JE\N-B
n'a pas le sens commun. . . elle ne me convient pas, et il faut en faire une autre.
jean-baptiste. Mais, mam'zelle Catherine....
Catherine. Je vous dit qu'il en faut une autre... mettez-vous là bien vite, et écrivez ce que je vais vous dicter.
jean-baptiste, n'asseyant. Puisque vous le voulez, j'y suis.
Catherine, dictant. « Monsieur, j'accepte avec reconnaissance l'emploi que vous m'offrez. »
jean-baptiste, se récriant. Oh! par exemple, ça est impossible... j'aimerais mieux...
Catherine. Je ne vous demande pas de faire ce qui vous plaît... mais ce que je vous commande .
jean-baptiste, à part. La voilà juste comme au temps de mon apprentissage. . .
Catherine. Est-ce écrit?... A présent ajoutez... (Dictant.) « Ma lettre ne me précédera que de fort peu de temps; j'arriverai à Caudebec... »
jean-baptiste , toujours à lui-même.
C'est-à-dire que j'y passerai peut-être , à Caudebec, puisque c'te ville est sur le bord de la Seine.
Catherine. Mais écrivez donc... (// la regarde.) Je le veux !... (Il se remet à écrire, elle continue à dicter. ) « J'arriverai à Caudebec par le coche , que je prendrai ce soir même à son passage au Pecq. .. » (Parlant. ) A présent, signez.
jean-baptiste, se levant. Non, mam'zelle, n'y comptez pas !... Signer ça!... Une signature, c'est un engagement et comme je ne peux pas m'engager à vivre... je ne signerai pas c'te lettre. *
Catherine , reprenant le papier et d'un air ému et piqué. Au fait, vous avez peutêtre raison, Jean-Baptiste. Pourquoi donc feriez-vous ce que je désire ?... A présent que vous n'ête plus l'apprenti de mon père. . . vous ne me devez plus ni obéissance ni affection. J'étais bien bonne, vraiment, de compter sur la votre.
jean-baptiste. Oh ! ne dites pas de ces choses là, mam'zelle.
Catherine. Cela m'apprendra, moi la fille d'unmaître. .. à m'intéresser à quelqu'un qui ne sait pas répondre à mes bonnes intentions.
jean-baptiste. Vousaviez des intentions... et vous ne me le dites pas, Catherine?
Catherine. C'est cela, il faudrait tout dire à monsieur... J'ai du chagrin... souvent je pleure, et il ne s'en est jamais douté, je parie.
jean-baptiste. Il serait possible , Catherine?
* Catherine, Jean-Baptiste.
APTISTE. , 21
Catherine , continuant. J'avais refusé de venir à cette fête... et j'y suis parce qu'il m'a écrit... Il ne comprend pas encore cela.
jean-baptiste. Oh! j'ai plutôt peur de me tromper!...
Catherine. Il n'y a pas une jeune GUe à Saint-Germain qui ai plus de robes que moi... eh bien ! non, les fêtes, les dimanches, c'est toujours la même que je mets
tout le monde le remarque, lui seul n'y fait pas attention... il faudrait lui dire aussi que je ne la préfère à toutes les autres, cette robe, que parce que c'est lui, Jean-Baptiste, qui me l'a donnée...
jean-baptiste, transporté. Oh! mam'zelle!... ce que j'entends là... je ne rêve pas... c'est bien sûr!...
Catherine. Enfin, monsieur veut mourir... quand même je devrais ne pas lui survivre; voilà trois mois que je souffre... voilà une heure que je lui parle. . . et il n'a pas encore compris que je l'aime !...
jean-baptiste. Vous m'aimez... grand Dieu !... Voulez-vous donc me rendre fou?... Oh ! mam'zelle, pitié pour ma pauvre tête !... tant de bonheur à la fois... moi qui n'en ai pas l'habitude !... mon cœur se brise... l'air me manque... j'étouffe !... Ah ! c'est égal... c'est égal. . . je vous en remercie à genoux.
Il tombe à ses genoux.
Catherine. Eh bien , maintenant refusez vous encore de signer ?
jean-baptiste , prenant le papier et signant avec de grands jambages. Moi, refuser de signer? vous allez voir... Tenez, j'espère que ça se voit de loin. .. on n'a pas besoin de lunettes pour lire ça...
Catherine. Et vous allez partir à l'instant?...
jean-baptiste. Pour Rouen... pour Pékin... pour Pantin... pour n'importe... rien que pour vous obéir... j'irais au bout du monde. . .
Catherine. Etlà-bas... vous penserez souvent à Catherine, qui jure ici devant Dieu d'attendre fidèlement votre retour...
jean-baptiste. Pensera vous souvent!...
Oh ! c'est toujours qu'il faut dire... vingt fois par minute... cent fois par seconde...
Catherine. Vous passerez tout une année loin de moi... sans me revoir, sans m'écrire. . .
jean-baptiste. Un an... c'est bien dur... mais j'aurais bien donné ma vie pour être aimé de vous... J'attendrai, mam'zelle...
Catherine. D'ici là, moi j'aurais fléchi mon père... et quand vous serez de retour ici... il vous dira : Tiens, Jean-Baptiste , ma fille est à toi.
MAGASIN THEATRW.
An.
tUmmétr à Ptoft». [Maîtresse de lait
JRAN-UU'Hsri .
■ lit. je partir. m.
Mai- ici [e r'vieadrai; C'est dort que tf pays
S'ra pour moi V paradis I
I UHLUINt.
Pour avoir «lu coarâge, Pour m moins malheureux", Tettftfc, r'prenez ce gage...
11 \n-!;aMIsii .
La boucle de vos cheveux !
P la preiià et l'emhrasse.
Votre ni'iir me pardonne.
m Catherine I merci !
i \tiiei;ine.
Cette fois, je la donne A mon futur mari.
JEAN-BAPTISTE
Sur mon creur j' vas. main'zelle, La garder constamment.
CATHERINE
l'n an, soyez fidèle.
JEAN-DAPTISTE.
Je vous en fais le serment, C'est long... mais sur la terre Vaut bien, pauvre mortel , Attendr' sa vie entière Avant d'aller au. ciel 1
ENSEMBLE
Attendr' sa vie entière Avant d'aller au ciel!
je partirai, ,C5t,llt vous partirez.
Mais ici
je r'viendrai,
vous r'vieinlnv, C'est alors que c' pays S'ra pour nous Y paradis !
CATHERINE. Maintenant, allez bien vite faire vos dispositions... de départ... dans un instant je m'échapperai encore... je reviendrai ici pour vous dire un dernier adieu...
JEAN-BAPTISTE. J'y compte... car en vous quittant j'ai besoin de trouver pour un an de courage.
Rires dans le cabaret.