‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1174 sur 1577 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Mêmes, LIBOIS et les Ouvriers ***.

Ils arrivent processionnelleiuent. L'un d'eux porte le livre du compagnonnage ; un autre porte un long nœud de rubans sur un coussin.

CHŒUR

An: 0 Pieu des flibustiers!

Patron des faïenciers , Nous r'cevons un fidèle Pans l'art de la vaisselle, Le premier des métiers.

MGOIS.

Puisque celui qu'on aime S'ra compagnon c" matin.

Oui, voilà mon système:

En avant le festin, Arrosons sou baptémi Avec un broc de vin.

REPRISE DU CHOEUR

Patron, etc.

DUMOBT. C'est trop tôt... il n'est pas l'heure.

* Madeleine, Ihimont, Catherine, Jean-Baptiste.

** Catherine, Madelainc, Dumont, Jean-Baptiste. Catherine, Madelaine, Dumoul, Libois , Jean- Baptiste, Ouvriers,

i.ii;ois. k&cusee, bourgeois... >i i h< m . n'a pas encore sonné ii L'horloge, il \ a longtemps qu'elle carillonne dans nos estoma» c'est pourquoi nous venons présider à la aéception de Jean-Baptisie, afin de nous mettre plus tôt à table.

D1 MONT. \ table ici?

l tTHERINE. Mais oui, mon père, c'esl

convenu.

MADELAINE. Ça VOUS fait une occasion de dîner avec nous... vous qui ne nous invitez jamais... quoique parents...

DUMONT. C'esl bon... je me rappelle fort bien que j'ai invité Mathieu Libois...

LIBOIS. A votre noce, il y a vingt ans... même que ce n'était pas vous qui payiez... mais aujourd'hui, ("est différent, vous fournissezlevin, c'est l'usage... et, sacreblea, L'usage... je suis à cheval dessus.

[ONT. Oui, quand il s'agit du tonneau.

libois. Juste, vous avez dit le mot: un

tonneau tout entier... je l'ai commandé, et m

iUfût pas, on en commandera un second.

tNE. D'ailleurs, les compagnons

fournissent les comestibles... mon mari une

oie.

libois. Fumicbou, un pâté; Grincheux, un melon ; enfin chacun son emblème... le couvert est dressé à côté. . . Voyez, hein î quel spectacle attendrissant !

Dl MONT. On sait que vous aimez mieux ça que l'ouvrage, tas de fainéants.

libois. L'ouvrage... on va la faire...

Avance ici, Jean-Baptiste, demande, ta demande il y sera répondu... Attention.

11 monte sur une chaise.

JEAN-BAPTISTE, M plaçant au milieu des Ouvriers. Bon apprenti j'ai été... bon compagnon je veux être.

LIBOIS, lisant dans le lirre. Bon compagnon lu seras si tu sais ton métier... lesais-iu?

JEAN-BAPTISTE. Je le sais, et je veux l'exercer pour la gloire de mon maître et l'honneur de saint Jean , notre patron. TOUS. Bon!...

libois. Connais-tu les statuts du métier ? .(Ean-baptiste. Je les connais, je les respecte , et je les soutiendrai.

libois. Tu vas le jurer... mais auparavant, le règlement veut que le bourgeois te lise l'article t9. A vous, bourgeois...

m mont, prenant le livre que lui présente Libois. Je n'ai pas mes Innettes... c'est égal, je sais ça par cœur.

n Toul apprenti ou compagnon qui aurait manqué à la loyauté, ou celui qui aurait perfidement séduit la fille ou la femme de son maille, sera déchu d< son droit à la maîtrise et chassé honteusement de la \ille. i

JEAN-BAFflSTE, levant la main et regardant Catherine. Oh! je peux bien jurer ça.

•rKAN -BAPTISTE.

libois. Lu moment Comment le

compagnon doit-il regarder ses camarades?

jean-baptiste. Comme ses frères.

libois. Et la fabrique où il a été élevé?

jEAN-BAPTisTt. Comme sa nourrice.

libois. Bien, garçon... Au nom de la corporation des faïenciers , je te donne l'accolade fraternelle.

Reprise du cliœur , pendant laquelle Jean-Baptiste donne l'accolade à Libois et à Dumont; il va aussi pour embrasser Catherine, mais Dumont lui barre le passage *.

Patron des faïenciers ,

Nous r'cevons un fidèle

Dans l'art de la vaisselle,

Le premier des métiers.

LIBOIS, après l'avoir embrassé comme les autres. Ali ça , maintenant , garçon , il s'agit de ta pièce d'écriture pour les syndics.

JEAN-BAPTISTE, à part. Ah! mon Dieu!...

(Haut, et feignant de chercher dans ses poches.) Je ne sais plus où elle est.

dumont. C'est bien, nous verrons cela plus tard.

lîbois, voyant un papier qui passe de la poche de Jean-Baptiste. Ta pi-' ce d'écriture... mais la vTa..'. (// la tire.) Tiens..] c'est une lettre pour le patron... fichtre... elle est de taille.

dumont. Une lellre pour moi... à propos de quoi? Allons, voyons... lis toi-même... puisque je n'ai pas mes lunettes.

libois. Dépêchons , la corporation a soif.

