‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1078 sur 1577 · CATHERINE, HENRIETTE, BETTY · texte numérisé non relu

CATHERINE, HENRIETTE, BETTY

Au h ver du rideau, Henriette, très-élégamment habillée, achève sa toilette, aidée de Betty .Catherine assise achève de faire une couronne de fleurs.

HENRIETTE, à Betty. C'est bien, Belly... RETTY. Ce n'est pas fini.

HENRIETTE. Tu CS longue.

retty. Un peu de patience et j'aurai noué le dernier ruban.

HENRIETTE. Et-CC fait ?. . .

RETTY. C'est fait.

Henriette. Maintenant, mes bijoux?

retty, prenant un collier. Je vais donc enfin vous voir parée de ce collier.

Henriette, le regardant. Ilest bien beau, n'est-ce pas?

retty. Je n'ai jamais vu son pareil.

Henriette. C'cstvrai... dépêche-loi...

Betty lui met le collier et va prendre les bracelets.

betty. Et puis ces beaux bracelets.

HENRIETTE , à Catherine , tandis que Bettxj lui met ses bracelets. Eh bien ! bonne sœur... vous ne travaillez plus.

Catherine , qui Va contemplée tout le temps. Je vous regardais... mon enfant ! mais je n'ai plus qu'une fleur à lier. (Elhlie la fleur.) Et la couronne sera faite.

Henriette. Et quand la couronne sera mise sur ma tète, ma toilette sera achevée.

CATHERINE. Venez donc, j'ai fini...

Henriette, s' 'agenouillant devant elle. Un peu de côté... Vous savez, bonne sœur. {A Catherine qui la regarde ) Eh bien !...

Catherine , avec amour. Qu'elle est belle!...

Elle lui met la couronne sur la tète.

Henriette, se levant, et arrangeant les plis de sa robe. Maintenant... je suis prête; me trouvez-vous bien comme cela?

Catherine. Oui, je vous trouve très-bien.

Henriette, à Betty. Et toi, Betty?

betty. Moi. . . je passerais la journée entière à vous admirer.

Henriette. Ah! je dois être belle au moins de tout le bonheur que je ressens; aussi, vous le voyez, j'ai choisi ma plus belle parure. J'ai voulu mettre des bracelets, des colliers et des fleurs... Avant ma maladie, je vivais heureuse, mais sans sentir la beauté de tout ce qui existe; maintenant j'aime le jour qui éclaire, les fleurs qui parfument, l'or qui brille. Et quand ce matin, comme d'habitude, au départ de mon protecteur, j'ai vu se lever le soleil sur la ville endormie... j'ai pleuré d'extase, car pour la première fois j'admirais toute la grandeur de Dieu dans la beauté de la nature.

betty, à Henriette. Mademoiselle a-t-elle encore besoin de mes services ?

Henriette. Non, Betty... tu peux te retirer... seulement ce soir ma sœur doit me.

LA SŒUR DU MULETIER

quitter; jusque-là, tu le vois, je ne serai pas seule.

BETTY. A ce soir, mademoiselle. HENRIETTE. A cesoir, Betty.

Betty sort.

CATHERINE, avec inquiétude. Votre protecteur, mou enfant, doit donc bientôt revenir? Henriette. Plus aujourd'hui. .. > Catherine, rassurée. Et pour qui donc cette parure ?

Henriette. Pour lui... pour Charles... Et je pourrai le recevoir sans arrière-pensée... car mon protecteur m'a dit. . . jugez de mon bonheur, Je crains, bonne sœur, qu'un chagrin imprévu ne survienne, car il me semble que toutes les joies du monde m'appartiennent aujourd'hui.

Catherine. Et que vous a-t-il dit ?

Henriette. C'est juste, j 'oubliais... Ilm'a dit que Charles et moi serions mariés un jour. Catherine. Et Charles est digne de votre amour?

Henriette. Charles est le plus noble et le plus généreux des hommes. Je puis faire son éloge avec assurance , je ne suis pas seule à l'admirer; mon protecteur m'a promis que dans deux mois... serez-vous encore à Edimbourg dans deux mois ?

