I.a fille du colonel Ébrard
Oui, Sire.
LOUISE
NAPOLÉON
Un brave, un officier distingué, un homme qui m'aimait et que j'aimais beaucoup!.. Oh! je me souviens de lui !.. Et votre mère ?..
LOUISE
Sire... elle est morte!..
(Elle pleure.)
NAPOLÉON
Ah! pauvre enfant!., orpheline!.. Pleurez, ne vous faites pas violence ; chacun respecte les larmes qui viennent du cœur!., je veillerai sur vous, c'est ma volonté, c'est mon devoir !.. (A la Directrice.) C'est une bonne élève, n'est-ce pas?..
LA DIRECTRICE
Oui, Sire, une élève distinguée... Ses camarades l'aiment et l'estiment...
NAPOLÉON
J'aime ce dernier mot; c'est un bel éloge.... (Bas.) Et son caractère ?..
LA DIRECTRICE
Un peu enthousiaste!..
NAPOLÉON
Ah!..
LA DIRECTRICE
Mais, avec du bon sens !..
NAPOLÉON
De l'instruction ?..
LA DIRECTRICE
Beaucoup...
NAPOLÉON
Mais, de cette instruction qui n'empêche pas qu'on soit femme de ménage ?..
LA DIRECTRICE
Oui, Sire...
NAPOLÉON, haut.
Mademoiselle, pouvez-vous me dire à peu-près combien vous emploieriez d'aiguillées de fil pour faire une robe?..
LOUISE
Sire; je n'en emploierais qu'une si je pouvais la prendre assez longue...
NAPOLÉON
Très bien!.. Tenez mon enfant, gardez ceci en souvenir de moi, et je vous promets que je ne vous oublierai pas !..
(Il lui donne une chaîne d'or.)
LOUISE
Sire, je vous remercie... (Elle passe la chaîne à son cou.) Elle ne me quittera jamais !..
NAPOLÉON
Mesdemoiselles, vous pouvez rompre vos rangs; ma revue est terminée... (Les élèves rompent les rangs et se groupent autour de Napoléon. — Désignant Pauline.) Ah! ah! voici quelqu'un qui me paraît bien égrillard... Et comment vous appelez-vous, ma petite dame?..
PAULINE
Sire, je m'appelle Pauline de Beaulieu...
NAPOLÉON
Ah ! la sœur de ce respectable page que voi-
là!.. Si vous lui ressemblez, vous devez donner quelque tourment à ces Dames... Travaillezvous, étudiez-vous?..
PAULINE
Oui, Sire...
NAPOLÉON
Voyons, où en sommes-nous de l'histoire de France?..
PAULINE
Au règne de Charlemagne...
Et qu'avez-vous remarqué dans l'histoire de ce grand homme?..
PAULINE
Ses conquêtes dans toute l'Europe... les ambassadeurs que lui envoya le Calife...
NAPOLÉON
Et puis?..
PAULINE
Une visite qu'il fit aux écoles qu'il avait fondées...
NAPOLÉON
Et que se passa-t-il dans cette visite si mémorable?..
PAULINE
Il accorda un jour entier de congé, et, quand il fut rentré dans son palais, il n'oublia pas ce qu'il avait promis...
NAPOLÉON
Quoi donc?..
PAULINE
D'envoyer des sucreries de chez un célèbre confiseur...
NAPOLÉON
Ah ! décidément, c'était un grand homme, et Mlle Pauline trouve dans son histoire des exemples que nous devons suivre !.. (11 fait signe à un aide-de-camp qui sort et rentre immédiatement, avec des domestiques qui apportent des corbeilles remplies de gâteaux et de bonbons. — A Pauline.) Vous voyez, Mademoiselle, que je cherche à imiter Charlemagne !..
(Les élèves se jettent sur les corbeilles; Napoléon regarde en souriant cette sorte de pillage; puis, il s'éloigne. En sortant, il laisse tomber son mouchoir. Une élève le ramasse et veut le garder Mes autres accourent; elles déchirent le mouchoir, s'en partagent les morceaux, et sortent en criant : Vive l'Empereur!..)
lïoitzii'PUt' tabfetiu.
(A Dresde. — Le théâtre représente une partie du pont de l'Elbe, où la garde Impériale repousse plusieurs fois les masses des armées russe et prusienne qui se jetaient sur la ville. Au lever du rideau, une partie de l'armée française occupe et la tête du pont et les rives du fleuve. L'action n'est point encore commencée; des généraux, des officiers, des soldats forment plusieurs groupes dans lesquels on paraît s'entretenir des évènemens qui se préparent.)