‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1067 sur 1577 · CHARLES, PATRICK · texte numérisé non relu

CHARLES, PATRICK

eu MU.i.s. Me voici maintenant aux portes de l'abbaye de Durham... et je m'arrête... j'ai cette permission que j'ai obtenue avec tant de peine... et j'hésite à m'en servir... c'est qu'Henriette m'a fait jurer par le Christ que je ne tenterais pas de la voir, là où je ne puis que me perdre...

PATRICK, l'examinant. Quel est ce jeune homme?

Il se lève.

CHARLES. Oh! je ne puis vivre dans le doute affreux de sa vie ou de sa mort... Elle verra tout mon amour dans mon imprudence... Entrons.

Il se dirige vers l'abbaye.

Patrick. On n'entre pas là, jeune homme.

CHARLES, s arrêtant près de la parte et lui montrant son parchemin. On y entre avec une permission. «

Patrick, lue permission!... pardon!...

un mot, de grâce...

LA SOEUR DU MULETIER

Charles, se rapprochant de lui. Que me veux-tu?

PATRICK. Une permission, m'avez-vous dit. . . elle ne peut pas servir pour deux ?. . .

Charles. Non... pourquoi?

Patrick. Paire que pour traverser les lazarets... je donnerais la moitié de ma vie... Oh ! si vous vouliez. . . pour cette permission. . . mon dévouement, mon sang... Vous qui avez pu l'obtenir, vous en aurez une autre... et puis, vous êtes trop jeune pour ne pas craindre la mort que vous pourriez rencontrer.

Charles. Je le sais. . . mais toi ?. . .

Patrick. Oh! je dois braver la mort, moi, pour entrer dans ces murs.

Charles. Qui veux-tu donc chercher?

PATRICK. In homme.

Charles. Ton frère, ton ami?

patrtck. Non pas, mon ennemi.

Charles. Que lui veux-tu si la peste te venge ?

Patrick. Je crains qu'elle ne le tue.

Charles. Pourquoi ?

Patrick. Parce que je veux qu'A vive pour me rendre ce qu'il m'a volé.

Charles. Que t'a-t-il volé ?

Patrick. Mon (ils... mon seul espoir.

Charles. Ton fds !... quand donc ?

PATRICK. Il y a pré-, de vingt ans.

Charles. Que ne l'as-tu réclamé plus tôt?

Patrick. Je reviens d'un long exil.

Charles. Et celui qui t'a volé ton enfant est ici ?

Patrick. Je l'espère !.. .

Charles. Et tu le reconnaîtrais ?

Patrick. J'en suis sur...

Charles. Et si je te donnais cette permission, que ferais-tu pour moi?.

Patrick. Tout, hors un crime.

Charles. Ecoute , ce n'est pas la haine qui m'a guidé, moi, c'est l'inquiétude et l'amour, et quand j'ai vu partir celle que j'aime pour ce pays de douleur, elle m'a fait généreusement jurer sur Dieu que je ne m'approcherais pas d'elle dans ces dangereux asiles. Mais huit jours se sont écoulés, huit jours et huit nuits sans sommeil, et ne pouvant plus vivre, j'allais manquer à ma parole, quandtu m'as rencontré: prends donc cette permission, œuvre de ma faiblesse.

Patrick. Donnez, et que me commandezvous ?

CH \ri.ES. De sa\oir pour moi si elle souffre, espère, ou meurt... et quand tu viendras me le dire, je te remercierai dans mon ivresse, ou dans mon désespoir, et nous serons quittes, car tu m'auras inlruil et rendu fidèle à mon serment.

PATRICK, Son nom?

CHABLES. Henriette.

PXTRFCK. Celui de son père?

Charles. Elle l'ignore.

Patrick. Son âge?

Charles. Dix-huit ans.

Patrick. Où vous reverrai-je ?

Charles Ici; mais (Us-moi , si tu allais mourir pour être entré là...

Patrick. S'il en advenait ainsi, vous n'auriez pas de reproches a vous faire, car je vous le jure, par la ruse ou la violence, j'y serais allé mourir pour mon compte... A bientôt...

CHARLES. V bientôt...

Patrick entre dans l'abbaye.

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