Catherine. Non... mon enfant... non...

je n'y serai plus quand vous vous marierez.

Henriette. Peut-être; vous disiez hier

que vous n'y reviendriez jamais , et vous y

êtes aujourd'hui.

Catherine. Oui, je n'ai pu résister au bonheur d'y revenir pour un jour. Et quand je passais dans la rue, quand vous êtes accourue m'ouvrir votre porte et vous jeter dans mes bras, j'ai bien remercié l'ange qui m'avait conseillée... Mais cesoir il m'ordonnera de partir... Et l'on ne vous a jamais rien raconté de votre mère?

Henriette. Rien. J'ai vainement questionné... il me semble que je suis venue au inonde dans cette belle et vaste maison que j'habite à Edimbourg, et je n'y ai vu que mon protecteur généreux , mais discret, sévère, et une vieille et digue femme gui a pris soin de ma jeunesse, et que la peste a fait mourir. J'attends maintenant que mon protecteur me donne une nouvelle campagne... Dites-moi, bonne sœur, si vous vouliez ?. . .

CATHERINE. Quoi, 111011 Cllfailt?

Henriette. Remplacer auprès de moi celle qui m'a servi de mère...

Catherine, après une hésitation. Je ne le puis, mon enfant. Et dites-moi. . . mais je suis bien indiscrète.

Henriette. Parlez,

Catherine. Votre bienfaiteur ne vous a jamais dit la cause du mystère dont il s'entoure'.'...

Henriette. Quand je l'ai questionné il m'a toujours répondu : De tout cela, Henriette, je puis seulement, vous révéler qu'il y a bien des années , j'ai promis à votre père que je vous secourrais, et que je vous aimerais comme si vous étiez ma propre fille.

Catherine. Je vois qu'il a bien tenu sa promesse.

Henriette. Aussi je l'aime comme s'il était mon père. {On frappe à la porte au fond.) On frappe... c'est Charles... {Elle court ouvrir. Reculant.) Ce n'est pas lui.

Les Mêmes, ROBERT.

ROBERT, à part, remarquant Catherine.

Elle est ici. (A Henriette.) Permettez vous,

madame, au duc Robert d'entrer chez vous?

Henriette. Le duc Robert!... Que ma

demeure lui soit souvent ouverte.

robert. Merci... {A part et entrant.) Cette jeune fille est bien belle... 'A Henriette.) Ce n'est pas à vous, belle dame... et je le regrette... que ma visite s'adresse en ce moment; mais à la sœur d'Irlande, qui est votre hôte à cette heure.

Catherine, se levant, à part. A moi...

Que me veut-il ?. . .

Henriette. Je vais me retirer, milord.

ROBERT. Non, restez, je vous en prie; je désire que vous soyez témoin de notre entretien.

Catherine, à part. Est-ce qu'on m'aurait reconnue ?

robert. Plus que tout autre, j'en suis certain , vous approuverez l'objet de ma démarche. L'Ecosse reconnaissante a fait frapper une médaille qu'elle veut offrir en signe de gratitude à chacune des sœurs d'Irlande qui se sont dévouées pour elle. J'ai appris qu'une d'elles, venueà Edimbourg, était entrée ici , et j'y viens pour m'acquitter envers elle, moi (pie le roi Jacques IV a chargé de distribuer celte juste récompense... [A Catherine.) Recevez donc, ma sœur, cette médaille que le pays reconnaissant vous a destinée.

Il lui donne une médaille.

HENRIETTE. Elle Fa bien méritée... milord. CATHERINE, prenant la médaille. .Milord!.. je remercie l'Ecosse trop indulgente qui veut bien appeler zèle et courage ce qui n'a été que l'accomplissement du devoir, et celle médaille aura pour moi d'autant plus de prix, qu'elle porte l'effigie du roi Jacques. IV, et le nom du pays qui me la donne.

Henriette. Bienheureux, milord , celui qui, comme \ous, monté au fait de la

puissance , peut récompenser , absoudre et soulager.

rorert. Heureux!.... avez-vous dit...

