‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1141 sur 1577 · CLARY, GEORGES · texte numérisé non relu

CLARY, GEORGES

Clary, un moment seule, à l'avant seine. 11 s'éloigne! ( Vivement.) M'ois qu'ai-jc- donc î Oui, maintenant la pensée de me trouver seule avec Georges fae glace de crainte... Pourquoi?.., Anrais-je cessé de l'aimer depuis qu'il n'est plus mon frère? [telle s'assied, Georges s'approrhe, Clary l'aperçoit. ) Georges !

Elle se lève et fait un mouvement de sortir. Georges, l'arrêtant.

Est-ce moi, Clary, qui vous fais partir? si nia présence vous gêne, vous déplaît, Clary...

CLARY

Georges, vous ne le croyez pas?

GEORGES

C'est qu'il m'a semblé que vous ne me receviez pas comme toutes les autres fois»

CLARY

Maintenant d'autres devoirs nous sont imposés.

GEORGES

D'autres devoirs!... lesquels?... vous ordonnent-ils de me fuir?

CLARY

Est-ce à moi, pauvre orpheline, d'opposer une folle résistance à celle dont les bienfaits...

GEORGES

Eh ! que n'ajoutez-vous aussi à lord Dudley, à cet homme qui s'établit l'arbitre de votre destinée, à ce noble seigneur?

CLARY

Oh ! mon Dieu, était-ce donc là ce que je devais attendre de lui?... au lieu de consolations et de regrets, des soupçons outrageans et d'amers reproches... Oh! ma mère, ma mère, vous aviez donc raison, quand je vous suppliais de ne pas nous séparer, de m'ordonner d'éviter sa présence.

GEORGES

Que dis-tu, Clary?

CLARY

Adieu!

Non, pas avant que tu ne m'aies pardonné... seras-tu inflexible?... {Il lui prend la main.) Oh! cette main, laisse-la trembler dans la mienne ; ne détourne plus tes regards des miens.

CLARY

Laissez-moi !

GEORGES

Oh ! mais, dis-moi, apprends-moi donc vite que, depuis que tu sais que je ne suis pas ton frère, ton affection pour moi est restée toujours la môme, qu'elle n'a pas diminué un seul instant... Réponds, réponds !

clary, à part.

Je me sens mourir.

GEORGES

Ne l'avais-tu donc pas deviné, ce secret doux et fatal, depuis le jour où ma bouche a prononcé pour la première fois ce mot: Ma sœur! jusqu'à celui où, libre enfin de t'aimer, je pus t'appelcr d'un nom plus tendre? Mais ma vie, cher ange, n'est qu'un long récit d'amour. Quand, tout enfant, je ne pouvais rester un seul moment séparé de toi, c'était déjà de l'amour, ma Clary... plus tard, quand je repoussais tes caresses innocentes, c'était encore de l'amour; lorsqu'enfin, me voyant triste, sombre, rêveur, tu accourais près de moi, et qu'au lieu de te répondre, je m'enfuyais sans prononcer un mot, c'était toujours de l'amour, toujours, ma Clary, toujours

CLARY

Oh! tais-toi, tais-toi!... Manière!

En ce moment paraissent Éditli et Dudley sur la terrasse. Georges, apercevant Dudley, avec une fureur amère et concentrée.

Et Dudley !

DUDLEY, à Edith.

Me voici, mistriss, fidèle à votre second appel.

EDITH

Et je vous en suis d'autant plus reconnaissante, mylord, qu'après ce que mon fils a osé hier... Georges, à part.

Toujours cet homme !

clary, bas à Georges.

Contiens-toi, je t'en supplie.

dudley, interrompant Edith,

Je l'ai oublié, madame.

Georges fait un mouvement comme pour rentrer dans la

maison.

Edith, à demi-voix.

Demeurez, mon fils.

GEORGES

Eh quoi! ma mère?...

édith, au Comte.

Mylord, veuillez prendre un siège... et vous, Georges... et vous aussi, Clary... {Georges regarde sa mère avec surprise ; elle lui montre le siège du regard, il s'assied; Clary se place à côté de lui ; Dudley s'est assis depuis long-temps; Edith s'assied au milieu d'eux ; tous deux gardent le silence et attendent.) Maintenant, prêtez-moi une oreille attentive; car ce que j'ai à vous dire vous intéresse également, vous, monsieur le comte ; vous, mon fils; vous, Clary. {Se retournant vers Dudley.) Mylord, les vœux que j'avais formés depuis long-temps sont exaucés enfin., les orages qui ont pendant douze ans bouleversé le royaume se sont calmés; à la guerre civile a succédé la paix intérieure, Charles II nous a été rendu après un long et douloureux exil!... Tant qu'a grondé autour de moi la tourmente révolutionnaire, renversant et frappant sans pitié tout ce qui portait un nom glorieux et illustre, j'ai dû garder le silence et étouffer un légitime espoir; puis, lorsque j'ai vu chacun remonter au rang où l'avait placé sa naissance, mon espoir s'est réveillé, et c'est alors que j'ai songé à l'avenir de la jeune fille qui est devant vous, mylord.

