NAPOLÉON, GAILLARD
NAPOLÉON
Voyons... je vous ai fait venir pour causer un instant avec vous...
GAILLARD
Sire, tant qu'il vous plaira...
NAPOLÉON
Vous êtes riche, n'est-ce pas?..
GAILLARD
Riche n'est pas l'exprsssion tout-a-fait convenable... On a une épouse, des enfans, et cela coûte, cela coûte... Enfin, ce que je puis dire, c'est qu'il y a quelque aisance dans la maison Gaillard... Et, si par cas, il s'agissait entre nous de quelques opérations concernant la fourrure, il ne me serait pas impossible d'y participer...
11 s'agit, M. Gaillard, de cette maison, que vous ne voulez pas céder au domaine...
GAILLARD
Ah! Sire, c'est la maison patrimoniale; depuis longues années, de père en fils, nous y cultivons l'art de la fourrure; je ne pourrais me résoudre à transplanter ailleur mon enseigne...
NAPOLÉON
Mais, vous êtes dans l'aisance ; votre nom est connu dans le commerce...
GAILLARD
Sire, vous me flattez...
NAPOLÉON
Vous pouvez, sans inconvénient, vous établir un peu plus loin...
GAILLARD
Pardon, Sire, pardon : Votre Majesté Impériale et Royale peut porter ses drapeaux d'une cité dans une autre , mais qui me dit que mon enseigne ; à la Panthère obéissante , ne sera pas obeurcie , éclipsée, si elle change de quartier ?..
NAPOLÉON
Votre réputation la maintiendra..,
GAILLARD
C'est possible : je n'en disconviens pas...
Et puis, le domaine vous fait des offres assez belles...
GAILLARD
Sans doute... mais les mines d'or de Golconde ne me feraient pas abandonner mon droit mon droit de citoyen propriétaire !..
NAPOLÉON
Je ne puis pas blâmer de parcilssentimens...
GAILLARD
Nous nous entendons... Pour en revenir au Domaine, il s'est conduit envers moi avec quelque légété... On en a appelé au Conseil-d'Etat qui aurait pu m'eut efldre et discuter... •
NA'OLKON.
Enfin, M.Gaillard, nous sommes voisins, puisque votre maison se trouve sur remplacement
ou l'on veut construire, et qui appartient à la
Couronne...
GAILLARD
Sire, nous sommes voisins en eiïet, et je suis prêt à tout pour conserver des relations agréables.*. Si nous usions causé de nos affaires lors que nous nous rencontrâmes au café , tout serait peut-être aplani maintenant..
N LPOLÊOX.
11 n'est jamais trop tard pour éviter des procès et en finir à l'amiable...
GAILLAU1).
C'est vrai, Sire , je ne puis pas in'insurgcr contre cette sage maxime...
NAPOLÉON
Et, si vous voulez, nous n'avons besoin ni d'arbitres , ni de tribunaux pour en finir... :is... combien vaut votre maison?..
(i A ILLARD.
Je l'estime dansles environs de 80,000 francs. . .
NAPOLÉON
On vous en offre 100,000...
GAILLARD
C'est bien le chiffre de la proposition qui m'a été soumise...
NAPOLÉON
Ainsi donc, 20,000 francs de bénéfice; et, sans doute, vous n'avez pas de crainte quand au payement?.. Mon nom vous paraît-il une assez bonne garantie?..
GAILLARD
Sire, je n'ai entendu personne dire le contraire, soit à la bourse, soit dans le commerce... La maison Impériale et Royale est tenue avec un ordre rassurant... Mais , je l'avoue , exiler mon enseigne dans une autre rue, c'est un sacrifice...
NAPOLÉON
Que j'apprécie à sa valeur, M. Gaillard... mais ne ferez-vous rien pour un voisin , pour
GAILLARD
Je l'ai dit, je le proclame encore , je suis dévoué à Votre Majesté Impériale et Royale; je déplore que quelques nuages passagers se soient élevés entre nous...
NAPOLÉON
Eh bien! il faut ramener la bonne harmonie par un arrangement qui dépend de vous... je ne puis rien, moi : vous êtes maître de la situation; vous pouvez continuer la guerre ou faire h paix...
GAILLARD
Sire, vous m'attendrissez ; je cède, mais à vous ... c'est décidé, la panthère obéissante changera de territoire, et Dieu veuille que sa renommée n'en souffre pas!..
NAPOLÉON
Rassurez-vous, M. Gaillard... Envoyez votre désistement, et lorsqu'il e'agirade quelques fournitures pour l'armée tjîiiîz me trouver, nous causerons ensemble
Sire, je prendrai cette liberté; nos rapports
sont trop aimables pour que je n'en garde pas un souvenir plein d'agrément...
NAPOLÉON
Allons, M. Gaillard, je suis obligé de vous quitter... au revoir !:.
Oui, chacun ses occupations dans celte vie terrestre... aujourd'hui surtout, vos momens sont précieux ; je connais ces évènemes de famille... Pardon... ayant peu l'habitude d'errer dans le palais, je craindrais de m'égarer...
NAPOLÉON
Vous trouverez dans la pièce à côté quelqu'un qui vous reconduira...
GAILLARD
Je vous rends grâces, et je vous présente toutes les civilités dout je suis capable...
NAPOLÉON
Au revoir, M. Gaillard...
(Une porte s'ouvre, Dubois entre, pâle, agité.)
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