CATHERINE, HENRIETTE
Catherine. Vous m'avez donc abandonnée, mon Dieu! vous qui savez mon innocence ?
Henriette, rentrant. Il \ieni de partir... (A Catherine.) Dites-moi, ma sœur, me pardonnerez-vous si je suis coupable d'une faute?
Catherine. De laquelle, mon enfant?
Henriette. La curiosité. . . Oui, ma sœur. .. je suis bien curieuse de savoir ce que le duc a pu vous dire [uand vous êtes restés seuls ensemble.
Catherine. Ce qu'il m'a dit?
HENRIETTE. Oui.
Catherine. Des choses, mon enfant, que je ne puis vous redire.
Henriette. Vous m'effrayez... Vous pleurez! Oh! ma sœur, vous avez donc oublié que ce jour doit être le plus beau de ma vie. . . Demain, ma sœur, nous songerons à nos peines... mais aujourd'hui...
CHARLES, ouvrant la porte du fond. Henriette !...
Henriette. Charles!... vous voilà donc enfin !
Charles. Oui, et Dieu veuille que j'arrive à temps. Le duc mon père est venu ici, n'estce pas?
Henriette. Il vient d'en sortir...
Charles. Et tandis qu'il y était, vous n'avez reçu de ses mainsi ni joyaux ni breuvage?
Henriette. Non... Pourquoi?
CHARLES. Mon père a juré qu'il nous désunirait... et il s'est peut-être déjà mis à l'œuvre pour y réussir d'une façon infernale et certaine.
Henriette. Laquelle?
Charles. Hier soir, de retour d'Edimbourg, j'allais entrer dans la chambre de mon père, lorsque je l'entendis prononcer ces mots : Puisqu'elle est sortie vivante des lazarets.... il faut que la mort la frappe dans cette ville.
Henriette. Que dites- vous?
Charles. Epouvanté, je m'arrêtai prêtant une oreille attentive... On prononça le nom d'Henriette... On parla de cette maison... de poisons subtils. . . de mort secrète... puis mon père et Dickson sortirent ensemble... 11 me sembla qu'ils allaient commettre un crime sur ma fiancée... et comme je ne pouvais les devancer ici... je courus chez un savant médecin qui comprit mes terreurs, et. . .
Henriette: Soyez rassuré, noble ami; le poison du duc Robert est destiné à garantir de l'exécution publique une femme qui est maintenant à Edimbourg, et qui a fait assassiner jadis le père de notre roi Jacques.
CHARLES. Catherine Patrick?
Henriette. Oui, c'est bien là son nom.
Charles. Catherine !. . . (.1 part. ) Sa mère. (Haut. ) Et le duc veut que cette femme meure par le poison?
Henriette. Il nous l'a dit tout à l'heure.
CHARLES. Catherine !... Mais il faut empêcher celte épouvantable justice.... Si vous<
sa\ îez
Henriette. Quoi donc?
M\(.\s|\ TU i:\TRAL.
chaules, Quand la tombe peut s'ouvrir, Henriette, il n'est plus de secret
HENRIETTE,. EL bien?
Charles. Catherine est votre mère!...
HENRIETTE. .Ma mère!...
CATHERINE, d part. C'est ma lille !...
CHARLES, à Henriette. M'ordonnez-vous maintenant de tenter son salut".'
Jir.M'.ir.m:. Allez!...
CATHERINE. Restez... il est in)]) tard... je viens de boire le poison du duc Robert!...
CHARLES. Ces! elle!
HENRIETTE. Ma mère!...
Elle court se jeter dans ses bras.
Catherine. Oui, tanière! el fa preuve de
son innocence est dans la bonté de Dieu, qui permet qu'elle puisse t'embrasser en entrant dans la tomber!
Henriette, prccij>itamment. Mais vous ne mourrez pas, ma mère! Charles peut vous1 sauver.
CHARLÊ5, lui donnant le contre-poison.
Pieu soit loué!
C iTHERl ne, lerejioussant. N'entendez-vous pas les dernières pa rôles du duc Robert: « Tout conlre-poison ne ferait que prolonger la torture. Celle maison est cernée... Catherine... et quand j'y enverrai lè§ ense\clissenrs , qui accompagnent les trépassés, le bourreau sera sous cette fenêtre, avec ses cordes et son épée !...» Non, ne cherchez pas à sauver celle qui veut s'éteindre... en vous bénissant tous les deux...
Henriette. Mais, ma mère , vous n'avez plus le droit de mourir, vous qui venez do me dire, Henriette, je suis ta mère. .. Prenez !
CATHERINE. Veux -tu donc que je sois traînée par les cheveux et meurtrie dans les rues, maintenant que je t'ai nommée ma fille!... Nou... non... Dans la chambre... j'ai vu l'image du Christ... Mens! c'est ^i que... je dois mourir !
Elle se dirige vers la droite.
Henriette, à part. Oh ! je ne la laisserai pas mourir!
Catherine. Mais dans les bras!... Viens... que je le recommande à ce Dieu... qui me rappelle à lui. . .
Elle entre, soutenue par Henriette, dans la chambre à droite.
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SCÈXE V.
CHARLES, seul; puix HENRIETTE.
CHARLES. Et l'on ne peut tenter de lui sauver la vie sans lui donner la mort!... Mais il existe quelqu'un qui vengera cette femme ! Et sur qui?... Toute celte histoire est enveloppée dans de sanglantes ténèbres... les lois... n'admettent pas de nouveaux jugements
pour les contumaces... mais 1rs hommes peu. veni écouler une justification. . . ils neleVèn lenl pas... ils l'ont cherchée dans l'ombre. Ils la tuent par humanité... Et pourtant ce n'es* pas elle qui a fait tuer le père du roi... Oh! terrible et profond mystère... qui fail que l'innocente expire à celle heure clans les liras de son enfant!... (Apercevant Henriette, qui paraît égarée.) Henriette!... Morte, n'est-ce
uiMUiTTE. \on!... je l'ai sauvée!... je l'ai perdue!... je n'ai pas eu le courage de laisser mourir ma mère !
ciiVREES. Qu'avez-vous fail?
HENRIETTE. À peine venait-elle de s'agenouiller, qu'une affreuse contraction s'empara de tout son être... Ses brasse tordaient, sis yeux se voilaient, et moi, je n'ai pu voir sans perdre la raison la souffrance de ma mère! J'ai profilé de son évanouissement convulsif pour lui faire boire le contre-poison. Aussitôt son visage a repris son calme, une faiblesse a remplacé son délire... Elle m'a laissé la guider jusqu'au lit où elle s'est étendue... maintenant elle respire en dormant, et moi... je suis accouru près de vous, heureuse, épouvantée, folle, éperdue, car j'ai peur de ce (pie j'ai fait!
Charles. Si nous pouvions l'emporter, la cacher... la faire fuir...
Henriette. Mais comment?
Charles. Cherchons!...