SCÈNE I
GAILLARD, DURAND, HAILLOT, KRETTLY,
Soldats, se promenant près de leurs faisceaux, Peuple.
HAILLOT.
Allons ! bon !.. encore des cérémonies !..
KRETTLY.
Eh! bien, l'Empereur n'a pas le droit de faire baptiser son fils, à présent?..
HAILLOT.
Il en a le droit puisque c'est l'usage et la coutume... mais cette manœuvre pourrait se combiner sans nous faire parader à travers des foules de bourgeois...
KRETTLY.
Tu voudrais donc qu'on n'en fît pas plus que pour l'enfant du plus simple particulier?..
HAILLOT.
Ah ! je sais la chose ; c'est un monarque au berceau et à la nourrice!.. A cette heure, on les fait rois en venant au monde... Quel grade aurait-il donc l'année qui vient?...
KRETTLY.
Vois-tu, l'Empereur en a tant à donner de ces trônes et de ces couronnes, qu'il peut bien en passer une à son fils, sous forme d'amusement... Tu sais bien qu'il fait des rois à volonté: ça sera peut-être bien à ton tour un de ces matins...
HAILLOT.
Moi!., ça ne me flatterait aucunement; je refuserais cette politesse...
GAILLARD
Monsieur Durand, je vous réitère le conseil de me suivre...
DURAND
Je ne vous quitte pas, monsieur Gaillard...
GAILLARD
Mon opinion consciencense est que nous serons ici commodément placés pour voir défiler cet imposant cortège...
DURAND
Je croyais, M. Gaillard, que vous deviez avoir un billet pour entrer dans une tribune.
GAILLARD
J'y avais swisré eu cflVt , M. Durand ; mais, je n'ai pas voulu rtéf : ter Sa Majesté l'E ipe reur et r >i n milieu des occupations de ce
J0.iI' 60l01LicU..
nriuNn.
Oucl bonheur que Sa Majesté ait eu un fils!..
GAILLARD
M. Durand, je partage l'ivresse générale; mais il s'y mêle pour moi un sentiment de satisfaction particulière que j'attribue ;i mes relations amicales avec Sa Majesté l'Empereur et roi... M. Durand, saut erreur, j'aperçois là bas des braves (pii appartiennent au régiment dont faisait partie le cousin de M"" Gaillard, lieutenant, chevalier de la Iciiion-d'honneur, dernièrement décédé d'un coup de canon...
DURAM).
Ah! oui...
i:\ii. T.VRT).
Vous n'ignorez pas, M. Durand, que c'est par ma protection spéciale auprès de Sa Majesté que sa lille est entrée aux Demoiselles de la Légion-d'Honneur?..
DURAND
Oui, oui, M. Gaillard...
GAILLARD
On a quelque crédita la cour!.. (A Haillot.) Monsieur le grenadier, car si je ne m'abuse, vous portez ce titre... Monsieur le grenadier...
HAILLOT.
Après?..
Pardon, si je vous adt esse une question ; mais, nous sommes Français tous deux, et le citoyen peut demander un renseignement au guerrier...
nAILLOT.
Allez donc!..
GAILLARD
Savez-vous, par vous mêmes ou par ouï-dire, si l'auguste cortège va bientôt arriver sur cette place où nous sommes?..
HAILLOT.
Êtes vous sourd?..
GAILLARD
Je ne le pense pas...
HAILLOT.
Eh ! bien, ça sera quand, vous entendrez les tambours...
GAILLARD
Je vous rends mille grâces... M. Durand, les tambours dont parle ce guerrier ne peuvent pas battre plus fort que mon cœur de français... DURAND, riant.
Ah! ah! ah!..
GAILLARD
M. Durand, je ne parle pas facétieusement !..
(Roulement de tambours; les soldais se mettent sous les armes ; la voiture de l'Empereur arrive, maréchaux, état-major, pages, piqueurs à cheval. Napoléon descend de voilure au milieu des arclamotions, et le cortège en ire dans l'église Notre- Dame.)
Onziènte tabfeatt.
A Saint-Denis. — La maison des demoiselles de la Légion-d'Honneur.