‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 1196 sur 1577 · CATHERINE , JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

CATHERINE , JEAN-BAPTISTE

Catherine. Et pourtant cela est, Jean- Baptiste !

jean-baptiste. Vous... vous ici?

Catherine. Oui , j'étais là , me cachant à tous les yeux.

jean-baptiste. Vous vous cachiez, Catherine?

Catherine. J'avais entendu votre voix...

jean-baptiste. Et vous fuyez parce que j'arrive !

Catherine. Je sentais bien ce qu'il m'en coûterait à rougir devant vous.

jean-baptiste. Rougir... mais mon Dieu!

pourquoi?

Catherine. Faut-il donc vous répéter ce que vous a dit mon père?

jean-baptiste. Non... taisez-vous... vous savez bien que je ne veux pas vous croire.

Catherine. Votre conviction n'empêchera pas que l'affreuse vérité n'existe.

jean-baptiste. Cependant, j'ai de la mémoire, moi... si vous avez tout oublié, Catherine.

Catherine. Oh ! non, je n'ai rien oublié.

jean-baptiste. Il y a un an, vous m'avez dit: Attends, espère, je t'aime.

Catherine. Je ne vous trompais pas, mon

ami.. .

jean-baptiste. Parbleu ! j'en étais sûr... A quoi bon me tromper, moi?... vous aviez si bien le droit de refuser ce rendez-vous!

Catherine. Ah ! pourquoi y suis-je venue !

jean-baptiste. Oui, je comprends, vous le regrettez, à présent qu'un autre amour....

CATHERINE. Un autre... détrompez-vous, je puis vous le dire, maintenant que je n'ai plus rien à espérer... personne ne vous a fait tort dans mon cœur.

jean-baptiste. Mais alors, j'avais raison de le dire... vous êtes toujours...

Catherine, l'interrompant. Je ne suis plus qu'une pauvre mère !

jean-baptiste, accablé. Ah!... vous l'aimez donc bien, cet homme?

so

Catherine. Cet homme, Jean- Baptiste 1 Comment l'aimerais-je ?... je ne le connais pas!

jEAN-BA^TÏSjTÊ. Kst-il possible!... Tenez, Catherine... je ne suis qu'un pauvre ouvrier, moi... tout simple... sans esprit..', je n'ai pas l'intelligence qu'il faudrait pour comprendre... mais je souffre; car je vous vois malheureuse, et je ne puis encore vous croire coupable... parlez... Parlez... ayez pitié de moi !

CATHERINE. Eh bien, oui... à vous... à \ous seul je dirai tout, .logez de mon malheur... Dans la forêt, à cette même place où je vous avais quitté, je re\enais encore une fois pour vous dire un dernier adieu, quand des hommes se jettent sur moi et m'emportent presque morte de frayeur dans un équipage qui s'élance au galop.

jean-baptiste. O mon Dieu !

Catherine. L'orage grondait, la nuit était venue... Après une longue course, qui, peut-être, avait pour but de me tromper sur le lieu et sur la distance , la voiture s'arrête devant une maison isolée où l'on m'entraîne malgré mes prières , malgré mes larmes.

jean:iuptjste. Et je n'étais pas là pour me faire tuer en vous défendant !

Catherine. J'invoquais votre nom : vous ne pouviez m' entendre. Je fus conduite dans un riche salon , que je reconnaîtrais bien si la Providence voulait m'y ramener... Je la vois encore cette porte qui se referma sur moi , et contre laquelle j'épuisai vainement mes forces... Nulle part je ne voyais d'issue. .. il en était une pourtant qui tout à coup s'ouvrit devant mui... j'allais m'y précipiter, un jeune homme parut au seuil de ce passage.

jean-baptiste. Lui ! un grand seigneur, n'est-ce pas ?. . .

Catherine. Oui... Je reculai épouvantée...

Air '• Ce que j'éprouve en vous voyant.

A mon aspect, il s'écria :

« Tu m'appartiens, beauté si lière. »

Un voile couvrit ma paupière.

Un frisson mortel me glai;a,

Je tombai... Dieu m'abandonna!

Je me revis plus tard, seule et tremblante, Au lieu fatal de nos adieux si doux ;

J'implorai la mort à genoux, Car dans mon cœur, si j'étais innocente,

Je n'étais plus digne de vousl

Jean-baptiste, tombant sur un siège.

Ah ! mon Dieu ! il est donc vrai !

Il se cache la tête dans ses mains.

Catherine. Eh bien! vous le voyez, Jean-Baptiste. . . vous-même qui m'aimiez tant., vous n'avez plus pour moi que de la pitié... Et vous avez raison , car je ne suis plus ;i présent qu'un objet de honte et <!<• mépris !

jean-baptiste, se levant. Vous. Catherine!... excusez ce moment de faiblesse... dont je n'ai pas été maître... Je vous en demande pardon... si je croyais à votre honte, est-ce que je vous prendrais les mains? est-ce que je pleurerais avec vous ?...

Air: Un page aimait la jeune Adèle.

La honte, elT n'est que pour le crime ; Si l'on d'vait vous en effrayer, Autant vaudrait dire que la victime Est complic' de son meurtrier.

CATHERINE

Une tache que rien n'efface Pour toujours me flétrit, hélas 1

JEAN-BAPTISTE

N<m... sur l'acier le souffle impur qui passe Peut l'obscurcir, mais ne le ternit pas, 11 passe et ne le ternit pas.

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