JEAN-BAPTISTE , D'ORVILLIERS
d'orvilliers. Monsieur Christophe Dumont , maître faïencier, s'il vous plaît ?
Jean-Baptiste , balbutiant. C'est... c'est moi, monsieur.
le vicomte. Vous! allons donc !... Maître Dumont est un vieux bonhomme... et vous avez à peine... Mais, attendez... oui, ces traits. . . plus de doute ! Jean-Baptiste , c'est toi !
jean-baptiste. Monsieur le vicomte...
le vicomte , lui serrant la main. Oh ! appelle-moi ton frère , morbleu ! ou je remonte à cheval sans te dire ce qui m'amène.
jean-baptiste. Par exemple ! nous quitter tout de suite!... Il y a si longtemps que nous ne nous sommes revus!... Ma pauvre mère vivait encore... dire que je n'ai pas pu l'assister à ses derniers moments!... J'ai bien demandé un congé à monsieur Dumont...
mais il m'a répondu que je lui devais tout mon temps... et j'ai eu la douleur de laisser mourir la pauvre femme sans qu'elle eût là son fils pour lui fermer les yeux !...
le vicomte, légèrement. Oui, c'est triste... mais nous n'avons pas le temps de nous attendrir: le régiment ne fait que traverser la
JEAN-BAPTISTE
ville; j'ai vu la digue femme la veille de sa mort... je lui ai promis de ne pas l'oublier... .Jusqu'à présent je n'ai pas eu l'occasion de tenir ma promesse ; mais en passant par ici , je me la suis rappelée, et je viens savoir ce que je puis l'aire pour toi.
jean-baptiste. Ma foi , le plaisir de vous revoir, voilà tout ce que je demandais... Au reste , je ne désire rien.
le vicomte. Tu es bien heureux. Ah ça , tu vas m'expliquer comment il se fait que tu sois resté si longtemps à Saint-Germain?
jean-baptiste. Que voulez-vous, l'habitude. ..
le vicomte. L'habitude... Je ne comprends pas qu'on y tienne... Moi , je ne rêve que le changement. Nous n'avons pas plus tôt passé quinze jours dans une ville de garnison, que l'ennui me gagne... Toujours les mêmes visages, toujours les mêmes maîtresses... C'est insipide, mon cher.
jean-baptiste. Oh ! ça dépend.
le VICOMTE. D'autant plus que, d'après les renseignements que j'ai pris ce matin , tu n'es pas trop bien traité chez maître Dumont, toujours mal logé .. souvent mal nourri; du matin au soir asservi aux travaux les plus rudes... aux traitements les plus grossiers... jean-baptiste. Tout ça est -assez vrai.
LE VICOMTE. Et iu ne te révoltes pas... tu ne quittes pas une maison où l'on récompense si mal tes services ?...
jF.AN-iïÀPTiSTi'. Moi, quitter cette maison, monsieur le vicomte? cela me serait aussi impossible que. de ne plus vous aimer.... Qu'importe .si je trouve bon de me lever le premier et de me coucher après tout le inonde, d'avoir des engelures l'hiver et trop chaud l'été?... tout ça dépend des goûts. . . J'aime mieux dix sous par jour et un morceau de pain noir ici... qu'un petit écu par heure chez un autre et de la brioche à tous mes repas.
le vicomte. Peste! quel feu ! quel enthousiasme ! Tiens, Jean-Baptiste, je m'y
connais s il y a de l'amour sous jeu.
JEAN-BAPTISTE. Vous croyez?... Entre nous, ça se pourrait Trieh.
LE vicomte. A la bonne heure! Mordieu!
il paraît que nous faisons nos fredaines. . . Je me disais aussi , pour que mon frère de lait soit si fidèle à Saint- Germain , il faut que le gaillard y ail quelque intrigue... Voyons... conte-moi ça franchemeul , combien de femmes aimes-tu ?
jean-baptiste. Combien? ah! par exemple! mais une seule, c'est bien assez.
LE vicomte. Tour toi, c'est juste.. . tu n'es pas ambitieux.
JEAN-BAPTISTE. Au contraire, puisqu'il ***t»sit de la fillp de maître numom.
