‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1176 sur 1577 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

D'ORVILLIERS , DE MARANS , D'EN- TRAGUES ET UN AUTRE OFFICIER DES CHEVAU-LÊGERS DE LA REINE.

Ils sont à table*.

* De Marans, d'Eutragues, l'Officier, d'Orvilliers.

CHOEUR

Am : Nous chanterons. (De Lautz.) Vive l'amour ! guerre à l'hymen 1 Près de Rose ou de Lise, C'est notre devise , Jusqu'à demain,

JEAN-BAPTISTE

Le verre en îuaiu, Répétons ce refrain :

Amis, guerre à l'hymen !

d'orvilliers. Eh bien ! messieurs, nous y voilà à cette fête des Loges. . . Vive Dieu ! la collation m'a mis en verve... je me promets une joyeuse soirée.

DE MARANS. Les chevau-légers de la reine se font toujours de ces promesses-là , et ce qu'il y a de bon , c'est qu'ils se tiennent parole.

d'orvilliers. Oui, mieux qu'à leurs créanciers et à leurs maîtresses.

d'entragues, malicieusement. Oh! quand ils en ont.

d'orvilliers. Des créanciers?... Pardieu, messieurs , si quelqu'un en manque parmi vous, je puis lui en céder. .. il m'en restera toujours assez.

d'entragues. Tu parlais aussi de maîtresses. Et toi, qui devais, disait-on, mettre en combustion tous les cœurs de Versailles, il paraît que tu n'as pas à te féliciter de ton coup d'essai ?

de marans. En vérité... tu aurais subi un échec dans les amours?

d'entragues. Dites donc une déroute complète.

d'orvilliers. Eh bien ! oui , mescieurs , je l'avoue, moi qui m'étais flatté de vous surpasser tous en fait de conquêtes amoureuses, j'ai échoué... Que voulez-vous?... les plus illustres vainqueurs ne sont pas ton-' jours heureux :

« Alexandre et César ont perdu des batailles. »

d'entragues. Pas douze le même jour.

de MARANS. Bah!... tant que cela à la fois!

d'orvilliers. Ni plus, ni moins... Il n'y a que les riches qui puissent se ruiner... voici le fait : Je poursuivais de mes hommages une charmante petite femme... sans préjudice de onze autres qui paraissaient me vouloir beaucoup de bien... ça n'allait pas mal non plus avec la douzième... oeillades, agaceries, encouragements... on m'en donnait ! on m'en donnait ! que c'était à ne plus douter de rien... Bref, on m'accorda un rendez-vous.

de marans. Et ta belle n'y vint pas?

dVrvilliers. Pardon, elle y vint; mais accompagnée de ses onze rivales, si bien que du même coup je les ai toutes perdues. Voilà le tour infernal que ma joué madame la marquise de Sorgues.

Il se lève.

tous, .se levant. * Madame de Sorgues?

d'entragues. C'est ta faute, tu vas justement t'adresser à une vertu.

d'ormllers. Mais laissons là cette fran- * De Marans, d'Omlliers, d'Eiilrasues, l'Oflicicr.

che coquette... Nous sommes venus à la fête des Loges pour oublier les grandes dames de Versailles , et prendre notre part de la joie populaire... Vive la foule!... on se trouve toujours près de quelqu'un... souvent c'est près de quelqu'une, et les grisettes de Paris sont pardieu d'aimables voisines.

d'entragues, d'union goguenard. Oui, parlez-moi des grisettes... il n'y a que ça de bon au monde !

de marans. Peste! comme tu te popularises, chevalier!... Toi qui ne parlais jamais que de duchesses!

d'entragues. Ça me change.

d'orvilliers. Voyez-vous, ce fat!...

de marans. Fat... je ne dis pas non... mais il est encore plus discret. .. car jamais d'Entragues ne nous a nommé sa maîtresse.

d'orvilliers. C'est qu'il la cherche encore... autrement il en aurait parlé. Les chevau-légers de la reine ont l'habitude de se confier ces choses-là.

d'entragues. Pourtant, messieurs, vous me permettrez de continuer à me taire. .. j'ai pour maxime que les étourdis ne font jamais ce qu'ils disent et que les sages ne disent jamais ce qu'ils font... (Un domestique parait. ) Pardon , c'est mon laquais qui vient prendre mes ordres... j'ai à lui parler; vous permettez. . .

Il va au Laquais, et tout en lui parlant bas, il disparaît avec lui par le 2me plan, à gauche.

scÈrsE il

DE MARANS, D'OBVILLIEUS, l'Officier.

d'orvilliers. Il est assez impertinent notre camarade d'Entragues; une bonne leçon ne lui serait pas inutile.

de marans. On pourra la lui donner...

d'autant mieux que l'occasion est excellente, messieurs.

d'orvilliers. Que veux-tu dire?...

de marans. Que j'ai fait une découverte.

d'orvilufps. Bah!... qu'est-ce donc?

DE marans. Je sais le motif qui l'amène à Saint-Germain. Apprenez qu'il y a un rendez-vous , ce soir même.

d'orvilliers. Avec une femme?

de marans. Avec... la marquise de Sorgues !

d'orvilliers. Celle, qui m'a si indignement joué ?

DE marans. Elle en a joué bien d'autres; la fausse prude!... tels que tu nous vois, nous sommes aussi ses victimes... nous avons tous servi d'enseigne à la vertu... qu'elle n'a pas.

d'orvilliers , s1 animant. Ah ! elle a un amant... et ce n'esl ni vous ni moi... Cela

crie vengeance. Serons-nous donc les dopes (l'un sonrnois et d'une coquette? Non, mordieu, et ce soir, je le jure, d'Entragues n'ira pas à son relïdez-vouè.

rois. Non , non.

d'orvilliers. Mieux que ça, j'irai a sa place, pour avoir l'honneur de vous venger ions.

DE MARA.ns. Ce sciait un bon tour!

d'orvilliers. Maisavanl , es-tu bien sur que cette lière marquise vienne compromettre sa dignité dans une fête populaire ?

de marans. Elle y viendra, j'en ai la

preuve [montrant une lettré) par ce billet

adressé à d'Entragues, e1 que le hasard a fait

tomber entre mes mains... écoutez Ions. (//

déploie la le lire.) « V ce soir, mon cher

» Hector; je me trouverai vers cinq heures

« dans la "forêt de Saint-Germain, près du

, cabaret de la Tète des Loges.

D'ORVILLIERS. C'est bien ici.

DE MARANS, continuent. » Pour n'éveiller

» aucun soupçon , je me joindrai à la foule.

>, Vous me reconnaîtrez à mon costume dont

.. voici le signalement : Petit bonnet à la

» paysanne: robe gorge de pigeon, relevée

>, des deux Côtés par des nœuds roses; fichu

i de. dentelles; tablier vert. Soyez prudent,

». je serai exacte, et nous rirons bien celle lois

„ encore aux dépens de vos pauvres amis,

, les chev an-légers de la reine.»

D'oftvïlSLiERS. C'en est trop!... \h! belle marquise, vous voulez encore rire à nos dépens... Eh bien, puisque vous nous jetez le gant... c'est moi qui le ramasse... entre nous guerre à mort !

DÉ marais. On vient... ce sont des gens qui se rendent à la fête... parlons plus bas.

Page 1