JEAN-BAPTISTE. M'y voilà... (A part.) \u fait, après ce que m'a dit nam'zellc Catherine... je ne risque rien... (Haut, lisant.) « La présente, mon cher et honoré maître, » est pour vous remercier du mal que j'ai eu » chez vous depuis cinq ans.

dumont. Très-bien; mais ça n'élail pas la peine d'user une si grande feuille de papier pour me dire ça.

JEAN-baptiste, continuant. Je vous vé- » nère comme si vous m'aviez créé et mis » au monde; je voudrais avoir le droit de » vous dire que je vous chéris comme un » père, pour devrai... c'est pourquoi je vous » supplie de m'accorder le cœur et la main » de mademoiselle votre demoiselle , pour » quand et lorsque vous voudrez.

TOUS. La main de mam'zclle Catherine!

DUMONT. Qu'est-ce à dire?

cathebine, m récriant. Par exemple, voilà qui est d'une hardiesse.. .

jean-baptiste, lisant. J'ai le temps d'at- » tendre, pourvu que ça ne soit pas jamais; » vu que j'en mourrai bientôt, .le la rendrai

* Catherine, Madelaiuc, Dumout, Jean-Baptiste, Libois, Ouvriers.

» heureuse et moi aussi; et je signe avec » frayeur, votre apprenti pour la vie, Jean- » Baptiste Vaugrain »

dumont. Je n'en reviens pas. C'est lui qui ose écrire cela , et à moi !

L'BOis. Et pourquoi donc pas? Jean- Baptiste est le meilleur ouvrier de la fabrique . .

dumont. A loi la main de ma fille!...

jamais... d'abord elle ne t'aime pas...

jean-baptiste. Oh ! qui est-ce qui sait?. . .

ca'ihebine, scandalisée. Plaît-il, monsieur ?

dumont. Vois-tu le gueux?... il voudrait donner à entendre qu'il a des droits sur toi, pour ternir ta réputation... (Murmure parmi les Ouvriers. ) Qu'avez- vous à dire, vous?. . . ne suis-je pas le i naître de parler comme je veux ici?

libois. Vous-êtes le maître, c'est juste... mais rudoyer ce brave garçon-là parce qu'il vous demande la main de votre fille, en tout bien tout honneur... c'est une injustice...

LESorvr.ii-BS. Oui... oui...

de MONT. Taisez-vous.

libois. Etquantàmoi... si j'étais de vous...

dumont. Eh bien ! qu'est-ce que tu ferais?

libois. Ce qne je ferais?... v'ià ce que je feraiset pas autre chose, parcequeles ouvriers sont des faïenciers et les faïenciers sont des ouvriers,..

MUîEEAiNE , le prenant par le bras et le faisant pirouetter.* Tu parles comme une bête, toi. . . laisse moi arranger ça. . . faut le prendre par la douceur.

libois. Oui, arrange ça.

. madei.aine, passant devant son mari et s'adressait à Dumont. Voyons, bourgeois, à nous deux. . . et parlons raison. . .

dumont. Tout ça ne vous regarde pas... mèlez-vous de vos affaires... femme Libois."

MADklaine. Oh! vous pourriez bien dire cousine, il me semble, ça ne vous écorcherail pas la langue. Car nous sommes parents... et entre parents on sevautbien, entendez-vous?

dumont, impatienté. Encore une fois, laissez-moi tranquille.

madeimne. En ben, oui, on vous laissera... mais vous n'avez pas toujours dit ça... et si autrefois on avait voulu de vous , tous n'étiez pas si lier... car \ous avez joliment tourné autour de moi... c'esi au vu et au su de tout Saint-Germain, qui pourraitledire...

LIBOIS. Eh bien: si c'esl comme ça qu'elle croit arranger les affaires .. (Basa Madeleine m la tirant par ta robe.) Mais tais-toi donc!

madllaine. Tais-loi toi-même... j'en ai trop gros sur le cceur... faut que ça parte et

* Catherine, Dumont, ftladelainc, Libois, Jcan- Baptiste.

que je fasse une pinte de bon sang... il faut qu'on sache qu'il a été trop heureux autrefois de me trouver pour lui prêter mes gros sous et lui tremper sa soupe... sans compter que plus d'une fois je lui ai raccommodé ses guenilles. .. Niez-le donc, hein?... non, mais osez donc m'en donner le démenti...

DUMONT, éclatant. Ma patience est à bout. .. vous tairez-vous enfin?...

mvdelaine. Oui, je me tais... parce que maintenant me voilà soulagée et que je n'ai plus rien à vous dire.

JEAN-BAPTISTE. Il est bien temps quand vous m'avez perdu... Ah! manie Libois !

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