SCÈNE H
Les Mêmes, MADELAINE, qui est entrée sur les dernières paroles de Libois, le saisit par l'oreille et le ramène sur le devant de la scène.
madelaine *. Toi, tu vas d'abord commencer par évolutionner du côté de la fabrique...
TOUS. Madame Libois !
grincheux. Fameux! elle arrive à propos ! va y avoir des taloches..
Il se frotte les mains.
libois. Prisli ! la bourgeoise ! v'ià des bêtises! lâche donc mon oreille, Minette; c'est les lapins qu'on prend par là...
grincheux. Prenez garde, ma me Libois, vous allez estropier votre mari, si vous tirez si fort.
MADELAINE. Si je l'estropie, il se raccommodera. (À Libois.) Qu'est-ce que tu fais ici, fainéant? où vas-tu, mange tout?
Ouvriers, Libois, Madelaine. Grincheux, d'antres Ouvriers.
libois, d'un ton doucereux. A l'atelier. Minette ; nous y allions quand tu es arrivée.
madelaine. Voil^ pourquoi tu prenais le chemin du cabaret, ivrogne.
Elle le frappe.
grincheux, aux Ouvriers. Dieu me pardonne, v'ià le crâne qui reçoit une pile.
Il se frotte les mains.
madelaine. Chenapan ! tu sais bien que je t'avais défendu d'en regarder seulement la porte, du cabaret.
tous les ouvriers. Ah ! marne Libois!
libois. De quoi?... C'est-à-dire que c'est moi qui me le suis interdit.... parce que.... j'en ai le droit... et que... ah ! faudrait pas... {Aux Ouvriers.) Voyez-vous comme elle devient souple...
grincheux. Oui, pas mal... vous en avez encore l'oreille toute rouge...
madelaine, aux Ouvriers. Si ça convient à vos femmes que vous alliez boire au lieu de travailler... ça les regarde; mais moi, j'entends et je prétends que mon homme rie bouge pas de son ouvrage. . . La cuisson te réclame, par ainsi, va te mettre au four. . .
libois. Certainement que je suis libre de travailler depuis le matin jusqu'au soir... si ça me fait plaisir... c'est pas une femme ni personne qui m'en empêchera...
madelaine. Là-dessus, je te donne carte blanche...
libois , bas aux Ouvriers. Hein ? quand je vous le disais... Elle me cède toujours... Il suffit de savoir s'y prendre...
Les Ouvriers rient.
grincheux. Eh bien ! elle est gentille votre manière ! Gageons que vous n'osez pas suivre les camarades au Soleil d'Or.
libois. Bah ! et si je veux. . .
madelaine, le menaçant. Que nu' tu dis?...
LIBOIS. Rien... Jedis: Et si j' veux ne pas aller au Soleil d'Or... est-ce que je n'en suis pas le maître?... Ah ! c'est que j'ai une volonté, moi... c'estquej'ai du caractère, moi, et on ne me fait pas tourner comme un toton. moi... J'ai dans l'idée de rester près de mon épouse.... et j'y reste.... Via comme je suis !...
GRINCHELX. C'est clair, il est comme ça. le père Libois, lui, il ne change jamais d< manière de voir.
Les Ouvriers rient.
libois. Eh ben! après?... Je suis libre d'en changer si ça me fait plaisir... Y trouveraistu quelque chose à redire ? Allez au cabaret , vils esclaves... moi, je vas à ma besogne... ( lias aux Ouvrirrs.) Vous ferez rsrser un verre de plus.
ON OUVRIER. Vous viendrez donc ?
libois. Si ça me plaît... (A part.) Et si ( isi possible...