Elle lui montre Clary.

dudley, surpris.

Mais, madame... je...

clary, troublés.

Moi, ma mère...

Georges, à part.

Que veut-elle dire?

EDITH

Vous ne me comprenez pas, mylord; en effet, vous ne pouvez encore nie comprendre ; un seul mot vous expliquera... Clary n'est pas ma fille... {mouvement de surprise du Comte) mais il me fallait réunir toutes les preuves de sa naissance; je les ai réunies toutes, mylord, et le duc de Clarendon, lord chancelier d'Angleterre, qui les a examinées, en a reconnu la validité ; et maintenant, monsieur le comte, pour que miss Clary remonte au rang d'où jamais elle n'eût dû descendre, il ne faut plus que l'assentiment et l'appui d'un noble seigneur.

dudley.

Eh bien! madame...

ckorges, atterré.

Est-ce un rêve, mon Di«U?

clary, à part.

Qu'ai-je entendu?

i "ihtii.

Oui, inylord , son assentiment et son appui ; car ce noble seigneur retient à son insu entre ses mains la fortune de Gary.

DUDLKT.

Et quel est cet homme, madame?

Edith, se levant.

Mylord, en rentrant en Angleterre avec Charles II, vous avez hérité des biens de lord Williams Edgerton, comte de Carliste?

DUDLEY

Oui, madame, mais je suis l'unique héritier distant de lord Edgerton.

EDITH

Non, mylord.

DUDLEY

Mais lors de la mort de Charles Ier, il ne restait plus de toute la famille du comte qu'une enfant et lord Dudley, mon infortuné père.

EDITH

Oui, mylord.

DUDLEY

Et cette enfant, cette jeune fille mourut pendant le pillage et l'incendie du château de Milnwood, qu'habitait le comte.

EDITH

Non, mylord, elle ne mourut point pendant le pillage et l'incendie du château, car de pauvres gens l'avaient reçue des mains du comte, recueillie dans leur maison, et conservée parmi eux ; elle a vécu et grandi près de cellequejusqu'àcejourelle croyait être sa mère ; car, reconnue par vous pour la fille de lord Carlisle, elle reprend enfin sa place et le rang qu'ont occupé ses aïeux; et cette jeune fille, cette enfant échappée par miracle à la mort, elle est devant vous, monsieur le comte, la voici.

DUDLEY

Miss Gary.

EDITH

Oui, miss Gary, maintenant lady Edgerton, comtesse de Carlisle. (Lui remettant des papiers.) Voyez !

GEORGES

Elle!

clary, stupéfaite.

Moi, ma mère?

EDITH

Mylord, j'aurais peut-être retardé ce récit, mais les circonstances sont graves, on parle de nouveaux troubles, et j'ai senti la nécessité de donner un protecteur à ma fille.

GEORGES, cl part.

Ah! perdue, perdue pour moi !

CLARY

Oh! ma mère, ma mère!

EDITH

Mon enfant chérie !

Georges, à voix batte.

Ah! par pitié...

Edith , bas à Georges.

Insensé, étouffez à tout jamais un fol espoir ; l'honneur l'exige et votre mère l'ordonne. Georges, à part.

Elle aussi... elle ! ma mère !

EDITH

Mylady Clary Edgerton, comtesse de Carlisle, vous vous montrerez digne du rang où vous êtes appelée; en quittant votre famille adoptive, vous n'emporterez dans la sphère brillante qui vous attend que de généreux souvenirs, et vos amis perdront avec moins de regret une fille et une sœur, s'ils redonnent en vous une digne épous et une digne mère à la haute noblesse d'Angleterre.

dudley, qui pendant ce temps a examiné les papiers.

Mistriss , avant l'importante communication que vous venez de me faire, je vous avais ouvert mon cœur... et à moins que mylady ne me donne l'ordre de renoncer à l'espoir que j'avais osé former, je n'y renoncerai qu'avec la vie. Quant à ces papiers, je les garde, et bientôt vous entendrez parler de lord Dudley.

Il reconduit Edith et Gary jusqu'au pavillon et sort.

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