‹ [Magasin théâtral (volume 2)Chapitre 123 sur 1577 · I.a fille du colonel Ébrard · texte numérisé non relu

I.a fille du colonel Ébrard

Oui, Sire.

LOUISE

NAPOLÉON

Un brave, un officier distingué, un homme qui m'aimait et que j'aimais beaucoup!.. Oh! je me souviens de lui !.. Et votre mère ?..

LOUISE

Sire... elle est morte!..

(Elle pleure.)

NAPOLÉON

Ah! pauvre enfant!., orpheline!.. Pleurez, ne vous faites pas violence ; chacun respecte les larmes qui viennent du cœur!., je veillerai sur vous, c'est ma volonté, c'est mon devoir !.. (A la Directrice.) C'est une bonne élève, n'est-ce pas?..

LA DIRECTRICE

Oui, Sire, une élève distinguée... Ses camarades l'aiment et l'estiment...

NAPOLÉON

J'aime ce dernier mot; c'est un bel éloge.... (Bas.) Et son caractère ?..

LA DIRECTRICE

Un peu enthousiaste!..

NAPOLÉON

Ah!..

LA DIRECTRICE

Mais, avec du bon sens !..

NAPOLÉON

De l'instruction ?..

LA DIRECTRICE

Beaucoup...

NAPOLÉON

Mais, de cette instruction qui n'empêche pas qu'on soit femme de ménage ?..

LA DIRECTRICE

Oui, Sire...

NAPOLÉON, haut.

Mademoiselle, pouvez-vous me dire à peu-près combien vous emploieriez d'aiguillées de fil pour faire une robe?..

LOUISE

Sire; je n'en emploierais qu'une si je pouvais la prendre assez longue...

NAPOLÉON

Très bien!.. Tenez mon enfant, gardez ceci en souvenir de moi, et je vous promets que je ne vous oublierai pas !..

(Il lui donne une chaîne d'or.)

LOUISE

Sire, je vous remercie... (Elle passe la chaîne à son cou.) Elle ne me quittera jamais !..

NAPOLÉON

Mesdemoiselles, vous pouvez rompre vos rangs; ma revue est terminée... (Les élèves rompent les rangs et se groupent autour de Napoléon. — Désignant Pauline.) Ah! ah! voici quelqu'un qui me paraît bien égrillard... Et comment vous appelez-vous, ma petite dame?..

PAULINE

Sire, je m'appelle Pauline de Beaulieu...

NAPOLÉON

Ah ! la sœur de ce respectable page que voi-

là!.. Si vous lui ressemblez, vous devez donner quelque tourment à ces Dames... Travaillezvous, étudiez-vous?..

PAULINE

Oui, Sire...

NAPOLÉON

Voyons, où en sommes-nous de l'histoire de France?..

PAULINE

Au règne de Charlemagne...

Et qu'avez-vous remarqué dans l'histoire de ce grand homme?..

PAULINE

Ses conquêtes dans toute l'Europe... les ambassadeurs que lui envoya le Calife...

NAPOLÉON

Et puis?..

PAULINE

Une visite qu'il fit aux écoles qu'il avait fondées...

NAPOLÉON

Et que se passa-t-il dans cette visite si mémorable?..

PAULINE

Il accorda un jour entier de congé, et, quand il fut rentré dans son palais, il n'oublia pas ce qu'il avait promis...

NAPOLÉON

Quoi donc?..

PAULINE

D'envoyer des sucreries de chez un célèbre confiseur...

NAPOLÉON

Ah ! décidément, c'était un grand homme, et Mlle Pauline trouve dans son histoire des exemples que nous devons suivre !.. (11 fait signe à un aide-de-camp qui sort et rentre immédiatement, avec des domestiques qui apportent des corbeilles remplies de gâteaux et de bonbons. — A Pauline.) Vous voyez, Mademoiselle, que je cherche à imiter Charlemagne !..

(Les élèves se jettent sur les corbeilles; Napoléon regarde en souriant cette sorte de pillage; puis, il s'éloigne. En sortant, il laisse tomber son mouchoir. Une élève le ramasse et veut le garder Mes autres accourent; elles déchirent le mouchoir, s'en partagent les morceaux, et sortent en criant : Vive l'Empereur!..)

lïoitzii'PUt' tabfetiu.

(A Dresde. — Le théâtre représente une partie du pont de l'Elbe, où la garde Impériale repousse plusieurs fois les masses des armées russe et prusienne qui se jetaient sur la ville. Au lever du rideau, une partie de l'armée française occupe et la tête du pont et les rives du fleuve. L'action n'est point encore commencée; des généraux, des officiers, des soldats forment plusieurs groupes dans lesquels on paraît s'entretenir des évènemens qui se préparent.)

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