Le vicomte. Ah! ça n'est pas mal... El naturellement tu lui as fait l'aveu de ton amour... elle t'adore; vous êtes au mieux.
jean-baptiste. Un moment. C'est peutêtre comme ça que ça se mène chez les chevau-légers; mais on ne va pas si vite dans la faïence. . . Bref ! mamzelle Catherine ignore que je l'aime.
le vicomte. Comment ! elle n'en sait rien ! Pour le coup, tu es trop naïf. . . Au moins elle se doute de quelque chose... tu lui as donné à entendre...
jean-baptiste. Jamais... je m'en suis bien gardé... C'est alors qu'elle se serait moquée de moi, qu'elle m'aurait humilié.
le vicomte. Humilié?.... Ah ca , c'est donc une bégueule?... Quel diable de choix as-tu fait là , mon pauvre garçon !
jean-baptiste. Je ne l'ai pas choisie, ça m'est venu tou t de suite. ... il y a cinq ans. . '. . un joui- que j'apportais des fruits au marché de Saint-Germain, je passai dans cette rue... MamseHe Catherine était là, sur sa chaise, occupée à coudre... Je la vis, et ma vocation pour l'état de faïencier m'arriva subitement... je l'aimai à première vue, et dès le lendemain je vins m'offrir à son père comme apprenti.
le vicomte. Pauvre garçon !
jean-baptiste. Ôh ! ne me plaignez pas... j'ai eu de bons moments... Les dimanches quand je la suivais à la messe, ou à la promenade sur la terrasse du château, à trois pas derrière elle... je pouvais admirer tout à mon aise sa taille gracieuse, sa démarche élégante , et quand le cordon de sa chaussure se détachait... j'avais le droit de me mettre à genoux devant elle et de presser sous ma main un pied si mignon qu'il ferait envie à
toutes vos duchesses Et le dévidoir,
donc!...
le VICOMTE. Plaît-il? Qu'est-ce que c'esi que le dévidoir?
jean-baptiste. Ces! moi... quand elle vient s'asseoir là, et qu'elle me dit : « Aidezmoi à dévider mon fît » — j0 suis à deux pas d'elle, toujours à genoux... les mains tendues, mes yeux sur ses yeux... je tâche de prolonger la séance en embrouillant tout exprès... Elle me gronde... ca me fait plaisir... d'abord ça la retarde... et puis, elle est si jolie !. . . même quand elle se fâche.' mais par malheur l'impatience la prend, et d'un coup de ciseaux, elle tranche la difficulté si bien que l'écheveai! l'uni toujours trop vite Mais qu'importe !.. Sa main a touché ma" mai m, je u \ \ ois plus clair... j'ai la lièvre j'étouffe... mais je suis heureux... Oh! oui mon frère, je suis bien heureux!...
LE MCOMTE. Tu appelles cela être heu.
peux i" n'es pas difficile vi.j m0rbl
m\casin théâtral
si (■'riait moi... il y a longtemps que cette Gère beautése serait humanisée.
Ain de h Ft'Hbjfi nbule.
Toujours se taire est un mauvais système, Près d'uno belle on s'en sert rarement. 11 faut bien mieux lui dire: Je vous aime, Puis en dragon, l'attaquer bravement ; p'esl I" refrain, de notre régiment.
Aussi, mon cher, lu fais Le contraire doce qu'il faudrait faire,., une femme est toujours flattée di' la passion qu'elle inspire... Croismoi : t|uaiid cil • pleure, il faut cirej quand elle se détend, la \aincrc... Plus la victoire est difficile* plus elle est éclatante, Knlin, loin de battre en retraite devant une inhumaine, on doit s'écrier, comme un jour de bataille : En
avant !
JEAN-15APTISTE. Tout cela est bien facile à dire... cependant...
LE VICOMTE. Tu m'as entendu !... Je te reine pour mon frère, si tu ne te déclares pas... Mais il faut que je te quitte, car mon régiment est loin déjà... mais en nous séparant, il ne sera pas dit que j'aurai manqué à la promesse que j'ai faite à ta mère de venir à ton secours.
jEAN-r.APTiSTE. Je vous l'ai dit, je n'ai besoin de rien... mes bras vont me suffire... et comme aujourd'hui je dois être reçu compagnon...
le vicomte. Raison de plus, je veux aussi fêter ton nouveau grade... Voilà ma bourse, c'est toute ma fortune pour le moment... Je ne sais pas à combien elle se monte... N'importe, nous allons partager.
jean-baptiste. Mais non, je ne veux pas.
le VICOMTE. Entre frères. . . cela se fait. . . Tiens, justement... dix louis... cinq pour toi, cinq pour moi.
jean-baptiste. Comment ! vous priver ainsi...
le vicomte. Bah!... ce soir le jeu ou les usuriers aurontcentuplé la somme. . . et maintenant bonne chance.
Air du Tapage. (Loïsa Puget.) Allons, du courage, (ter.) Sans trembler à ta belle olfre ton hommage. Sur elle bientôt tu dois retrouver l'avantage. En amour, les heureux Sont audacieux.
Aussi, du courage, [ter.) Et tu dois être heureux!
JBAK-BAPTISTEi J'aurai du courage, Et je vais, sans trembler, offrir mon hommage. Grâce à vous, je dois sur elle obtenir l'avantage; Car je veux, S'ion vos vœux,
Etre audac ; J'aurai du courage, (1er.) Et je vais être heureux !
' i tarait! tort par le fond, Jean-Baptitti le re* oonduit,
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