Gardez, jeune femme, celte douce opinion des honnneset des choses!.., Heureux... moi l'écho de tontes les douleurs!... le juge de tous les crimes... Moi, que suis obligé de me faire aujourd'hui, pour le repos de l'Ecosse, le secret agent de l'exécution d'une femme condamnée..

hi-muette. Une femme?...

ROBERT. Hélas! oui , le glaive de la justice que je suis souvent forcé de porter dans l'ombre, doit la frapper sans bruit...

HENRIETTE. Et pourquoi cela, milord?

Robert. Pourquoi? je vais vous

l'expliquer; mais pour que vous 'puisse/ me comprendre, il faut que je vous dise d'abord des choses passées... (.4 Henriette.) Que peut-être vous, jeune bile, vous n'avez jamais sues... (Â Catherine.) Que peut-être, vous, ma sœur, vous avez oubliées !

hEi\biette. Asseyez- vous, milord... nous vous écoutons.

bobert , assis. Avant d'être notre roi d'Ecosse , Jacques IV, sous le nom de Henry, avait épousé une bile du peuple du nom de Catherine Patrick... (Catherine fait un mouvement.) Quand la royale naissance de Jacques lui fut révélée... Catherine, sa femme, qui voulait le suivre au trône, lit assassiner son père , Jacques III, qui heureusement put l'accuser en mourant par une lettre qu'il écrivit à son bis. .. Mais Catherine, aussi prudente qu'infâme, avait pris lafuite. . Cependant les lords s'assemblèrent, et les preuves étant irrécusables, ils condamnèrent à mort cette Catherine qui fut exécutée par contumace. Dix-huit ans s'écoulèrent depuis lors, tout était oublié, lorsqu'on vint m'apprendre que cette Catherine, qui a eu l'audace de rentrer en Ecosse, est maintenant à Edimbourg... de sorte que moi le premier ministre je suis forcé d'ordonner aujourd'hui son arrestation et de préparer son exécution publique. (A Catherine.) Qu'avez-vous donc, ma so'ur ?

Catherine. Je tremble pour cette femme.

LE CHANCELIER, continuant. Or , maintenant (pie le pays est épuisé par les suites d'une peste qui le désole encore, maintenant que chacun, pleurant un des siens, cherche dans la paix et la prière une espérance nécessaire... faut-il, dites-moi % dresser un échafaud, y traîner une femme parricide, épouvanter les rues par son affreux cortège? maintenant que notre roi, souffrant, inquiet, cherche la santé dans le calme et le repos, faut-il lui rappeler tout à coup l'horrible assassinat de son père? Faut-il verser devant lui le sang

de la femme qui a jadis partagé sa couche et sa maison?... Non!... voilà cequejeveux éviter pour mon pays et pour mou roi. Mais pourtant je ne peuxsauver Catherine sans me rendre coupable d'un crime de lèse-nation... Or, dans cette position difficile j'ai assemblé secrètement le conseil; il a été décidé que Catherine mourrait, sans que le pays en puisser ressortir ni secousse ni terreur. . . Et \ oilà ce que j'ai résolu... je veux m'approcher d'elle et lui dire : Ton échafaud s'apprête, et je viens, quand sonne l'heure de ton supplice, te sauver de l'horreur de l'exécution... Je t'apporte un poison qui endort et fait mourir... quand tu l'auras bu, nous dirons (pie la peste a signalé ta dernière heure... et tu auras la sépultureàcôtéde tes frères... Alors il faudra que j'aie le courage de lui verser le poison, et de faire à moi seul la terrible justice...

HENRIETTE. C'est horrible... oh! mon Dieu !

ROBERT. Croyez-vous, jeune fille, (pie l'on puisse appeler le duc Robert 'bien heureux... et le condamnerez vous pour son criminel et douloureux courage?

HENRIETTE. Je vous plains, milord...

Robert, o Catherine. Et vdusj ma sœur. ..

Catherine ne peut répondre.

ROBERT, à Henriette. Maintenant, madame, il me reste; quelques mots confidentiels à dire à la sœur d'Irlande. Permettezvous que je sois un instant seul avec elle?

HENRIETTE. Je me retire, milord.

Robert la reconduit à droite.

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SCEiNE III.

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