SCÈNE VII
Les Mêmes, CATHERINE.
Catherine, entrant en chantant.
Air de Follette. (Do Tbjs.) Tralala la la la la la la,
Demandez, je suis là, Tra la la la la la la la la, Pour plaire à qui me voudra.
Par mon adresse, je brille, Chacun vante mon aiguille.
J'entends admirer mes ourlets, Trouver mes corsages bien faits, Car ils cachent tant de secrets 1 Mais j' suis couturière, Par état, j' dois m' taire Sur plus d'un mystère ; Avant tout, faut faire Sa petite alfaire, C'est là mon gagn' pain.
Quelqu'fois j' suis llatteuse, Même un peu menteuse, Près d'une vaniteuse, Ça la rend heureuse, Surtout généreuse ; Et je r'prends mon r'frain :
Tra la la, etc.
Après le couplet, elle rient s'asseoira lu place que Jean-Baptiste lui a préparée.
JEAN-BAPTJSTK , à fart. Est-e!le jolie !. . . si elle voulait être aimable, il ne tiendrait qu'à elle pourtant...
CATHERINE. Comme c'est mal arrangé!
mon tabouret est à une lieue.
JEAN-baptiste, s 'empressant. Pardon...
c'est vrai... j'avais mal calculé la distance.
CATHERINE. Vous êtes un maladroit, mon pauvre garçon... (Pendant qu'il approche le tabouret. ) Eh bien! vous me marchez sur le pied à présent?
JEan-baptiste. Non, mam'selle, c'est ma main, sans le vouloir.
Catherine. Au moins on prend garde à ce qu'on lait.
; jean-baptiste. Là, juste comme son père ! Ayez donc du courage après ça!
Catherine, qui, en se f laçant, a laissé tomber son mouchoir. Jean-Baptiste, ramassez mon mouchoir.
jean-baptiste. Tout de suite, mam'selle, le voilà.
Il le lui donne.
Catherine, fièrement. Qu'est-ce que ça veut dire?... Vous me pressez la main.
jean-baptiste. Moi?... vous croyez...
C'est bien sans y faire attention.
dumont, frappant sur le comptoir. Gredin !
CATHERINE , effrayée. Hein?... Ah .'vous êtes là, mon père... vous m'avez fait une peur !...
dumont. Bonjour, mon enfant, bonjour.
Catherine. À qui on avez-vous donc?...
DUMONT. A ce gueux de Jean-Baptiste.
jean-baptiste. A moi? (A fart.) Est-ce qu'il aurait compris ?. . .
dumont, sortant du bureau.* Oui, à toi, qui reçois de la mauvaise monnaie... Tiens, regarde cette pièce de vingt-quatre sous... elle est fausse... Mais je n'y perdrai rien... je te retiendrai ça sur ta première journée de compagnon.
jean-baptiste. Ah! ce n'est cpie ça?...
Retenez-en le double , si vous voulez, bourgeois, mais ne vous fâchez pas pour si peu.
dumont. Pour qui travailles-tu là , Catherine ?
Catherine. Pour moi , mon père , afin d'être bien belle à la fète aux Loges, le mois prochain.
jean-baptiste. Elle n'a besoin de rien pour ça.
Il epoussette les chaises.
dumont. Et celle robe à ta pratique, la marquise de Sorgues?
CATHERINE. Madelaine est allée la porter.
DUMONT. Tu lui as recommandé de se faire payer, surtout... Tu sais bien que c'est moi qui ai avancé la somme nécessaire à l'achat de l'étoffe, et je n'entends pas qu'on mêlasse attendre pour le remboursement, d'autant qu'il va en falloir de cet argent pour ton 1 roi!' seau.
CATHERINE. Mon trousseau?
JEAN-BAPTISTE, se rafprochant. Quoi donc, un trousseau?
DUMONT. Est-ce que ça le regarde?...
Veux-tu bien te mêler de tes affaires ?.. .
JEAN-BAPTISTE. C'est vrai... excusez...
Il continue à épousseter.
dumont. J'ai arrangé cela avec ta tante, la lingère du charnier des Innocenta., un
parti superbe... le (ils d'un procureur... On * Catherine, Dumont, Jean-Baptiste.
M'.f.ASTN THEATRAL.
no demande pas de dot... ça te convient... je
; ;:. laissant tombe) lu chaise.
Dieu!...
m mont. Eh bien! qu'est-ce qu'il fait?... Voilà qu'il massacre mon mobilier a présenl .. . Mais ce scélérat-là \<'iit donc me ruiner!...
i \i;mi;i\i. Nous voulez me marier sans me demander...
Di \m\r. Ton consentement, peut-être*..
Du loin... ça ne regarde que les grands parents... mon père et ma mère ne m'oni pré- \eiui que la veille , el toi , je te donne un mois pour te préparer; j'espère que je te fais la bonne mesure.
Catherine, dpart. En un mois Use passe tant de choses !
JEAN-BAPTISTE , à part. Allons, allons, plus que jamais il faut que je parle...