoin de ça!..
lannes.
L'Empereur?., où est Napoléon?
larrey.
C'est à peine si on vient de tirer les derniers coups de canon : l'Empereur donne encore des ordres...
LANNES
Il viendra...
LARREY
Certainement...
La bataille est bien gagnée, n'est-ce pas ?. .
LAhREY.
Oui, Maréchal ; le nom d'EssIing rappelera une des grandes victoires de l'armée française, une de vos actions les plus glorieuses...
LANNES
Oui, et l'on dira : c'est à Essling qu'il fut tué .. Ne parlez pas, Larrey, n'essayez pas de ma faire illusio.i : je suis un homme perdu !.. Ah ! ce bou- . i ne m'a pas manqué!... Mais, c'est horrible, ce que je souffre !..
LARREY
.:chal, il ne faudrait pas vous agiter ainsi ; le repos...
LANNES
Le repos!... Mais je souffre comme un damné!.. Vous ne pouvez rien contre ces souffrances?.. Oùe.^t votre art, où est votre talent?.... Et notre courage, qu'est-ce que c'est?... Vous
voyez bien que je me plains comme quelqu'un qui n'aurait jamais reçu de blessure, qui n'aurait jamais bravé la mort!..
KRETTLY.
Vous l'avez pourtant regardée en face bien des fois, et de près!..
LANNES
Ah ! te voilà, toi?., donne moi ta main...
Oui, mon Maréchal, oui...
i.a.n NES, regardant les autres soldats.
Ils pleurent!.. Eh bien! Camarades, je viens de faire ma dernière campagne...
HAILLOT.
Faudra voir... on ne sait pas... C'est toujours une gueuse de bataille!..
KRETTLY.
Voici l'Empereur...
(Napoléon entre et (ait signe aux soldats de garder le silence.)